LE MOIN£ DE KREMSMUNSTER
précieux. C'était au mois de juillet, et les œillets se trouvaient en pleines fleurs. Le moine était le plus heureux des hommes.
— Voyez, mon ami, me disait-il, cette gaie verdure et ces nombreux pétales, d'une si précieuse étolTe que la pourpre des rois n'est auprès guère plus fine que la laine de nos robes, et dont les couleurs sont plus siiaves et plus riches que celles des pierres précieuses. Tout cela était renfermé dans une graine noire presque impalpable. Certes, mon ami, celui qui plante et celui qui arrose travaillent inutilement, si Dieu, par sa saintç bénédiction, ne fait croître et profiter ce qu'ils cultivent.
Entre les conquêtes nouvelles du moine, deux Beaux œillets n'avaient pas encore été nommés *, tous deux avaient le fond blanc, Tun était panaché^d'un beau jaune orangé^ l'autre semé de points d'un pourpre presque noir.
— Mon ami, me dit le moine, puisque je vous revois, vous partagerez mes plaisirs; je nommerai un de ces œillets, et vous, vous nomnierez l'autre. Il n'est pas de plus touchante manière de fixer une pensée ou un souvenir.
J'appellerai le mien du nom de mon saint patron, et à cause de ses lignes dorées, auréole de sancf Jofiann, Quel nom donnerez-vous au vôtre?
— Mon cher père, lui dis-je, attendons encore quelque temps, et j'y attacherai peut-être un beau souvenir; peutêtre chaque fois que fleurira cet œillet, aurai-je à adresser au ciel de sincères actions de grâces^ je l'appellerai d'une date, et s^il est quelque chose de réel et de stable dans les espérances humaines, si' la fleur de l'amandier est un garant du fruit, je l'appellerai premier décembre. — C'est