‹ Les soirées de Sainte-AdresseChapitre 18 sur 23 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

APOLLON seul.

Nègre... nègre... Ils n'ont que cela à dire... On dirait que parce qu'on a la peau noire on n'est pas un homme comme eux... Et- ces maudits mulâtres, ils sont plus blancs que les maudits blancs... C'est-à-dire, que quoique nos prêtres disent que le diable est blanc... je crois plutôt qu'il est mulâtre.... Ce n'était pas tant la peine de nous faire quitter le culte de nos fétiches^ de nous baptiser et de nous mettre d'une religion qui prêche l'égalité, pour nous traiter comme on fait.... Nègre! Eh bien! oui, je suis nègre.... J'aime autant cela que d'être mulâtre... Au moins ma mère était la femme de mon père... Tandis qu'eux, presque toujours, ils sont le fruits d'un adultère ou d'un concubinage.... J'aime autant être nègre que blanc.... Aux yeux de Dieu, il n'y a ni nègre ni blanc... Dieu n'est ni blanc ni noir... Il est lumière... Il est soleil... Devant lui les hommes sont égaux... — Qui frappe à la porte?

(// entr'ouvre la porte.)

UNE VOIX. — Un pauvre aveugle, s'il vous plaît.

APOLLON. — Encore un mendiant... Allez-vous-en, on ne donne pas ici... On ne pourra donc jamais se débarrasser de cette vermine-là...

(Il referme brusquement la porte.)

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