‹ Les soirées de Saint-Pétersbourg, extraitsChapitre 2 sur 17 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

intolérant ; elle dut nous montrer la figure presque toute contraire d'un de Maistre aimable, conciliant, intimement lié à des protestants, souriant, plein de pitié pour tous les maux que ses livres approuvaient rudement comme châtiments de Dieu.

Il fut mis de très bonne heure aux études sérieuses qui devaient le préparer à la profession héréditaire. Puis il fit son droit dans la ville de Turin ; après quoi il fut nommé de 1774 à 1788 à différentes fonctions : substitut, avocat fiscal général surnuméraire au Sénat de Savoie, substitut effectif. Enfin, à cette dernière date, il est fait sénateur. Dans l'intervalle (1786), il s'était marié et était devenu père de famille.

En 1792, la Savoie est envahie par les armées de la Révolution. Joseph de Maistre est obligé de gagner la Suisse, où il demeure plusieurs années, principalement à Lausanne, où il eut l'occasion de rencontrer Mme de Staël, où il lia des amitiés protestantes qui durèrent autant que la vie et nous prouvent assez la réelle et cordiale tolérance de l'homme sous le mépris abstrait du théologien pour tout ce qui n'est pas sa foi.

Mais, selon la remarque que nous avons faite au commencement, la Révolution, qui était allée atteindre de Maistre jusque dans sa patrie, avait enfin réveillé en lui le magnifique écrivain qui allait nous étonner. A Lausanne, en 1797, il publia son premier ouvrage, les Considérations sur la France, où sont exposées ses idées politiques, où il critique la sociologie superficielle du XVIIIe siècle et s'efforce de déchiffrer, dans la Révolution elle-même, les agissements mystérieux de la Providence.

Il quitte la Suisse, nommé, en 1799, agent de la Grande Chancellerie de Sardaigne, et, en 1802, Victor-Emmanuel Ier l'envoie comme ministre plénipotentiaire à Saint-Pétersbourg.

Séjour long et fécond. Séparé des siens, mélancolique, il se plonge dans d'immenses travaux. Il traduit le traité de Plutarque sur les Délais de la Justice divine dans la punition des coupables, dominé par cette idée audacieuse que le fond humain éternel contenu dans le christianisme est déjà — ou = 11 —

/. DE MAISTRE

est encore — visible, comme une vérité corrompue, mêlée d'erreurs, dans le paganisme. Il compose son Essai sur le principe générateur des constitutions, montrant l'intervention divine dans la formation et le développement des nations ; son livre du Pape, qui définit le rôle de l'autorité spirituelle infaillible, concentrée dans un seul, au-dessus du morcellement et de l'arbitraire des souverainetés temporelles ; son livre de l'Église Gallicane, où il énonce des vues profondes sur la mission religieuse de la France ; celui des Soirées de Saint-Pétersbourg, qui constitue la plus hardie justification qu'on ait osée de la Providence dans le problème obscur du mal sur la terre, où l'on trouvera les pages célèbres sur le bourreau et sur la guerre. Enfin, il écrit Y Examen de la philosophie de Bacon, philosophie où il voit la source même de cet esprit de l'Encyclopédie, son ennemi mortel.

Joseph de Maistre resta ministre plénipotentiaire jusqu'en 1817. Puis il fut rappelé à Turin, devint chef de la Grande Chancellerie du royaume de Piémont et ministre d'État, Il put faire paraître son livre du Pape en 1819. Il mourut le 9 février 1821, ayant mis la dernière main à l'ouvrage de l'Église Gallicane qui parut la même année. Les Soirées de Saint-Pétersbourg ne parurent que plus tard, et Y Examen de la philosophie de Bacon seulement en 1836. Bien plus tard encore, en 1851, sa correspondance et quelques écrits datant du commencement de la Révolution sont rassemblés par Rodolphe de Maistre sous le titre Lettres et Documents inédits, et un second recueil par Albert Blanc sous celui de Mémoires politiques et correspondance diplomatique de Joseph de Maistre ; publications qui transforment entièrement, comme nous l'avons dit, l'image que le public lettré s'était faite du grand théocrate.

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