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faite ? Elle pourra remarquer , particulièrement dans l'ouvrage que nous publions , quelques expressions et même quelques plaisanteries que le bon goût de Fauteur aurait dû rejeter ; elle lui reprochera de donner quelquefois à la raison les apparences du sophisme , par la manière recherchée et trop subtile dont il présente certaines vérités ; mais si cette critique est franche , raisonnable , impartiale , elle reconnaîtra en même temps qu^il serait honteux pour elle de s'arrêter à ces taches rares et légères qui se perdent dans Téclat de tant de beautés supérieures , et souvent de Tordre le plus élevé.
A la suite des Soirées , on lira un opuscule intitulé: Eclaircissement sur les sacrifices; et nous ne craignons pas de dire que , dans ces deux volumes , il n'est rien peut-être qui soit de nature à produire de plus profondes impressions. Uauteur, avec sa prodigieuse érudition, qui semble ici se surpasser elle-même par de nouveaux prodiges , parcourt le monde entier et en compulse les annales les plus obscures et les plus cachées, pour nous y montrer le sacrifice , et le sacrifice sanglant , établi dans tous les temps , dans tous les lieux, et sur la fol d'une tradition universelle et immémoriale» ([ni a partout enseigné et persuadé partout : « Que la « chair et le sang sont coupables, et que le ciel est irrité « contre la chair et le sang ; que dans Temision du sang « il est une vertu exyiatrice; que le sam; coupable « peut être racheté par le sang innocent. » Croyance
Inexplicable que ni la raison ni la folie n'ont pu inventer,encore moins faire sdopter généralement ; croyance mystérieuse, qui a sa racine dans les dernières profondeurs du cœur humain, et qui, dans ses ses applications les plus cruelles, les plus révoltantes, les plus erronées, se rattache par divisibles liens à la plus grande de? vérités. L'auteur poursuit cette vérité aux traces de lumières qu'elle laisse après elle à travers la nuit profonde de l'idolâtrie. Au milieu des erreurs de tant de fausses religions, il retrouve plus ou moins altérés tous les dogmes de la véritable , toutes ses promesses , tous ses mystères, toutes les destinées de l'homme, et vient finir en se prosternant devant le sacrifice incompréhensible qui a tout consommé, aux pieds de la gfande Victimequi a opéré le salut du monde entierjpar le sang. Rien de plus frappant que ce morceau : c'est un tableau que, dans toutes ses parties, on peut dire achevé.
Hélas ! il n'en est pas ainsi du livre même des Soirées. Il était arrêté que M. le comte de Maistre ne recevrait point ici-bas la dernière couronne due à ses longs et pieux travaux ; il travaillait encore à ce bel ouvrage , lorsque Dieu a voulu l'appeler à lui pour lui donner, dans un monde meilleur , cette couronne « que « la rouille et les vers n y altéreront jpoint ; cette « couronne incorruptible qui ne sera point enle- » vée (1). » Ceux qu'il aimait ne se consoleront point
(1) Tlicsn>(ri;ate aulemvobi*; ilicsanros iti crrln y vb'mi'ijnc terttgo n? que tinca ilcmoliiur, et ubl Jures nou ef/odiuni tue juruntur, Maiili . V [,20.
de l'avoir perdu ; l'Europe entière a donné des regrets à cette perte vraiment européenne; et ces regrets se renouvelleront sans cesse pour les cœurs généreux , lorsque, jetant les yeux sur les lignes demi-achevées qui terminent le XIe entretien et les dernières que sa main ait tracées , ils verront que , de cette main déjà défaillante, il s'occupait alors de sonder la plaie la plus profonde de notre malheureux âge (1), d'en montrer le danger toujours croissant, et d'y chercher sans doute des remèdes. C'est ainsi, qu'imitant jusqu'au dernier moment son divin modèle , a il a passé en faisant le « bien. » Pertransiit benefdciendo (2).
(1) Le Protestantisme.
(2) Act. X, 58.
• M. de Saint- Victor.
(Dix entretiens SUR LE GOUVERNEMENT TEMPOREL