‹ Les Soirées du Château de RamezayChapitre 27 sur 50 · POUR CELLE QUI M'A SOURI · texte numérisé non relu

POUR CELLE QUI M'A SOURI

J'ai rencontré une fois une enfant quasi blonde, avec un coin du ciel dans les yeux, avec des perles pour dents, avec des fraises pour lèvres, avec un rire franc, une mine gentille, une tête folichonne.

Je lui ai tendu la main, elle a souri . . . sans rien me dire.

Et qu'avais-je à lui offrir ? Une figure sombre, renfrognée, une tête pensive et rêveuse, des yeux brillants, mais se perdant dans le vague ; puis une vie solitaire, un coin retiré du monde oii elle m'aurait réjoui, où je l'aurais adorée, où je me serais fait son esclave pour la servir, son sujet pour la faire reine.

Elle n'a pas refusé, mais elle a souri. Et son sourire m'a brisé le cœur. Je suis resté dans l'incertitude, dans le doute, cet état qui tue.

Pourtant, il ne pouvait y avoir d'incertitude, son sourire était un " non '" poli.

Entre la jeunesse qui lui tendait la main pour l'inviter à s'amuser, et moi qui lui offrais la mienne pour la poser sur un piédestal, elle n'a pas hésité.

A cet âge, le plaisir n'offre-t-il pas plus d'attraits qu'un trône ?

Toutefois, il me semblait qu'elle m'aimait un peu. Hélas ! une femme peut donner son cœur par petits morceaux à différents adorateurs, et faire croire à chacun qu'il l'a en entier.

Le rêve que j'avais bâti ne pouvait résister au souffle de la réalité.

Il est tombé comme un château de cartes, il s'est évanoui com,me un château en Espagne.

Depuis, j'ai trouvé mon idéal et je remercie l'enfant quasi blonde d'avoir soiiri. . . sans rien me dire.

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sous BOIS

Nos cœurs exultaient. Oh ! combien suggestive était l'indéfinissable expression de son regard !

Elle assise sur le tronc d'un érable que la hache d'un bûcheron avait allongé sur le sol, et moi à ses pieds, presque couché dans l'herbe longue et hérissée de la forêt, nous jouissions de la vie champêtre. Les arbres et les arbrisseaux entrelaçaient leurs bras au-dessus de nos têtes, les fe'uilles nombreuses, légèrement agitées par une toute petite brise, formaient une voûte tremblante à travers laquelle la lumière vive d'un jour rempli de soleil nous arrivait affaiblie, tamisée.

L'air pur et sain caressait nos figares, nous embaumait des parfums cueillis dans la coupe des fleurs.

Les oiseaux, les insectes, les microscopiques bêtes voltigeaient, rôdaient, grimpaient autour de nous sans crainte.

Leur instinct leur disait que nous ne pouvions leur faire aucun mal, qu'en ce moment nous étions la bonté, la douceur, la vie, et leur instinct ne les trompait pas.

iî^ous goûtions l'existence selon l'étendue de nos facultés humaines, nous savourions la nature toute belle, toute harmonieuse, toute joie.

Ses yeux bleus languissamment attachés sur moi, le sourire content de sa mignonne bouche, son silence plein de révélation, indiquaient qu'il y avait de l'amour on elle. L'atmosphère en était remplie.

C'est à ce moment que Germaine, notre amie, qui s'était avancée dans la forêt pour nous cueillir des fleurs, revint en chantant une pénétrante et triste romance.

Dans ce décor d'une si sauvage beauté, il nous parut naturel d'entendre sortir des profondeurs du bois cette voix chaude et vibrante.

Alors l'impression qui pénétra nos âmes était grande, douce, calmante !

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