LE ZOUAVE EDMOND
Corne l'iia pettinato pêne! (1)
LE CAPORAL
■ Transeat encore cette fois. Mais, voyons si je ne serai pas plus heureux avec une autre objection.
LE ZOUAVE GEORGE
Ce pauvre avocat se trémousse comme un diablotin tombé dans le bénitier.
LE PRÉSIDENT
C'est fâcheux; car il faudra qu'il y reste jusqu'à la prochaine réunion : il est temps de lever la séance.
(I) Dicton italien qui peut se traduire ainsi: Oh! comme vous l'avez bien roulé ! ou plus vulgairement : enfoncé !
JSI3S1IÏJ3VEE3 SOIREE.
LE PRESIDENT
N ouvrant la séance, je vois avec plaisir que le Caporal Théodore est à son poste, et qu'il ne parait 'pas avoir souffert de l'accident qui lui est arrivé à inotre dernière réunion. Je l'en félicite cordialement, d'autant plus qu'il contribue beaucoup à augmenter l'intérêt de notre étude sur le Syllabus.
LE CAPORAL
Grand merci, mon Président ; mais il est bon que vous sachiez que l'eau bénite du Sergent est trop faible pour me faire abandonner mon poste. Elle n'a eu d'autre effet que de me procurer un sommeil bienfaisant. En preuve, voici une autre objection :
A quoi sert de tant parler et écrire sur le Syllabus. Après tout, le Pape a gardé le silence sur ce sujet ; or, comme dit le Docteur Newman : " j'aime à entendre la voix du Pape." (1) En attendant chacun est libre d'en penser à sa guise.
LE SERGENT CHARLES
Ah ! le Pape a gardé le silence ! Pie IX gardait-il le silence quand il félicitait les membres des comités catholiques d'avoir résolu " d'éviter avec soin toutes les
(1) Lettre au Duc de Norfolk.
erreurs, surtout celles proscrites par l'Encyclique et le 'Syllabus y joint " ? N'est-ce pas là faire clairement connaître sa volonté sur le Syllabus ? L'aurait-il ainsi recommandé à l'égal de l'Encyclique^ s'il n'y prenait aucun intérêt ? Aurait-il loué ceux qui en l'ont leur règle de conduite, comme venant du Saint-Siège ?
El puis, est-ce que les adversaires du Syllabus auraient, par hasard, la prétention ridicule de dicter au Pape le modus loquendi à ce sujet ? Ne semblent-ils pas dire : — Nous attendons pour recevoir le Syllabus, comme enseignement doctrinal, d'abord que le Pape déclare officiellement qu'il en est l'auteur, et ensuite qu'il nous commande de le recevoir comme une règle de foi, et de nous y soumettre ?
Mais, je vous le demande, où et quand la parole du Pape a-t-elle été encliainée par des formules fixes et indispensables ? Qui donc lui a imposé de telles entraves ? Quand Jésus dit à Pierre : — confirma fratres tuos— lui a-t il déterminé un mode particulier, invariable, pour la manifestation de son suprême Magistère ? Le Pape n'estil pas le meilleur juge du mode qu'il a crû devoir adopter en cette circonstance, pour instruire le monde chrétien ? N'était-il pas libre de le faire ? Ne pouvait-il pas avoir des motifs, que nous ignorons, de s'y prendre de cette façon ? De plus on ne saurait nier que le Syllabus ne porte la preuve intrinsèque de l'action de Pie IX dans la condamnation des quatre-vingts propositions.
Le titre le dit formellement, de même que la lettre du Cardinal Antonelli. Mais n'est il pas superflu d'insister
davantage là-dessus ?— Or, ce qu'il importe de savoir, c'est que du moment que l'on connaît, d'une manière quelconque, peu importe le mode, que le Pape a condamné une erreur de doctrine, cette condamnation doctrinale lie notre conscience et exige notre soumission.
Et notez, s'il vous plait, que c'est là renseignement de l'école catholique, qui, de tout temps, a reçu les éloges du Saint-Siège, notamment de l'illustre savant, Benoit XIV.
En voici la raison: — Le Pape, en condamnant l'erreur, ne nous impose pas tant son propre enseignement que vlui de la Vérité elle-même, qui, dès qu'elle nous apparaît, commande notre obéissance, parce qu'elle a un droit divin et immuable sur toute intelligence, et que nul ne peut lui résister sans résister à Dieu même, et sans dire avec le premier rébelle à la Vérité : non scrviam.
C'est de là que vient l'obligation d'obéir. Or, par son enseignement, le Pape exerce, avant tout, sa sublime fonction d'interprète et d'organe infaillible de la vérité. C'est Jonc la vérité qui éclaire et gouverne notre intelligence, par la'bouche du Vicaire de Jésus-Christ. Aussi, quand il nous dit, de quelque manière que ce soit: voici la vérité, c'est comme s'il nous disait: voici la Reine de vos âmes. Donc, quiconque repousse l'enseignement du Pape, peu importe la manière dont cet enseignement lui parvient, repousse par là même la vérité.
Et ici, je ne puis résister au désir de céder la parole au plus puissant, comme au plus éloquent, des défenseurs du Vicaire de Jésus-Christ. (I) " Ce siècle incré-
.1) Louis Veuillot. Rome pendant le Concile.
LES SOIIlKES DU CASINO.
" dule ;i couvé et a porté l'acte de Coi Le plus capable " d'étonner son intelligence e1 son orgueil, le plus grand " acte de foi qu'ait su faire riiumanité.
c- Que l'infaillibilité dogmatique de Pierre eût été '; déclarée et proclamée explicitement au premier Con- " cile, quand son ombre guérissait les malades, quand "son excommunication ôtait la vie, quand • sa prière u ressuscitait les morts, et quand enfin la parole du li Christ rayonnait encore sur son front comme la pré- '• sence de Dieu sur le front de Moïse, c'était alors l'aveu " d'un fait actuel et non pas un acte de foi. Mais au- ': jourd'hui Pierre passe, il parle, il prie, et les aveugles " ne voient pas, les sourds n'entendent pas, les boiteux " ne marchent pas, les morts restent morts. Il parle " toutes les langues, aucune langue ne répond. Vaineu ment il appelle les peuples, aucun n'accourt. Pierre " n'est qu'un mortel faible et vieux, un roi sans soldat? " Représentant de Dieu, soit ! mais si rabaissé que " l'on verrait encore plus de risque à insulter un am- " bassadeur de la France. Permis au premier " d'aller dans sa ville, de se dresser sur son seuil, de Fin- " sulter à la face du monde. Point de vengeance contre " qui veut accabler cette majesté suprême ! la lâcheté " du genre humain l'abandonne au despotisme du voleur " et de l'histrion.
" Oui, c'est là Pierre, aujourd'hui ! Oui, et soudai: '■ l'Eglise, assemblée à son ordre de toutes les parties " de la terre, se lève unanime, et, en présence de toutes " les dérisions et de toutes les menaces, elle lui dit " Tu es l'infaillible ! Tu es le juge de la vérité.
" Celui qui marchait pieds nus dans les poussières de ': la Judée t'a parlé pour toujours, et tu es le Père et " le Docteur du monde. Tu es Pierre, et l'Eglise est '; bâtie sur toi. Cette parole est venue à Toi à travers " dix-neuf siècles. Elle a traversé les négations, les ': supplices, les tombeaux; elle est vivante et éternelle. ': et qui la niera est mort éternellement !
" Voilà ce qui s'est dit sur la fin du règne de
" Voltaire; et la discussion est finie, et toute opposition " est tombée, et c'est la foi de l'Eglise universelle jus - " qu'au dernier jour.
" Que César à présent soit fait, ou qu'il se fasse " demain ; quel que soit César, prince ou peuple, éphé- " mère ou durable, l'acte de foi du dix-neuvième siècle " demeure en permanence jusqu'au dernier jour avec '' lui. Des revanches, il en pourra prendre certainement. " Certainement elles coûteront cher, et certainement elles " seront vaincues. Quel que soit le règne qui commence, <£ ce n'est pas le règne de Pierre qui finit."
Ainsi parle Yaccusator fratrum! (1) si souvent béni et loué par Pie IX.
Laissez-moi vous citer aussi quelques paroles remarquables prononcées à la fin de la troisième Session du Concile du Vatican, tenue le 24 Avril 1870.
A cette époque, il régnait une vive agitation en dehors
(1) Malheureuse expression échappée à Mgr. Dupanloup dans un long libelle intitulé : Avertissement, etc., que Veuillot pulvérisa clans quelques pages.
de l'enceinte du Concile. Des bruits de guerre commençaient à circuler dans Rome, et bourdonnaient autour du Vatican. Mille rumeurs alarmantes répandaient l'inquiétude et la crainte dans les cœurs. On tenait des discours inconsidérés, on faisait des réunions suspectes dans certains salons, pour critiquer et combattre les sentiments bien connus de l'immense majorité des Pères du Concile. On répandait, à profusion, une multitude de petits pamphlets remplis d'erreurs, de mensonges, et de fausses nouvelles politico-religieuses.
Qui ne se rappelle les conciliabules tenus à la Villa Grasiolij où demeurait l'Evoque d'Orléans? Et à cette occasion, qui n'a lu la lettre si vive du vénérable Evéquc de Laval, à son Grand- Vicaire, où il dénonce les complots et les misérables intrigues ourdies dans cette célèbre Villa, devenue le rendez-vous général de tous les mécontents et des adversaires de l'infaillibilité ?
Et ces Dames, auxquelles on donna le nom de Matriarches, qui s'y rendaient en pèlerinage, pour de là se répandre dans toute la ville, allant de salons en salons eanvasscr en faveur des Graziolins, comme on disait alors ! Et les fréquentes trahisons du secret des Congrégations privées, par les partisans de ce parti ! Et les intrigues, pour ne pas dire les menaces, des chancelleries étrangères ! Tout cela, et bien d'autres choses encore, formaient un bourdonnement formidable autour du Concile. On espérait, par ce moyen, faire dissoudre le Concile avant qu'il eût le temps de se prononcer, définitivement, sur le célèbre Schéma relatif au Magistère suprême du Souve-
rain Pontife ; car c'était ce vote que l'école libérale redoutait par dessus tout.
Or, le Saint-Père crut devoir mettre en garde, et fortifier les Evoques contre ces coupables menées ; et c'est ce qu'il fit, à. la suite de la Session troisième du Concile, tenue le 24 Avril 1870. J'extrais les paroles suivantes de cette courte, mais touchante allocution : —
" Et comme aujourd'hui, N. S. Jésus-Christ a donne
ci la paix à ses Apôtres, Moi aussi, son Vicaire indigne, en son " nom je vous donne la paix, cette paix, comme vous le savez, " chasse la crainte ; cette paix ferme Vorcille aux discours y- imprudents. Ah que cette paix vous accompagne tous les u jours de votre vie ! "
Et bien, mes cliers amis, faisons notre profit de ces paroles du T. Saint-Père. Bien des craintes existent parmi nous, catholiques de cette belle Province de Québec ; bien des rumeurs fâcheuses circulent partout. Les ennemis dn Vicaire de Jésus.Christ, et de la sainte Eglise dont il est le chef, s'agitent et bourdonnent autour de nous ; ils cherchent à jeter la terreur dans nos âmes par leurs discours, par leurs écrits mensongers, par leurs menaces à peine déguisées. Puisse la bénédiction de Pie IX, qui nous aime, nous donner la paix et chasser la crainte ! Puisse-t-elle nous faire fermer l'oreille aux " discours imprudents, " et à tout enseignement contraire à, celui du Vicaire de Jésus-Christ !
LE ZOUAVE GIORGE.
Oh ! Sergent, que je suis donc heureux, d'entendre toutes ces belles choses !
LE ZOUAVE JOSÉ
Et moi aussi : n'empêche que je soupçonne que le Sergent est, comme on dit, dodus cum Ubro.
C'est vrai, camarade : n'ayant point le don de la science infuse, il m'a fallu étudier beaucoup pour ramasser la petite provision dont je vous fais part en ce moment. Faites comme moi ;|lisez les polémistes religieux, et vous (Mi saurez bientôt autant et plus que moi. (1)
LE ZOUAVE JOSÉ
Et, mon Dieu, ce n'est pas merveilleux ; dans le royaume des aveugles, les borgnes sont Rois.
LE ZOUAVE HENRI
H;'- ! Hé : il est flatteur, le camarade.
LE SERGENT
Eh bien, brave José, je suis prêt à vous céder mon trône. Voyons, en vonlez-vous ?