‹ Les soirées de Saint-Pétersbourg (volume 2)Chapitre 16 sur 17 · THÉORIE CHRÉTIENNE DES SACRIFICES · texte numérisé non relu

THÉORIE CHRÉTIENNE DES SACRIFICES

Quelle vérité ne se trouve pas dans le paganisme?

Il est bien vrai qu'il y a plusieurs dieux et plusieurs seigneurs , tant dans le ciel que sur la terre ( i ) , et que nous devons aspirer à l'amitié et à la faveur de ces dieux (2).

Mais il est vrai aussi qu'il n'y a qu'un seul Jupiter , qui est le dieu suprême , le dieu qui est le premier (3) , qui est le très-grand (4) ;

(1) Car, encore quil y en ait qui soient appelés dieux, tant dans le ciel que sur la terre , et qu ainsi il y ait plusieurs dieux et plusieurs seigneurs , cependant , etc. , etc. ( S. Paul aux Corinthiens, I. c. VIII, 5, 6; II. Thess. II, 4.)

(2) Saint Augustin , De Civ. Dei , VIII , 25.

(3) Ad cultum divinitatis obeundum , satis est nobis Deus primus. ( Arnob. , adv. gent. , III. )

(4) Deo qui est maximus. ( Inscript, sur une lampe antique du Muse'e de Passeri. Antichità di Ercolano.. Napoli , 17 vol. in-fol. , tora. VIII , p. 264.)

la nature meilleure qui surpasse toutes les autres natures, même divines (i) ; le quoi que ce soit qui n'a rien au-dessus de lui (2) ; le dieu non - seulement Dieu , mais TOUT-A-FAIT dieu (3) ; le moteur de l'univers (4) ; le père , le roi , X empereur (5) ; le dieu des dieux et des hommes (6) ; le père tout-puissant (7).

(1) Melior natura. ( Ovid., Mëtam. 1 , 21. ) Numen ubi est, ubi Di ! ( Id. Her. XII, 119.) Hpos Atos v.xï ®scëv. ( Demosth. , pro Cor. ) Of ®eoi dé eiaovrxt axi rà A.xt[xôviov. ( Id. de fais a leg. 68. )

(2) Deum summum , illud quidquid est summum. ( Plin , Hist. nat. , II , 4. )

(3) Principem et MAXIME DEUM. ( Lact. ethn. ad Stat. Theb. , IV, 5 16, cité dans la Bibliotb. lat. de Fabricius. )

(4) Hector orbis terrarum. ( Sen. ap. Lact. , div. just. 1,4.)

(5) Imperator divûm atque hominum. ( Plaut. , in Rud. , pvol. , v. , 11.)

(6) Deorum omnium Deus. ( Sen. , ubi supra. ) @eôs ô ®e&v Zsvs. Deus deorum Jupiter. (Plat, in Crit., opp. , tom. X, p. 66.) Deus deorum. (Ps. LXXXIII, 7.) Deus noster prœ omnibus diis. ( Ibid. CXXX1V , 5. ) Deus magnus super omnes deos. ( Ibid. XCIV , 3. ) •E*Cf rtxai ®sÔ9. ( Plat. , Orig. , passïm. )

(7) Pater nmnipotens. ( Virg. , jEu. , I , 65 , X , 2 , etc. )

Il est bien vrai encore que Jupiter ne saurait être adoré convenablement qu'avec Pallas et Junon , le culte de ces trois puissances étant de sa nature indivisible (i).

Il est bien vrai que si nous raisonnons sagement sur le Dieu , chef des choses présentes et futures , et sur le Seigneur , père du chef et de la cause , nous y verrons clair autant qu'il est donné à l'homme le plus heureusement doué (2).

Il est bien vrai que Platon , qui a dit ce qui précède , ne saurait être corrigé qu'avec respect lorsqu'il dit ailleurs : Que le grand roi étant au milieu des choses , et toutes choses ayant été faites pour lui, puisqu'il est l'auteur de tout bien , le second roi est cependant au milieu des secondes choses , et le troisième au

(1) Jupiter sine contubernio conjugis filiœque coli non solet. ( Lact. , diy. instit. )

(2) Tov x&v vtxvxxv ®sàv riysyiôvx r<âv xi ôvtvyv **? x&v

(jlsHôvxccv, rôu xs ^ysfAÔvo? xxi xlxiov tixxèpx Kvpiov àiv

opô2>sùvxGasfe'ko(ïOfà>[JLSV,eit3Ô[ji,sôX'7r'xi>xeç ax>ç&s,eis dî)VX[xiv (xvSrpdôtfGdV svdxt[x6vav. ( Plat. , epist. VI , ad Herm. Erast. et Corisc. , Opp. , tom. XI, p. 92. ) — En effet, comment connaître l'un sans l'autre ? ( Tertull. , De an., cap. 1. )

milieu des troisièmes ( i ) , ce qui toutefois ne devait point s écrire d'une manière plus claire , afin que V écrit venant à se perdre , par quelque cas de mer ou de terre , celui qui V aurait trouvé n'y comprît rien (2).

(1) Ils pi rov *fivro3V fixatléx itxvr'éçi , xa? êxeivov êvsxx tfxvrx, xxi éxsivos xîriov xrfxvTaiv r&v xaXôv, Seûre/sovSi rtept dsvrspx, A.xî rpirov itspi rxxpixx. Ejusd. epist. Il , ad Dfonis. , ihid., tom. XI , p. 69 ; et apud Euseb. Prœp. evang, , XI. )

Celui qui serait curieux de savoir ce qui a e'te' dit sur ce texte pourra consulter Orig. , De princ. , lib. I , cap. 5 , n. 5, opp. edit. Ruaei , in-fol. , tom. IV, p. 62. — Huet, in Origen. , ibid. , lib. II , cap. 2, n. 27 , 28 ; et les notes de La Rue, p. 65, i55. — Clem. Alex. tom. V, p. 698, edit. Paris. — Athenag. leg. pro Christ. Oxonice , ex theatro Seldon , in-8.° , 1 706 , curis Dechair , p. 95, n. XXI, in not. Il est bien singulier que Huet ni son savant commentateur n'aient point cite' le passage de Platon, dont cejui d'Origène est un commentaire remarquable. Voici ce dernier texte tel que Photius nous l'a conserve' en original. ( Cod. VIII. ) Ar>)v<£rv [Aév rov itxxêpx dix itxvr&v rà>v ôvrajy ; rov $s vïov pexpi r&v làymccv [xàvecv , rov S*- Kvsvyix (jlsxp'i /aovcuv râ>v <recroa//iv<vv ; c'cst-à-dirc , le Père embrasse tout ce gui existe ; le Fils est borné aux seuls êtres intelligens . et V Esprit aux seuls élus.

(3) <$>px<ïiov Si; ao\ dt' x'.viyn&v , lv' xv rî >J SiXror îij «-ovrS vj yr)s 4'v rû^^'y *xdr\ , o xvxyvns fx>) yy-5. (Plat. , ubi si/p. )

SUR LES SACRIFICES. 4o3

Il est bien vrai que Minerve est sortie du cerveau de Jupiter (i). Il est bien vrai que Vénus était sortie primitivement de Veau (2) ; qu'elle y rentra à l'époque de ce déluge durant lequel tout devint mer et la mer fut sans rives (3) , et qu'elle s'endormit alors au fond des eaux (4) ; si l'on ajoute qu'elle en ressortit

(1) Eccli.,XXX, 5. — Télémaque, liv. VIII. Il chanta a" abord , etc.

(2) En mémoire de cette naissance, les anciens avaient e'tabli une cére'monie pour attester à perpe'tuite' que tout accroissement dans les êtres organisés vient de Veau. — ê% vdxros tfxvrw xv^ais. Voy. le Scoliaste sur le cent quarante-cinquième vers de la quatrième Pythique de Pindare. Suivant l'antique doctrine des Vedas, Brahma ( qui est V esprit de Dieu ) était porté sur les eaux au commencement des choses , dans une feuille de lotus ; et la puissance sensible prit son origine dans l'eau. ( TVilliams Jones, dans les Recherches asiatiques , Diss. sur les dieux de Grèce et d'Italie , tom. I. ) — JM. Colebroke , ibid. , tom. VIII. , p. 4°5 , note. — La physique moderne est d'accord. Voy. Black'' s Lectures on Chemistry , in-4.0, tom. I, p. 245. — Lettres physiques et morales , etc., par M. de Luc ; in-8.° , tom. I, p. 112, etc. , etc.

(3) Omnia pontus erant , deerant quoque littora ponto.

< Ovin. , Métam. )

(4) Voyez la dissertation sur le mont Caucase , par F. R. Wilford (dans les Rech. Asiat. t. VII. p. 522-20.)

4o4 ÉCLAIRCISSEMENT.

ensuite sous la forme d'une colombe , devenue fameuse dans tout l'Orient (1), ce n'est pas une grande erreur.

Il est bien vrai que chaque homme a son génie conducteur et initiateur , qui le guide à travers les mystères de la vie (2).

(1) Ainsi l'on ne peut être surpris que les hommes se fussent accordes à reconnaître la colombe pour l'oiseau de Vénus : rien n'est faux dans le paganisme; mais tout est corrompu.

(2) Mur*yoy69 rS $U dyxdàs. (Men. ap. Plut., De tranq. an. ) Ces génies habitent la terre par V ordre de Jupiter , pour y être les bienfaisans gardiens des malheureux mortels (Hesiod. ) ; mais sans cesser néanmoins de voir celui qui les a envoyés. ( Matth. XVIII , 10. ) Lors donc que nous avons fermé la porte et amené V obscurité dans nos appartemens , souvenons-nous de ne jamais dire ( qu'il est nuit et ) que nous sommes seuls ; car DIEU ET NOTRE ANGE sont avec nous ; et pour nous voir ils ri ont pas besoin de lumière. (Epist., Arr. , dissert. I, 14.) Bacon, dans un ouvrage passablement suspect , met au nombre des paradoxes ou des contradictions apparentes du christianisme : Que nous ne demandions rien aux anges et que nous ne leur rendions grâces de rien , tout en croyant que nous leur devons beaucoup. ( Christian paradoxes , etc. , etc. Works , tom. II, p. 494- ) Cette contradiction, qui n'est pas fin tout apparente , ne se trouve pas dans ]e christianisme 'total.

H est bien vrai qu' Hercule ne peut monter sur l } Olympe et y épouser Hcbév qu'après avoir consumé par le feu sur le mont Mta tout ce qu'il avait d'humain (i).

Il est bien vrai que Neptune commande aux vents et à la mer v et qu'il leur fait peur (2).

(1) . » • Quodcumque fuit populabile flammae Mulciber abstulerat ; uec cognoscenda rcmansit Herculis effigies ; nec quidquam ab origine ductum Matris habet; tantùuique Jovis vestigia servat.

( OviD. , Met. , IX , 262 , seqq. )

(2) « Des deux points opposés du ciel il appelle k lui « les vents. Comment donc, leur dit-il, avez-vous pu vous « confier en ce que vous êtes, assez pour oser ainsi trouve bler la terre et les mers , et soulever ces vagues énoru mes , sans vous rappeler ma puissance ? Pour prix

« d'une telle audace , je devrais vous ; mais il faut

« avant tout tranquilliser les flots ; une autre fois vous « ne me braverez point impune'ment. Partez sans de'lai ! u allez dire à votre maître que l'empire des mers n'est et point à lui : le sort a mis dans mes mains le trident « redoutable. Eole babite le palais des vents, au milieu « des rocbers sourcilleux : qu'il s'agite dans ces retraites ! u qu'il règne dans ces vastes prisons! Il dit, et de'jà la « tempête a cesse': Neptune dissipe les nuages amoncele's, « laisse briller le soleil, et promène son char le'ger sur la u surface aplanie des eaux, n (Virg. . iEn. I , i5 1 , seqq. )

Alors il menaça les vents et dit à la mer : TAIS-

4o6 ÉCLAIRCISSEMENT

Il est bien vrai que les dieux se nourrissent de nectar et d'ambroisie (i).

Il est bien vrai que les héros qui ont bien mérité de l'humanité , les fondateurs surtout et les législateurs , ont droit d'être déclarés dieux par la puissance légitime (2).

TOI !.... et tout de suite il se fit un calme profond. ( Marc , IV, 59. — Luc , VIII , 24. Matth. VIII, 26. ) On voit ici la différence de la vente' et de la fable : la première fait parler Dieu 5 la seconde le fait discourir ; mais c'est toujours, comme on le verra plus bas, quelque chose de différemment semblable .

(1) « Je suis l'ange Raphaël.... ; il vous a paru que je « buvais et que je mangeais avec vous ; mais pour moi « je me nourris d'une viande invisible et d'un breuvage « qui ne peut être vu des hommes, n ( Tobie, XII, i5 ,

(2) La canonisation d'un souverain dans l'antiquité' païenne et l'apothéose d'un héros du christianisme dans l'Eglise ne diffèrent , suivant l'expression déjà employée , que comme des puissances négatives et positives. D'un côté sont l'erreur et la corruption , de l'autre la vérité et la sainteté; mais tout part du même principe ; car l'erreur, encore une fois , ne peut être que la vérité corrompue , c'est-à-dire une pensée procédant d'un principe intelligent plus ou moins dégradé , mais qui ne saurait cependant agir que suivant son essence, ou, si l'on veut , suivant ses idées naturelles ou innées. Totum propè ccelum nonne humano génère completum est ! ( Gie. , Ti/sc.

11 est bien vrai que , lorsqu'un homme est malade , il faut tâcher à? enchanter doucement le mal par des paroles puissantes , sans négliger néanmoins aucun moyen de la médecine matérielle (i).

Il est bien vrai que la médecine et la divination sont très-proches parentes (2).

Quœst. I. , i5. — Oui, vraiment! c'est sa destine'e. La chose n'est plus susceptible de doute ni de plaisanterie. Mais pourquoi n'y aurait-il pas une distinction pour les héros ! Quant à ceux qui s'obstineraient à voir ici comme ailleurs des imitations raisonne'es , il n'y a plus rien à leur dire : attendons le re'veil !

(i) Tous fxiv [axXxhxïs

'ILitxoidxïs x[Â<çérfsôV ,

Tous Si tfpoaxvêxiti —

Novnxs , vj yviois irspixirraiY itxvxoôev

^xpixx/.a. , roùs 8é xo(j.xïs ésxasv opôzs.

( Pind. , pyth. III, 91 , 95. )

Locus classicus de medicinâ veterum. ( Heyne , ad loc. V, Pindari carm.7 Gottingae, 1798, tom. I, p. 241.)

Serait-il permis , sans manquer de respect à la mémoire d'un aussi savant homme , d'observer qu'il semble s'être trompe' en voyant dans les vers 94 et 95 , les amulettes ; car il paraît e'vident que Pindare, dans cet endroit, parle tout simplement des applications , des fomentations , des topiques , en un mot : mais j'ose à peine avoir raison contre Heyne.

(2) 'lrjrpt/.yj de <x\ (jixYuwt) ax\ ifxvv avyysvss étal.

( Hippocr. Epist. ad Philop. , opp. , tom. II ,

4o8 ÉCLAIRCISSEMENT

Il est bien vrai que les dieux sont venus quelquefois s'asseoir à la table des hommes justes , et que d'autres fois ils sont venus sur la terre pour explorer les crimes de ces mêmes hommes (i).

p. 8^6.) « Car sans le secours d'Esculape , qui tenait « ces secrets de son père , jamais les hommes n'auraient u pu inventer les remèdes. » ( Ibid. p. 966. ) La médecine a place' ses premiers iuventeurs dans le ciel, et aujourd'hui encore on demande de tout côte' des remèdes aux oracles. ( Plin., hist. nat. , XXIX, 1. ) Ce qui ne doit point étonner, puisque « c'est le Très-Haut qui a « cre'e' le me'decin , et c'est lui qui gue'iït par les me'de- « ciu.... C'est lui qui a produit de la terre tout ce qui u guérit...; qui a fait connaître aux hommes les remèdes, « et qui s'en sert pour apaiser les douleurs.... Priez le « Seigneur....} de'tournez - vous du péché....; purifiez « votre cœur.... Ensuite appelez le me'decin; car c'est le « Seigneur qui l'a cre'é. » (EcclL, XXXVIII, 1, 2,

(1) Il sont finis ces jours où les esprits célestes Remplissaient ici-bas leurs messages divins: Où l'ange , hôte indulgent du premier des humain> , L'entretenait du ciel , des grandeurs de sou Maître ■„ Quelquefois s'asseyait à sa table champêtre , Oubliant pour ses fruits le doux nectar des deux. f

(Miltoiv, trad. par M. Delillc. P. P. IX, 1. aeqq.

C'est une élégante paraphrase d'Hésiode , cité lui-

Il est bien vrai que les nations et les villes ont des patrons , et qu'en général Jupiter exécute une infinité de choses dans ce monde par le ministère des génies (i).

même par Origène comme rendant te'moignage à la ve'rité. ( Adv. Cels. , tom. I, opp. IV, n.° 76, p. 563.)

Hwxi yxp taxe dxirss ëaxv guvo/ ôi SoâHot 'Aôxvxrotat Ssotat kxtx ^•vrjro/s r' xydp&rfon.

( Gen. XVIII, XIX. Ovid. , Metam. I, 210, seqq. )

(1) Constat omnes urbes in alicujus Dei esse tutelâ , etc. (Macrob. , Sat. III, 9. ) Quemadmodum veteres pagani tutelaria sua numina habuerunt regnorum , provinciarum et civitatum ( Dî quihus imperium steterat ) , ita romana Ecclesia suos habet tutelares sanctos , etc. ( Henr. Morus , opp. theol., p. 665.)

Exod. XIII; Dan. x, i5, 20, 21; XII, I. Apoc. VIII, 3 ; XIV , 18 \ XVI, 5. Huet , Dem. eçang. prop. VII , n.° 9. S. August., De Civ. Dei, VII, 3o.

Saint Augustin dit que Dieu exerçait sa juridiction sur les Gentils par le ministère des anges ; et ce sentiment est fonde' sur plusieurs textes de l'Ecriture. ( Berthier sur les psaumes , Ps. CXXXIV , 4 •> tom« "V 1 P- 565. ) — « Mais ceux qui , par une grossière imagination ( en u effet , il nj en a pas de plus grossière ) , croient « toujours ôter à Dieu tout ce qu'ils donnent à ses anges « et à ses saints... , ne prendront-ils jamais le droit es- « prit de l'Ecriture, etc. ? » (Bossuet, Préf. sur Vexpl.

Il est bien vrai que les élémens mêmes , qui sont des empires , sont présidés , comme les empires, par certaines divinités (i).

Il est bien vrai que les princes des peuples sont appelés au conseil du Dieu d'Abraham , parce que les puissans dieux de la terre sont bien plus importans qu'on ne le croit (2).

de VApoc. , n.° XXVII. ) Voj. les Pensées de Leibnitz, tom. II , p. 54 , 66.

(1) Quand je vois dans les prophètes , dans l'Apocalypse et dans l'Evangile même , cet ange des Perses , cet ange des Grecs , cet ange des Juifs , fange des petits en/ans, qui en prend la défense....; l'ange des eaux , fange du feu , etc. , je reconnais dans ces paroles une espèce de me'diation des saints anges : je vois même le fondement qui peut avoir donne' occasion aux païens de distribuer leurs divinite's dans les e'ie'mcns et dans les royaumes pour y pre'sider : car toute erreur est fondée sur une vérité dont on abuse (Bossuet, ibid.) et dont elle n est quune vicieuse imitation. (Massillon, Vér. de la Rel. , I.er point. )

(2) Quœ Pater ut summâ vidit Saturnius arce , Ingemit , et referens fœdae convivia mensae , Ingcntcs animo et dignas Jove concipit iras , Conciliumque vocat; tenuit mora nulla vocales. ...

Dextrâ levâque deorum Ahia nobiliuni valvis rclrbrantm apoili.s —

Mais il est vrai aussi que « parmi tous ces « dieux il n'en est pas un qui puisse se com- « parer au Seigneur , et dont les oeuvres ap- « prochent des siennes.

« Puisque le ciel ne renferme rien de sem- « blable à lui ; que parmi les fils de Dieu « Dieu même n'a point d'égal; et que d'ailleurs « il est le seul qui opère des miracles (i). »

Comment donc ne pas croire que le paganisme n'a pu se tromper sur une idée aussi universelle et aussi fondamentale que celle des sacrifices , c'est-à-dire de la rédemption par le sang? Le genre humain ne pouvait deviner le sang dont il avait besoin. Quel homme livré à lui-même pouvait soupçonner l'immensité de la

Ergo ubi marmoreo Superi sedêre recessu , Celsior ipse loco , etc.

( Ovid. Metam. II , i63 , seqq. )

Principes populorum congregati sunt cum Deo Abraham : quoniam dii fortes terrœ vehementer elevati sunt. (Ps. XL VI, 10. )

(i) Non est similis tul in diis , DOMINE ; et non est secundhm opéra tua ( Ps. LXXXV, 8. )

Quis in nubibus (sur l'Olympe) œquabitur Domino ; similis erit Deo in filiis Dei l ( Ps. LXXXVI1I , 7. )

Qui Jacis mirabilia solus. (Ps. LXXI , 18. )

4l2 ÉCLAIRCISSEMENT

chute et l'immensité de l'amour réparateur? Cependant tout peuple , en confessant plus ou moins clairement cette chute , confessait aussi le besoin et la nature du remède.

Telle a été constamment la croyance de tous les hommes. Elle s'est modifiée dans la pratique, suivant le caractère des peuples et des cultes ; mais le principe paraît toujours. On trouve spécialement toutes les nations d'accord sur l'efficacité merveilleuse du sacrifice volontaire de 1 innocence qui se dévoue elle-même à la divinité comme une victime propitiatoire. Toujours les hommes ont attaché un prix infini à cette soumission du juste qui accepte les souffrances ; c'est par ce motif que Sénèque , après avoir prononcé son fameux mot : Ecce par Dco dignum ! vir for lis cum malâ fortunâ compositus (i), ajoute tout de suite : UTIQUE SI ET

PROVOCAVIT (2.).

Lorsque les féroces geôliers de Louis XVI , prisonnier au Temple , lui refusèrent un rasoir,

(r) Voyez le grand homme aux prises avec C infortune ! ces deux lutteurs sont dignes d'occuper les regards de Dieu. ( Sen. De Provid., ri, )

(2) Du moins si le grand homme a provoqué le combat. ( Ibid. )

le fidèle serviteur qui nous a transmis lhistoire intéressante de cette longue et affreuse captivité lui dit : Sire , présentez-vous à la convention nationale avec cette longue barbe , afin que le peuple voie comment vous êtes traité.

Le roi répondit : je ne dois point chercher

A INTÉRESSER SUR MON SORT (i).

Qu'est-ce donc qui se passait dans ce cœur si pur , si soumis , si préparé ? L'auguste martyr semble craindre d'échapper au sacrifice, ou de rendre la victime moins parfaite : quelle acceptation ! et que n'aura-t-elle pas mérité !

On pourrait sur ce point invoquer l'expérience à l'appui de la théorie et de la tradition ; car les changemens les plus heureux qui s'opèrent parmi les nations sont presque toujours achetés par de sanglantes catastrophes dont l'innocence est la victime. Le sang de Lucrèce chassa les Tarquins , et celui de Virginie chassa les décemvirs. Lorsque deux partis se heurtent dans une révolution , si l'on voit tomber d'un côté des victimes précieuses , on peut gager que ce parti finira par l'emporter, malgré toutes les apparences contraires.

(i) Voy. la Relation de M. Cïe'ri. Londres , Baylis , 1793; in-S.% p. 175.

Si l'histoire des familles était connue comme celle des nations , elle fournirait une foule d'observations du même genre : on pourrait fort bien découvrir , par exemple , que les familles les plus durables sont celles qui ont perdu le plus d'individus à la guerre. Un ancien aurait dit : « A la terre , à l'enfer , ces victimes « suffisent (i). » Des hommes plus instruits pourraient dire : Le juste qui donne sa vie en sacrifice verra une longue postérité (2).

Et la guerre , sujet inépuisable de réflexions, montrerait encore la même vérité , sous une autre face , les annales de tous les peuples n'ayant qu'un cri pour nous montrer comment ce fléau terrible sévit toujours avec une violence rigoureusement proportionnelle aux vices des nations , de manière que , lorsqu'il y a débordement de crimes , il y a toujours débordement de sang. — Sine sanguine non fit remis sio (3).

(1) Sufficiunt Dis infernis terrœque parenti. (Juveu. Sat. VIII . 257. )

(2) Qui iniquitatem non fecerit.... si posucrit pro peccato animant suam , videhit semen longœvum. ( Is. LUI, 9, 10. )

(3) Sans effusion de sang, nulle rémission de péchés. ( Hebr. IX , 22. )

La rédemption , comme on Ta dit dans les Entretiens , est une idée universelle. Toujours et partout on a cru que l'innocent pouvait payer pour le coupable ( utique si et provocaverit ) ; mais le christianisme a rectifié cette idée et mille autres qui , même dans leur état négatif , lui avaient rendu d'avance le témoignage le plus décisif. Sous l'empire de cette loi divine , le juste ( qui ne croit jamais l'être ) essaie cependant de s'approcher de son modèle parle côté douloureux. Il s'examine , il se purifie , il fait sur lui-même des efforts qui semblent passer l'humanité , pour obtenir enfin la grâce de pouvoir restituer ce qu'il n'a pas volé (i).

Mais le christianisme , en certifiant le dogme , ne l'explique point , du moins publiquement ; et nous voyons que les racines secrètes de cette théorie occupèrent beaucoup les premiers initiés du christianisme.

Origène surtout doit être entendu sur ce sujet intéressant , qu'il avait beaucoup médité. C'était son opinion bien connue : « que le Sang « répandu sur le Calvaire n'avait pas été seule-

(i) Quœ nonrapui tune exsolvcbam. ( Ps. LVIII, 8. )

« ment utile aux hommes , mais aux anges , « aux astres , et à tous les êtres créés (i), ce « qui ne paraîtra pas surprenant à celui qui se « rappellera ce que saint Paul a dit : qu'il a « plu à Dieu de réconcilier toutes choses par « celui qui est le principe de la vie , et le pre- « mier-né entre les morts , ayant pacifie par « le sang qu il a répandu sur la croix , tant ce « qui est en la terre que ce qui est au ciel (2) . » Et si toutes les créatures gémissent (3) , sui-

(1) Sequitur placitum aliud Origenis de morte Christi non hominihus solhm utili7 sed angelis etiam et sideribus ac rébus creatis quibuscumque. ( P. D. Huetii Origen. , lib. il , cap. Il , quaest. 5 , n.° 20. — Orig. opp. tom. IV ', p. i49- )

(2) Coloss. I , 20. Ephes. I , 10. — Paley, dans ses Horœ Paulinœ ( London , 1790, in 8.° , p. 212), observe que ces deux textes sont très-remarquables, tu que cette re'union des choses divines et humaines est un sentiment très-singulier et qu'on ne trouvera point ailleurs que daus ces deux e'pîtres : A verjr singular sentiment and found no vçhere else but in thèse two epistles. Si ce mot ailleurs se rapporte aux e'pîtres canoniques , l'assertion n'est pas exacte, puisque ce sentiment trèssingulier se retrouve expresse'mcnt dans l'ëpître aux 1 1 1:— breux , IX, 2D. Si le mot a toute sa latitude, on voit que Paley s'est trompé encore davantage.

(3) Rom., VIII, 22.

vant la profonde doctrine du même apôtre , pourquoi ne devaient-elles pas être toutes consolées ? Le grand et saint adversaire d'Origène nous atteste qu'au commencement du \V siècle de l'Eglise , c'était encore une opinion reçue que la rédemption appartenait au ciel autant qu'à la terre (i ) , et saint Chrysostôme ne doutait pas que le même sacrifice , continué jusqu'à la fin des temps , et célébré chaque jour par les ministres légitimes , n'opérât de même pour tout V univers (2).

C'est dans celte immense latitude qu'Origène envisageait l'eliet du grand sacrifice. « Mais que « cette théorie , dit-il , tienne à des mystères « célestes , c'est ce que l'apôtre nous déclare

(ï) Crux 'S 'alvatoris non solîim ea quœ in terra, sed etiam ea quœ in cœlis erant pacasse VERHIBENTUR. ( D. Hieron. Epist. LIX, ad Avitum, ci, v. 22. )

(2) Nous sacrifions pour le bien de la terre , de la mer et de tout l'univers. ( Saint Chrysost. Hom. LXX, inJoh. ) Et saint François de Sales ayant dit « que a Jésus - Christ avait souffert principalement pour les « hommes , et en partie pour les anges ; •>•> on voit ( sans examiner pre'cise'ment ce qu'il a voulu dire ) qu'il ne bornait point l'effet de la re'demption aux limites de notre planète. ( Voy. les Lettres de saint François de Sales, liv. V, p. 58, oy. )

« lui-même lorsqu'il nous dit : qu'il était né- « cessaire que ce qui ri était que figure des « choses célestes , fût purifié par le sang des « animaux ; mais que les célestes mêmes le « fussent par des victimes plus excellentes « que les premières ( i ) . Contemplez l'expiation « de tout le monde , c'est-à-dire des régions « célestes , terrestres et inférieures , et voyez « de combien de victimes elles avaient be-

« soin ! Mais l'agneau seul a pu ôter les pé-

« chés de tout le monde , etc. , etc. (2). »

Au reste , quoique Origène ait été un grand auteur , un grand homme , et l'un des plus sublimes théologiens (3) qui aient jamais illustré l'Eglise , je n'entends pas cependant défendre chaque ligne de ses écrits ; c'est assez pour moi de chanter avec l'Eglise romaine :

Et la terre et la mer, et les astres eux-mêmes , Tous les êtres enfin sont laves par ce sang (4).

(i) Hebr. IX, u3.

(2) Orig. Hom. XXIX , in Num.

(3) Bossuet , Préf. sur V explication de VApoc. , num. xxvii, xxix.

(4) Terra , pontus , astra , mundus , Hoc lavantuv sanguine ( Hermine. )

( Hymne du vendredi taint. )

Sur quoi je ne puis assez m'étonner des scrupules étranges de certains théologiens qui se refusent à 1 hypothèse de la pluralité des mondes, de peur qu'elle n'ébranle le dogme de la rédemption (1); c'est-à-dire que, suivant eux, nous devons croire que l'homme voyageant dans l'espace sur sa triste planète , misérablement gênée entre Mars et Vénus (2) , est le seul être intelligent du système , et que les autres planètes ne sont que des globes sans vie et sans beauté (3) , que le Créateur a lancés dans l'espace pour s'amuser apparemment comme un joueur de boules. Non , jamais une pensée plus mesquine ne s'est présentée à l'esprit humain ! Démocrite disait jadis dans une conversation célèbre : 0 mon cher ami ! gardez-vous bien de rapetisser bassement dans votre esprit la

(1) On en trouvera un exemple remarquable dans les notes dont l'illustre cardinal Gerdil crut devoir honorer le dernier poème de son collègue le cardinal de Bernis.

(2.) Nam Venerem Martemque inter natura locavit , Et uitniùm , ah ! miseros , spatiis conclusit iniquis.

( Boscowitch , De Sol. et /un- defecl. lib. 1. ) (3) Inanes et vacuœ. ( Gen. I , ?.. )

nature , qui est si grande ( i ). Nous serions bien inexcusables si nous ne profitions pas de cet avis , nous qui vivons au sein de la lumière , et qui pouvons contempler à sa clarté la suprême intelligence , à la place de ce vain fantôme de nature. Ne rapetissons pas misérablement l'Etre infini en posant des bornes ridicules à sa puissance et à son amour. Y a-t-il quelque chose de plus certain que cette proposition : tout a été fait par et pour V intelligence ? Un système planétaire peut-il être autre chose qu'un système d'intelligences, et chaque planète en particulier peut-elle être autre chose que le séjour d'une de ces familles? Qu'y a-t-il donc de commun entre la matière et Dieu? la poussière le connaitelle (2)? Si les habitans des autres planètes ne sont pas coupables ainsi que nous , ils n'ont pas besoin du même remède; et si , au contraire, le même remède leur est nécessaire , ces théologiens dont je parlais tout à l'heure ont-ils

(1) Mrjàxix&s <-ô srxïps w.XTXinrApo\oyeï «rXaa/rjv tjjv yvatv ëovaxr). ( Voj. la lettre d'Hippocrate à Damagète ; Hipp. opp. tom. II. , p. 918-19. ( Il ne s'agit point ici de l'anthenticite' de ces lettres. )

(2) Numquid confitebitur tib'x pulvis f Ps. \\l\ . 10.)

donc peur que la vertu du sacrifice qui nous a sauvés ne puisse s'élever jusqu'à la lune ? Le coup d'oeil d'Origène est bien plus pénétrant et plus compréhensif , lorsqu'il dit : L'autel était à Jérusalem , mais le sang de la victime baigna V univers (i).

Il ne se croit point permis cependant de publier tout ce qu il savait sur ce point : <.< Pour « parler , dit-il , de cette victime de la loi de « grâce offerte par Jésus-Christ , et pour faire « comprendre une vérité qui passe Pintelli- « gence humaine , il ne faudrait rien moins « qu'un homme parfait , exercé à juger le bien « et le mal , et qui fut en droit de dire par un « pur mouvement de la vérité : nous prêchons <« la sagesse aux parfaits (2). Celui dont saint « Jean a dit : Voilà l'agneau de Dieu qui ôte

« les péchés du monde a servi d'expiation ,

« selon certaines lois mystérieuses de l'univers, « ayant bien voulu se soumettre à la mort en « vertu de l'amour qu'il a pour les hommes , « et nous racheter un jour par son sang des « mains de celui qui nous avait séduits , et

(1) Orig. , Hom. I. in Levit. n.° 5.

(2) I. Cor. II , 6.

« auquel nous nous étions vendus par le pè- « ché ( i ) . »

De cette rédemption générale , opérée par le grand sacrifice , Origène passe à ces rédemptions particulières qu'on pourrait appeler diminuées , mais qui tiennent toujours au même principe. « D'autres victimes , dit-il, se rap-

« prochent de celles-là je veux parler des

« généreux martyrs qui ont aussi donné leur « sang : mais où est le sage pour comprendre « ces merveilles ; et qui a de l intelligence pour « les pénétrer (2)? Il faut des recherches pro- « fondes pour se former une idée même très- « imparfaite de la loi en vertu de laquelle ces « sortes de victimes purifient ceux pour qui « elles sont offertes (3) — Un vain simulacre

( 1 ) Rom. VU* 14. — Orig. opp., tom. IV. Comment, in Evang. Joh. Tom. VI , cap. XXXII , XXXVI , p. if>i , 1 55.

{1) Osée, XIV, 10.

(3) Les martyrs administrent la rémission des péchés ; leur martyre , à l'exemple de celui de Jésus- Christ , est un baptême où les péchés de plusieurs sont expiés; et nous pouvons en quelque sorte être rachetés par le sang précieux des martys, comme par le rang précieux de Jésus-Christ. ( Bossuet , Médit.

« de cruauté voudrait s'attacher à l'Etre auquel « on les offre pour le salut des hommes ; mais « un esprit élevé et vigoureux sait repousser « les objections qu'on élève contre la Provi- « dence , sans exposer néanmoins les derniers « secrets (i) : car les jugeinens de Dieu sont « bien profonds , il est bien difficile de les « expliquer ; et nombre d'ames faibles y ont « trouvé une occasion de chute : mais enfin « comme il passe pour constant parmi les na- « tions qu'un grand nombre d'hommes se « sont livrés volontairement à la mort pour le « salut commun , dans les cas , par exemple , « d'épidémies pestilentielles (2) , et que l'elfi- « cacité de ces dévoûmens a été reconnue sur « la foi même des Ecritures par ce fidèle

pour le temps du jubilé , cinquième point; d'après ce même Origène dans V Exhortation au martyre. )

(1) *fls xito'ppiqrorépMV ôvtoùv v.xî vitsp à.vrp&rftviqv çvetiv. ( Ibid. )

(1) Si l'on parcourt l'échelle de l'esprit humain , depuis Origène jusqu'à La Fontaine , on verra combien ces idées sont naturelles à l'homme.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidens Ou fait de pareils dévoûmens.

( Animaux malades de la peste. )

Clément , à qui saint Paul a rendu un si beau témoignage ( Phil. , IV , 3. ) ; il faut que celui qui serait tenté de blasphémer des mystères qui passent la portée ordinaire de l'esprit humain , se détermine à reconnaître dans les martyrs quelque chose de différemment semblable »

« Celui qui tue.... un animal venimeux.... a bien mérité sans doute de tous ceux auxquels cette bête aurait pu nuire si elle n'avait pas été tuée.... ; croyons qu'il arrive quelque chose de semblable par la mort des très-saints martyrs...., qu'elle détruit des puissances malfaisantes. ... , et qu'elle procure à un grand nombre d'hommes des secours merveilleux , en vertu d'une certaine force qui ne peut être nommée (i). »

Les deux rédemptions ne diffèrent donc point en nature , mais seulement en excellence et en résultats , suivant le mérite et la puissance des agens. Je rappellerai , à cet égard , ce qui a été dit dans les Entretiens , au sujet de l'intelligence divine et de l'intelligence humaine. Elles ne peuvent différer que comme

( i ) Orif,'. , ubi sup.

des figures semblables qui sont toujours telles, quelles que soient leurs différences de dimension.

Contemplons en finissant la plus belle des analogies. L'homme coupable ne pouvait être absous que par le sang des victimes : ce sang étant donc le lien de la réconciliation , l'erreur antique sétaitimaginé que les dieux accouraient partout où le sang coulait sur les autels (i) ; ce que nos premiers docteurs même ne refusaient point de croire, en croyant à leur tour : que les anges accouraient partout où coulait le véritable sang de la véritable victime (2).

Par une suite des mêmes idées sur la nature et l'efficacité des sacrifices , les anciens voyaient encore quelque chose de mystérieux dans la

(1) Porphyr. , De abst., lib. II , dans la Dém. évang. de Leland , tom. I , ch. V , § 7. (Saint August. De ciçit. Dei, X, 11 . Orig. , adv. Cels., lib. III.)

(2) Chrysost. , Hom. 111 , in Ep. ad Ephes. , orat. de Nat. Chr. ; Hom. III , de Incomp. Nat. Dei. — Perpe't. de la foi, etc., in-4.0 tom. I, liv. II, drap, vil, n.° 1. Tous ces docteurs ont parle' de la réalité du sacrifice , mais nul d'eux plus réellement que saint Augustin lorsqu'il dit : que le Juif, converti au christianisme , buvait le même sang qu'il avait versé ( sur le Calvaire ). Aug. Serin. LXXVII.

communion du corps et du sang des victimes. Elle emportait, suivant eux, le complément du sacrifice, et celui de l'unité religieuse ; en sorte que , pendant long-temps , les chrétiens refusèrent de goûter aux viandes immolées , de peur de communier ( 1 ) .

Mais cette idée universelle de la communion par le sang , quoique viciée dans son application , était néanmoins juste et prophétique dans sa racine , tout comme celle dont elle dérivait.

Il est entré dans les incompréhensibles desseins de l'amour tout - puissant de perpétuer jusqu'à la fin du monde , et par des moyens bien au-dessus de notre faible intelligence , ce même sacrifice , matériellement offert une seule fois pour le salut du genre humain. La chair ayant séparé l'homme du ciel , Dieu s'était revêtu de la chair pour s'unir à l'homme par ce qui l'en séparait : mais c'était encore trop peu pour une immense bonté attaquant une immense dégradation. Cette chair divinisée et perpétuellement immolée est présentée à l'homme

(1) Car tous ceux qui participent à une même victime sont un même corps. ( I. Cor. X , 1 7. )

sous la forme extérieure de sa nourriture pri vilégiée ; et celui qui refusera den manger ne vivra point (i). Comme la parole , qui n'est dans l'ordre matériel qu'une suite d'ondulations circulaires excitées dans l'air, et semblables dans tous les plans imaginables à celles que nous apercevons sur la surface de l'eau frappée dans un point , comme cette parole , dis-je , arrive cependant dans toute sa mystérieuse intégrité , à toute oreille touchée dans tout point du fluide agité , de même l'essence corporelle (2) de celui qui s appelle parole , rayonnant du centre de la Tonte - Puissance , qui est partout, entre toute entière dans chaque bouche , et se multiplie à l'infini sans se diviser. Plus rapide que l'éclair , plus actif que la foudre , le sang thcandrique pénètre les entrailles coupables pour en dévorer les souillures (3). Il arrive jusqu'aux confins inconnus

(1) Joh. VI , 54.

(2) :§rôpi,x xyiov ri. ( Orig. adv. Cels. , lib. VIII , n.° 35 , cité dans la Perpét. de la foi , in-4.0 tom. II, liv. VII , ch. 1. )

(3) Adhœreat visceribus meis ut in me non re-

maneat scelerum macula. (Liturgie de la messe. )

de ces deux puissances irréconciliablement unies (i) où les élans du cœur (2) heurtent 1 intelligence et la troublent. Par une véritable affinité divine . il s'empare des élémens de l'homme , et les transforme sans les détruire. « On a droit de s'étonner , sans doute , que u l'homme puisse s élever jusqu'à Dieu : mais « voici bien un autre prodige ! c'est Dieu qui « descend jusqu'à l'homme. Ce n'est point « assez : pour appartenir de plus près à sa « créature chérie , il entre dans V homme , et « tout juste est un temple habité par la Divi- <-< nité (3). » C est une merveille inconcevable,

(1) Usque ad divisionem animœ et spiritûs. (Hebr. IV, 12.)

(2) Intentiones cordis. ( Ibid. )

(3) Miraris hommes ad Deos ire ! Deus ad homines venit ; imd (quod proprius est) IN HOMINES VENIT. ( Sen. , Epist. LXXIV. ) In unoquoque virorum bonorum ( QUis DEUS INCERTUM est) habitat Deus. ( Id., Epist. XLI.)

Beau mouvement de l'instinct humain , qui cherchait ce que la foi possède!

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