‹ les soirees de saintte-adresseChapitre 12 sur 26 · v^'^AK · texte numérisé non relu

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PETIT. — Je suis tout tremblant ; mais autant aujourd'hui qu'un autre jour, puisqu'il faudra bien que je vous le dise.

LEGROS. — Qu'est-ce?

PETIT. — Au nioment de parler, ma langue se glace

LEGROS. — Ah çà! monsieur...

PETIT. — Ah ! monsieur, soyez mon second père.

LEGROS. — Qu'est-ce que ça veut dire?

PETIT. — Mademoiselle Eupl»émie...

LEGROS. — Eh bien ?

PETIT. — Eh bien ! je l'aime, je Tadore...

LEGROS. — Ah , mon Dieu !...

PETIT. — Je serai pour vous un fils respectueux, dévoué.

LEGROS. — Monsieur Petit, vous vous oubliez...

PETIT. — Je suis jeune et sans fortune-, mais, avec votre appui et vos conseils, je parviendrai. D'ailleurs, un dévouement sans bornes à vos intérêts sera le prix de vos bienfaits. Vos atTaîres seront les miennes.

LEGROS. — Il n'est pas dégoûté... Monsieur Petit, parlons sérieusement : si je comprends bien vos paroles incohérentes, vous me proposez de vous donner ma fille en mariage?

PETIT. — Oui, monsieur, et croyez...

LEGROS. ^ Trêve de phrases. Je vais vous montrer une grande indulgence.

{Petit se précipite sur la main de Legros comme s* il voulait la baiser, Legros l'arrête d'un geste superbe.)

LEGROS. — Je vais vous montrer une grande indulgence... Je ne vous chasse pas à l'instant même... Vous finirez votre mois, cela vous donnera le temps de chercher une place.

DE BAS m HAUT. 67

PETIT. — Mais, monsieur...

LEGROS. — Et dans votre nouvelle place, vous ferez bien de montrer moins d'ambition.

PETIT. — Mais, monsieur, je ferai comme vous; par le travail, par la probité, je deviendrai riche, je...

LEGROS. — Ah ! vous voulcz épouser mademoiselle des Auluaies ! Il y a une demi-heure je la refusais à M. le comte de Gafreville, qui venait en personne me la demander pour son fils... Vous comprenez que ce n'est pas pour la donner au fils d'un employé au ministère des finances. Non, mon cher, mademoiselle des Aulnaies n'est pas destinée à devenir madame Petit.

PETIT. — Monsieur, mon père est un homme honorable...

LEGROS. — Qui vous dit le contraire? Et vous aussi, mon cher, vous êtes un homme honorable; tout le monde est honorable... Mais, enfin, il y a des classes dans la société... It y a des rangs... Et c'est là le malheur de ce temps-ci, c'est que tout le monde veut sortir de sa sphère... C'est que tous les moyens sont bons pour arriver à tout... C'est qu'il n^y a pour personne ni moyens trop bas ni ambition trop haute. C'est le tohu-bohu, c'est la confusion !

PETIT. — Monsieur...

LEGROS. — C'est assez, n'en parlons plus. Vous finirez votre mois. Cependant si, pendant les vingt jours que vous avez encore à passer ici, vous vous avisez d'adresser la parole à mademoiselle des Aulnaies, ou seulement de lever les yeux sur elle, il faudra partir cinq minutes après, le temps de rassembler vos plumes et votre canif.

{Entre Eusèhe.)

EU8ÉBE. — Monsieur, le déjeuner est servi.

LE6R0S. — Tenez, monsieur Petit, mettez-vous là, à mon bureau; il y a là dix lettres à copier. Réparez le temps que vous m'avez perdu. Vous me les descendres après le déjeuner. (// sort.)

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