G2 LES SOIRÉES
LE CHEVALIER
Perraettez-moi de vous le demander : qui empêcherait ce bon roi de prendre sous sa protection les habitants de cette ville demeurés fidèles , de les transporter dans quelque province plus heureuse, pour les y faire jouir, je ne dis pas des mêmes privilèges , mais de privilèges encore plus grands et plus dignes de leur fidélité ?
LE COMTE
C'est précisément ce que fait Dieu, lorsque des innocents périssent dans une catastrophe générale : mais revenons. Je me flatte que Voltaire n'avait pas plus sincèrement pitié que moi de ces malheureux enjants sur le sein maternel écrasés et sanglants ; mais c'est un délire de les citer pour contredire le prédicateur qui s'écrie : Dieu s'est vengé; ces maux sont le prix de nos crimes; car rien n'est plus vrai en général. Il s'agit seulement d'expliquer pourquoi l'innocent est enveloppé dans la peine portée contre les coupables : mais comme je vous le disais tout à l'heure, ce n'est qu'une objection; et si nous faisions plier les vérités devant les dif-
fruités , il d'j a plus de philosophie. Je cloute bailleurs que Voltaire, qui écrivait si vite, ait fait attention qu'au lieu Je traiter une question particulière, relative à révènem* dont il s'occupait dans cette occasion, il en traitait une générale ; et qu'il demandait, sans
n apercevoir, pourquoi les enfants qui n'ont du encore ni mériter ni démériter, sont sujets dans tout Vunivers aux mêmes maux qui peuvent affliger les hommes faits ? Car s'il est décidé qu'un certain nombre d'enfants doivent périr, je ne vois pas comment il leur import ! de mourir d'une manière plutôt que d'une autre. Qu'un poignard traverse le cœur d'un homme, ou qu'un peu de sang s'accumule dans son cerveau , il tombe mort également ; mais dans le premier cas on dit qu'il a fini ses jours par une mort violente. Pour Dieu, cependant, jil n'y a point de mort violente. Une lame d'acier placée dans le cœur est une maladie, comme un simple durillon que nous appellerions polype.
Il faudrait donc s'élever encore plus haut , et demander en vertu de quelle cause il est devenu nécessaire qiC une foule cT enfant s meurent avant de naître ; que la moitié franclir de ceux qui naissent , meurent avant Page
2Gi ies soirées
de deux ans ; et que d'autres encore en très grand nombre meurent avant Vâge de raison. Toutes ces questions faites dans un esprit d'orgueil et de contention sont tout-à-fait dignes de Matthieu Garo ; mais si on les propose avec une respectueuse curiosité, elles peuvent exercer notre esprit sans danger. Platon s'en est occupé ; car je me rappelle que , dans son traité de la République , il amène sur la scène, je ne sais trop comment, un certain Levantin (Arménien, si je ne me trompe) (1), qui raconte beaucoup de choses sur les supplices de l'autre vie , éternels ou temporaires; car il les distingue très-exactement. Mais à l'égard des enfants morts avant Page de raison, Platon dit qu'au sujet de leur état dans Vautre vie, cet étranger racontait des choses gui ne devaient pas être répétées (2).
(1) Il parait que c'est une erreur, et qu'au lieu de lier l'arménien, il faut lire Héri, fils d'Harmonius. (Huet, Démonsir. évang., in-4°, tom. II, Prop. 9, chap. 142, n° 11.
(Noie de r éditeur.)
(2) L'interlocuteur est ici un peu trompé par sa mémoire; Platon dit seulement : « Qu'à l'égard de ces enfants, lier racontait des choses qui «ne valaient pas la peine d'èire rappelées. » (OJx a\ix fut^firiç. De Rep. 1. X; Opp. t. VII, p. 325.) Sans discuter l'expression, il faut avouer que ce Platon avait bien frappé à toutes les portes.
(Note de Vt'diieur.}
DE SAOTT-PÊTKBSBOCHG. 2Gf>
Pourquoi ces enfants naissent-ils , ou pourquoi meurent-ils? Qu'arrivera- 1- il d'eux un
jour? Ce sont des mystères peut-être inabordables ; mais il faut avoir perdu le sens pour
argumenter de ce qui ne se comprend pas
contre ce qui se comprend très bien.
Voulez-vous entendre un autre sophisme
sur le même sujet ? C'est encore Voltaire
qui vous l'offrira ; et toujours dans le même
ouvrage :
Lisbonne ? qui n'est plus, eut-elle plus de vices Que Londres, que Paris plongés dans les délices? Lisbonne est abîmée, et l'on danse à Paris.
Grand Dieu ! cet homme voulait-il que le Tout-Puissant convertît le sol de toutes les grandes villes en places d'exécution ? ou bien voulait-il que Dieu ne punit jamais , parce qu'il ne punit pas toujours , et partout , et dans le même moment?
Voltaire avait-il donc reçu la balance divine pour peser les crimes des rois et des individus , et pour assigner ponctuellement l'époque des supplices ? Et qrfaurait-il dit ce téméraire si, dans le moment où il écrivait ces lignes insensées , au milieu de la ville plongée dans les délices , il eût pu voir toutù-coup , dans un avenir si peu reculé , le
comité de salut public , le tribunal révolu-» tionnaire , et les longues pages du MonU leur toutes rouges de sang humain ?
Au reste, la pitié est sans doute un des plus nobles sentiments qui honorent l'homme, et il faut bien se garder de l'éteindre , de l'affaiblir même dans les cœurs; cependant lorsqu'on traite des sujets philosophiques, on doit éviter soigneusement toute espèce de poésie , et ne voir dans les choses que les choses mêmes. Voltaire , par exemple, dans le poème que je vous cite, nous montre cent mille infortunés que la terre dévore : mais d'abord , pourquoi cent mille ? il a d'autant plus tort qu'il pouvait dire la vérité sans briser la mesure , puisqu'il ne périt en effet dans cette horrible catastrophe qu'environ vingt mille hommes ; beaucoup moins , par conséquent , que dans un asseztgrand nombre de batailles que je pourrais vous nommer. Ensuite il faut considérer que , dans ces grands malheurs , une foule de circonstances ne sont que pour les yeux. Qu'un malheureux enfant y par exemple , soit écrasé sous la pierre , c'est un spectacle épouvantable pour nous ; mais pour lui , il est beaucoup plus heureux que s'il était mort d'une variole confluente
DE SAINT-] BRG
ou d'une dentition pénible. Que trOM on
quatre mille hommes périssent disséminés sur un grand espace , ou tout «à la fois et d'un seul coup, par un tremblement de terre ou une inondation , c'est la même chose sans doute pour la raison; mais pour l'imagina lion la différence est énorme : de manière qu'il peut très bien se faire qu'un de ces événements terribles que nous mettons au rang des plus grands fléaux de l'univers , ne soit rien dans le fait , je ne dis pas pour l'humanité en général, mais pour une seule contrée. Vous pouvez voir ici un nouvel exemple de ces lois à la fois souples et invariables qui régissent l'univers : regardons , si vous voulez, comme un point déterminé que, dans un temps donné , il doive mourir tant d'hommes dans un tel pays : voilà qui est invariable ; mais la distribution de la vie parmi les individus , de même que le lieu et le temps des morts , forment ce que j'ai nommé la partie flexible de la loi ; de sorte qu'une ville entière peut être abîmée sans cpe la mortalité ait augmenté. Le fléau peut même se trouver doublement juste , à raison coupables qui ont été punis , et des innocents qui ont acquis par compensation une
vie plus longue et plus heureuse. La toute* puissante sagesse qui règle tout, a des moyens si nombreux , si diversifiés , si admirables , que la partie accessible à nos regards devrait bien nous apprendre à révérer l'autre. J'ai eu connaissance , il y a bien des années , de certaines tables mortuaires faites dans une très petite province avec toute l'attention et tous les moyens possibles d'exactitude. Je ne fus pas médiocrement surpris d'apprendre , par le résultat de ces tables , que deux épidémies furieuses de petite-vérole n'avaient point augmenté la mortalité des années où cette maladie avait sévi. Tant il est vrai que cette force cachée que nous appelons nature , a des moyens de compensation dont on ne se doute guère.
LE SÉNATEUR
Un adage sacré dit que ^orgueil est le commencement de tous nos crimes (1); je pense qu'on pourrait fort bien ajouter : Et de toutes nos erreurs» C'est lui qui nous égare en nous inspirant un malheureux esprit de contention qui nous fait chercher des «»»———»■ ■! ' ■.il»
(l)tnitiwn ouvris pcccatisupetàia. (Eccli., X, 15.)
DE gAIHT-PÉTBBSBOURG. 2fiD
difficultés pour avoir le plaisir de contester, au lieu de les soumettre au principe prouvé;
mais j<* suis fort trompé si les disputeurs eux-mêmes ne sentent pas intérieurement qu'elle est tout-à-fait vaine. Combien de disputes (iniraient si tout homme était forcé de dire ce qu'il pense !
Je le crois tout comme vous ; mais avant d'aller plus loin, permettez-moi de vous faire observer un caractère particulier du christianisme , qui se présente à moi , à propos de ces calamités dont nous parlons. Si le christianisme était humain , son enseignement varierait avec les opinions humaines ; mais comme il part de l'être immuable , il est immuable comme lui. Certainement cette Religion , qui est la mère de toute la bonne et véritable science qui existe dans le monde, et dont le plus grand intérêt est l'avancement de cette même science , se garde bien de nous l'interdire ou d'en gêner la marche. Elle approuve beaucoup , par exemple , que nous recherchions la nature de tous les agents physiques qui jouent un rôle dans les grandes convulsions de la nature. Quant à
elle , qui se trouve en relation directe avec le souverain , elle ne s'occupe guère des ministres qui exécutent ses ordres. Elle sait qu'elle est faite pour prier et non pour disserter , puiqu'elle sait certainement tout ce qu'elle doit savoir. Qu'on l'approuve donc ou qu'on la blâme , qu'on l'admire ou qu'on la tourne en ridicule , elle demeure impassible ; et sur les ruines d'une ville renversée par un tremblement de terre , elle s'écrie au dix-huitième siècle , comme elle l'aurait fait au douzième :
Nous vous en supplions , Seigneur , daignez nous protéger ; raffermissez par votre grâce suprême cette terre ébranlée par nos iniquités , afin que les cœurs de tous les hommes connaissent que c'est votre courroux qui nous envoie ces châtiments , comme c'est votre miséricorde oui nous en délivre.
Il n'y a pas là de lois immuables , comme vous voyez ; maintenant c'est au législateur à savoir , en écartant même toute discussion sur la vérité des croyances , si une nation en corps gagne plus à se pénétrer de ces sentiments qu'à se livrer exclusivement à la recherche des causes physiques , à laquelle néanmoins je suis fort éloigné de refuser un très grand mérite du second ordre.
de SAlKT-PÉTEflgBOuaa. 271
LE SÉNATEUB,
J'approuve fort que votre église, qui a la prétention d'enseigner tout le monde , ne se laisse enseigner par personne; et il faut sans doule qu'elle soit douée d'une grande confiance en elle-même , pour que l'opinion ne puisse absolument rien sur elle. En votre qualité de Latin....
LE COMTE
Qu'appelez-vous donc Latin ? Sachez , je vous en prie , qu'en matière de Religion je suis Grec tout comme vous.
LE SÉNATEUR
Allons donc , mon bon ami , ajournons la plaisanterie , si vous le voulez bien.
LE COMTE
Je ne plaisante point du tout , je vous Tassure : le symbole des Apôtres n'a-t-il pas été écrit en grec avant de l'être en latin ? Les symboles grecs de Nicée et de Constantinople , et celui de saint Athanase ne contiennent-ils pas ma foi? et ne devrais-je pas mourir pour en défendre la vérité ? J'espère que je suis de
de la religion de saint Paul et de saint Luc qui étaient Grecs. Je suis de la Religion de saint Ignace, de saint Justin , de saint Athanase , de saint Grégoire de Nysse , de saint Cyrille , de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze , de saint Epiphane , de tous les saints , en un mot , qui sont sur vos autels et dont vous portez les noms , et nommément de saint Chrysostôme dont vous avez retenu la liturgie. J'admets tout ce que ces grands et saints personnages ont admis; je regrette tout ce qu'ils ont regretté ; je reçois de plus comme évangile tous les conciles œcuméniques convoqués dans la Grèce d'Asie ou dans la Grèce cC Europe. Je vous demande s'il est possible d'être plus Grec ?
LE SÉNATEUR
Ce que vous dites là me fait naître une idée que je crois juste. Si jamais il était question d'un traité de paix entre nous, on pourrait proposer le statu quo ante bellum.
LE COMTE
Et moi , je signerais sur-le-champ ei néme sans instruction , sub spe rati. Mais qu'est-ce
donc que vous vouliez dire sur ma qualité
de Lutin ?
LE SÉNATEUR
Je voulais dire qu'en votre qualité de Latin, vous en revenez toujours à l'autorité. Je m'amuse souvent à vous voir dormir sur cet oreiller. Au surplus , quand même je serais protestant , nous ne disputerions pas aujourd'hui : car c'est , à mon avis , très bien , 1res justement , et même , si vous voulez , 1res philosophiquejnent fait d'établir comme dogme national , que tout Jlêau du ciel est un châtiment • et quelle société humaine n"a pas cru celai' Quelle nation antique ou moderne , civilisée ou barbare , et dans tous les systèmes possibles de religion , n'a pas regardé ces calamités comme l'ouvrage d'une puissance supérieure qu'il était possible d'apaiser? Je loue cependant beaucoup M. le chevalier, s'il ne s^est jamais moqué de son curé , lorsqu'il l'entendait recommander le paiement de la dîme , sous peine de la grêle ou de la foudre : car personne n'a droit d'assurer qu'un tel malheur est la suite d'une telle faute ( légère surtout ) ; mais l'on peut et l'on doit assurer, en général , que tout mal i. 18
physique est un châtiment ; et qu'ainsi ceux que nous appelons les fléaux du ciel , sont nécessairement la suite d'un grand crime national , ou de l'accumulation des crimes individuels ; de manière que chacun de ces fléaux pouvait être prévenu , d'abord par une vie meilleure , et ensuite par la prière. Ainsi nous laisserons dire les sophistes avec leurs lois éternelles et immuables , qui n'existent que dans leur imagination , et qui ne tendent à rien moins qu'à l'extinction de toute moralité , et à l'abrutissement absolu de l'espèce humaine (1). Il faut de l'électricité , disiez-vous , M. le chevalier : donc il nous faut des tonnerres et des foudres , comme il nous faut de la rosée ; vous pourriez ajouter encore : comme il nous faut des Iouds, des tigres, des serpents à sonnettes, etc. , etc. — Je l'ignore en vérité. L'homme étant dans un état de dégradation aussi visible que déplorable , je n'en sais pas assez pour décider
(1) Non-seulement les soins et les travaux , mais encore les prières sont utiles, Dieu ayant eu ces prières en vue avant qu'il eut réglé les choses; et non-seulement ceux qui prétendent, sous le vain prétexte de la nécessité des événements , qu'on peut négliger les soins que les affaires demandent, mais encore ceux qui raisonnent contre les prières, tombent dans ce que les anciens appelaient déjà le sophisme paresseux. (Leîbnilz. Theod.,tom. 11, in-S ,p. il G.)
DE RAIlST-PÉTEBSBOUftG. 27 î
quel être et quel phénomène sont dus uniquement à cet état. D'ailleurs , clans celui même où nous sommes , on se passe fort bien de loups en Angleterre : pourquoi , je vous prie , ne s'en passerait-on pas ailleurs? Je ne sais point du tout s'il est nécessaire que le tigre soit ce qu'il est : je ne sais pas même s'il est nécessaire qu'il y ait des tigres, ou , pour vous parler franchement , je me tiens sûr du contraire. Qui peut oublier la sublime prérogative de Phomme : Que partout où il se trouve établi en nombre suffisant les animaux qui V entourent doivent le servir , tamuser ou disparaître ? Mais partons , si Pon veut , de la folle hypothèse de de Poptimisme: supposons que le tigre doive être , et de plus être ce qu'il est , dironsnous : Donc il est nécessaire qu'un de ces animaux entre aujourd'hui dans une telle habitation, et qu'il y dévore dix personnes? Il faut que la terre recèle dans son sein diverses substances qui , dans certaines circonstances données , peuvent s'enflammer ou se vaporiser , et produire un tremblement de terre : fort bien ; ajouterons-nous : Donc il était nécessaire que , le \CT novembre 1 7 o 5 , Lisbonne entier pérît par une de ces catas<*
îrophes. L'explosion ri aurait pu se faire ailleurs, dans un désert, par exemple, ou sous le bassin des mers, ou à cent pas de la ville. Les habitants ne pouvaient être avertis, par des légères secousses préliminaires , de se mettre à l'abri par la fuite ? Toute raison humaine non sophistiquée se révoltera contre de pareilles conséquences.
LE COMTE
Sans doute , et je crois que le bon sens universel a incontestablement raison lorsqu'il s'en tient à l'étymologie dont lui-même est Fauteur. Les fléaux sont destinés à nous battre; et nous sommes battus parce que nous le méritons. Nous pouvions sans doute ne pas le mériter , et même après l'avoir mérité , nous pouvons obtenir grâce. C'est là , ce me semble , le résultat de tout ce qu'on peut dire de sensé sur ce point ; et c'est encore un des cas assez nombreux où la philosophie , après de longs et pénibles détours , vient enfin se délasser dans la croyance universelle. Vous sentez donc assez, M. le chevalier, combien je suis contraire à votre comparaison des nuits et des jours (1)* Le
(i) Vey. pag. 63.
tours des astres n'est pas un mal : c'est, au contraire une règle constante et un bien qui appartient à tout le genre humain; mais le mal qui n'est qu'un châtiment , comment pourrait-il être nécessaire ? L'innocence pouvait le prévenir ; la prière peut l'écarter : toujours j'en reviendrai à ce grand principe. Remarquez à ce sujet un étrange sophisme de l'impiété , ou , si vous voulez , de l'ignorance; car je ne demande pas mieux que de voir celle-ci à la place de l'autre. Parce que la toute-puissante bonté sait employer un mal pour en exterminer un autre , on croit que le mal est une portion intégrante du tout. Rappelons-nous ce qu'a dit la sage antiquité : Que Mercure ( qui est la raison ) a la puissance et arracher les nerfs de Typhon pour en faire les cordes de la lyre divine (2). Mais si Typhon n'existait pas , ce tour de force merveilleux serait inutile. Nos prières n'étant donc qu'un effort de l'être intelligent contre l'action de Typhon , l'utilité et même la nécessité s'en trouvent philosophiquement démontrées.
(2) Cette allégorie sublime appartieal aux Egyptiens. (Pfaf. dcf$%
« os., un, liv.)
LE SÉNATEUR
Ce mot de Typhon qui fut dans l'antiquité l'emblème de tout mal , et spécialement de tout fléau temporel , me rappelle une idée qui m'a souvent occupé et dont je veux vous faire part. Aujourd'hui cependant je vous fais grâce de ma métaphysique , car il faut que je vous quitte pour aller voir le grand feu d'artifice qu'on tire ce soir sur la route de PéterhofF, et qui doit représenter une explosion du Vésuve. C'est un spectacle typhonlen , comme vous voyez , mais tout-à-fait innocent.
LE COMTE
Je n'en voudrais pas répondre pour les moucherons et pour les nombreux oiseaux qui nichent dans les bocages voisins , pas même pour quelque téméraire de l'espèce humaine , qui pourrait fort bien y laisser la vie ou quelques membres , tout en disant Niebosse (1)/ Je ne sais comment il arrive
(1) N'ayez pas peur ! Expression familière au Russe , le plus hardi et le plus entreprenant des hommes, et qu'il ne manque surtout jamais de prononcer lorsqu'il affronte les dangers les plus terribles et les plui évidents.
DE SAINT-I'ÊTF.RSBOURG. 2i9
que les hommes ne se rassemblent jamais sans s^exposer. Allez cependant , mon cher
ami , et ne manquez pas de revenir demain %
la tête pleine d'idées volcaniques.