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Je vais lire maintenant l'autre passage tiré des Considérations sur la France , 2.e édition, Londres , 1 797 , in-8.°, chap. 3 , pag. 53.
« Je sens bien que , dans toutes ces consi- *t dérations, nous sommes continuellement as- « saillis par le tableau si fatigant des innocens « qui périssent avec les coupables ; mais sans « nous enfoncer dans cette question qui tient à « tout ce qu'il y a de plus profond , on peut la « considérer seulement dans son rapport avec « le dogme universel et aussi ancien que le « monde , de la réversibilité des douleurs de « V innocence au profit des coupables.
« Ce fut de ce dogme , ce me semble , que « les anciens firent dériver l'usage des sacri- « fices qu'ils pratiquèrent dans tout l'univers , « et qu'ils jugeaient utiles non-seulement aux « vivans , mais encore aux morts (1) ; usage ty-
(1) Ils sacrifiaient, au pied de la lettre, pour le repos des âmes. — Mais, dit Platon, on dira que nous serons punis dans l'enfer, ou dans notre personne , ou dans celle de nos descendans , pour les crimes que nous avons commis dans ce monde. A cela on peut répondre qu'il j- a des sacrifices très-puissans pour V expiation des péchés , et que les dieux se laissent fléchir, comme V assurent de très-grandes
« pique que l'habitude nous fait envisager sans « étonnement, mais dont il n'est pas moins « difficile d'atteindre la racine.
« Les dèvouemtns , si fameux dans l'anti- « quité , tenaient encore au même dogme. « Décius avait la foi que le sacrifice de sa vie « serait accepté par la divinité , et qu'il pouvait « faire équilibre à tous les maux qui menaçaient « sa patrie (1).
« Le christianisme est venu consacrer ce « dogme qui est infiniment naturel à l'homme , « quoiqu'il paraisse difficile d'y arriver par le « raisonnement.
« Ainsi , il peut y avoir eu dans le cœur de « Louis XVI , dans celui de la céleste Elisabeth, « tel mouvement , telle acceptation capable de « sauver la France.
« On demande quelquefois à quoi servent « ces austérités terribles exercées par certains
villes y et les poètes enfans des dieux , et les prophètes envoyés des dieux. (Plat., de Rep. opp., tom. VI, édit. Bipont., pag. 225. Litt. P. pag. 226. Litt. À.)
(1) Piaculum omni deorum irœ omnes minas periculaque ab diis superis inferisque in se unum vertit. (Tit. Liv. , VIII, 10.)
I 5o LES SOIRÉES
« ordres religieux , et qui sont aussi des dè- « vouemens : autant vaudrait précisément de- « mander à quoi sert le christianisme, puisqu il « repose tout entiersur ce même dogme agrandi, « de V innocence payant pour le crime.
a L'autorité qui approuve ces ordres, choisit « quelques hommes et les isole du monde pour « en faire des conducteurs.
« Il n'y a que violence dans l'univers ; mais « nous sommes gâtés par la philosophie mo- « derne , qui nous a dit que tout est bien , tandis « que le mal a tout souillé, et que dans un « sens très-vrai , tout est mal , puisque rien « n'est à sa place. La note tonique du système « de notre création ayant baissé , toutes les « autres ont baissé proportionnellement, suivant « les règles de l'harmonie. Tous les êtres gé- <.< missent (i) et tendent avec effort et douleur « vers un autre ordre de choses. »
(i) Saint Paul aux Romains, VIII, 19 et suiv.
Le système de la palingcne'sic de Charles Bonnet a quelques points de contact avec ce texte de saint Paul ; mais cette ide'o ne l'a pas conduit à celle d'une dégradation antérieure. Elles s'accordent cependant fort bien. Le coup terrible frappe' sur l'homme pu la main ilivnn
DE SAINT-PÉTERSBOURG. l5l
Je suis persuadé , messieurs , que vous ne verrez pas sans étonnement deux écrivains parfaitement inconnus l'un à l'autre , se rencontrer à ce point , et vous serez sans doute disposés à croire que deux instrumens qui ne pouvaient s'entendre n'ont pu se trouver rigoureusement d'accord, que parce qu'ils Tétaient, l'un et l'autre pris à part , avec un instrument supérieur qui leur donne le ton.
Les hommes n'ont jamais douté que l'innocence ne pût satisfaire pour le crime ; et ils ont cru de plus qu'il y avait dans le sang une force expiatrice ; de manière que la vie , qui est le sang, pouvait racheter une autre vie.
Examinez bien cette croyance , et vous verrez que si Dieu lui-même ne l'avait mise dans l'esprit de l'homme , jamais elle n'aurait pu commencer. Les grands mots de superstition et de préjugé n'expliquent rien ; car jamais il n'a pu exister d'erreur universelle et constante. Si une opinion fausse règne sur un peuple, vous ne la
produisit nécessairement un contre-coup sur toutes les parties de la nature.