OTT-PÉTERSBOURG
et sa loi nécessaire. K!le no connaît pas l'huile de la consolation. Elle dessèche, elle racornit le cœur , et lorsqu'elle a endurci un homme, elle croit avoir fait on sage (1). Voltaire, au surplus, avait répondu d'avance à son critique dans ce même poème sur le désastre de Lisbonne :
Non, no présentez plus à mon cœur agité Ces immuables lois de la nécessité,
[te chaîne des corps, des esprits et des mondes : () rêves «les .vivants, ô chimères profondes ! Dieu tient en main la chaîne et nVst point enchaîné : Par son choix bienfaisant tout est déterminé; II Cil libre, il est juste, il n'est point impl icabl '.
Jusqu'ici il serait impossible de dire mieux; [a comme s'il se repentait d'avoir parlé raison, il ajoute tout de suite :
(1) Il y a autant de différence entre la véritable morale et la leur ( celle des philosophes stoïciens et épicuriens ) qu'il y en a entre la joie et la patience ; car leur tranquillité n'est fondée que sur la nécessité. ( Leibnitz, dans le livre de la Théod., tom. II , p. 215, n° 251.)
Jean-Jacques a justifié cette observation, lorsqu'à la suite de son vain pathos de morale et de vertu , il a fini par nous dire : « L'homme sage' « et supérieur à tous les revers est celui qui ne voit dans tous ses mal- « heurs que les ccups de l'aveugle nécessité. » ( VIII Prom. OEuvres. Genève, 1782 , in-S0,/). 25.) Toujours l'homme endurci à la place de l'homme rc'signé! Voilà tout ce qu'ont su nous prêcher ces [récepteurs du genre humain. Emile, reliens bien celte leçon de ton maître : Ne pense point à Dieu avant vingt ans, et tu seras à cet âge une charmante créature!
Pourquoi donc souffrons-nous sous un maître équitable ! Voilà le nœud fatal qu'il fallait délier.
Ici commencent les questions téméraires:
Pourquoi donc souffrons-nous sous un majc tre équitable ? Le catéchisme et le sens commun répondent de concert : parce que nous le méritons. Voilà le nœud fatal sagement délié , et jamais on ne s'écartera de cette solution sans déraisonner. En vain ce même Voltaire s'écriera :
Direz-vous en voyant cet amas de victimes : Dieu s'est vengé ; leur mort est le prix de leurs i imcs? Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants Sur le sein maternel écrasés et sanglants?
Mauvais raisonnement ! Défaut d'attention et d'analyse. Sans doute qu'il y avait des enfants à Lisbonne comme il y en avait à Herculanum , l'an soixante et dix-neuf de notre ère ; comme il y en avait à Lyon quelque temps auparavant (1), ou comme il y en avait , si vous le voulez , au temps du dé-
(1) Lngdumim quod monsirabatur in Galliâ, quœritur.... una nox fuit inter urbem maximam et nullam. ( Sen. Ep. mor., XCI.) On lisait jadis ces deux passages de Sénèque au-dessous des deux grands tableaux qui représentaient celle destruction de Lyon, dans le grand osealier de f hôtei-Uc-viUe. J'ignore si la nouvelle catastrophe les a cj>argncs.
DE SAINT PÉTKBSB0UB6, 2 G l
Juge. Lorsque Dieu punit une société quelconque pour les crimes qu'elle a commis , il fait justice comme nous la faisons nous mêmes dans ces sortes de cas , sans que personne s'avise de s'en plaindre. Une ville se révolte : elle massacre les représentants du souverain ; elle lui ferme ses portes ; elle se défend contre lui ; elle est prise. Le prince la fait démenteler et la dépouille de tous ses privilèges ; personne ne blâmera ce jugement sous le prétexte des innocents renfermés dans la ville. Ne traitons jamais deux questions à la fois. La ville a été punie à cause de son crime , et sans ce crime elle n'aurait pas souffert. Voilà une proposition vraie et indépendante de toute autre. Me demanderez-vous ensuite pourquoi le,* innocents ont été enveloppés dans la mêmt peine ? C'est une autre question à laquelle je ne suis nullement obligé de répondre. Je pourrais avouer que je n'y comprends rien, sans altérer l'évidence de la première proposition. Je puis aussi répondre que le souverain est dans l'impossibilité de se conduire autrement, et je ne manquerais pas de bonnes raisons pour rétablir.