‹ les soirees de saintte-adresseChapitre 13 sur 26 · ANDRÉ PETIT · texte numérisé non relu

ANDRÉ PETIT

Ah ! mademoiselle Legros n'est pas destinée à devenir madame Petit! Ah! je suis chassé pour avoir seulement pensé à elle! Ce que c'est que les parvenus! Un marchand earidU ! il y a bien de quoi être si fier ! une fortune acquise en vendant à faux poids des marchandises sophistiquées ! Comme il m'a traité ! Quoi ! parce que je ne suis pas riche ! Je le deviendrai ] j'ai de la volonté, de Tintelligence. {Avec emphase,) C'est un cœur d*honnôte homme qui bat dans ma poitrine, un honnête homme est l'égal de tout le monde. (// froisse les lettres à copier et les Jette par terre.) Oui, je deviendrai riche... quand je devrais faire comme les autres. Ah! ça aurait bien abrégé le chemin... que d'épouser'la fille d'un millionnaire. Mais, elle m*aime, tout n'est pas perdu, les coups du destin respecteront notre amour; cet amour qui est mon bonheur, qui est ma vie... Gardons ces phrases-là pour lui écrire. Racontons-lui ma douleur en vers louchants. L'amour rapproche les conditions, l'amour rend égaux la bergère et le monarque, l'amour... Ça n'est pas, au fond, que j'en aie beaucoup ; cependant je la rendrais heureuse. Elle aime les vers; les femmes aiment les

vers, le langage des dieux, faisons des vers. Je me rappelle ma première séduite : j'ai perdu une femme, je lui ai fait tout abandonner, famille, mari, enfants, fortune, avec des vers de quatorze pieds ! (// se lève^ se place devant la cheminée^ se regarde dans la glace, et arrange ses cheveux.) Quel dédain m'a montré celle sacoche de Legros ! la nature m'a donné de Tesprit et quelques avantages extérieurs, il me semble que cela vaut bien de l'argent. Il ne me croit pas son égal... mais je suis son supérieur. Vil métal ! Allons, faisons des vers à sa fille. (// se rassied devant le bureau.. Désespoir. Ça n'est pas mal pour le titre...

{Entre Virginie tm balai et unplumeau à la main.)

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