‹ Les Soirées du Château de RamezayChapitre 26 sur 50 · TOMBEE DU JOUR · texte numérisé non relu

TOMBEE DU JOUR

Là-bas, loin devant nous, le soleil d'or descendait imperceptiblement derrière un épais rideau de nuages blancs, puis roses, puis pourpres. Nous marchions tous deux, elle et moi, dans un sentier qui longeait en serpentant, et la grève aux sables blonds et la prairie aux foins fraîchement coupés.

La prairie s'étendait à notre droite, tandis qu'à notre gauche la rivière Batiscan roulait paisiblement ses eaux brunes où se miraient les oiseaux, les arbres et le ciel bleu pâle.

Nous allions silencieux, sans soucis, contemplant la nature dans sa beauté de fin de jour.

De mignonnes libellules valsaient légèrement ici et là. Des lépidoptères de toutes les couleurs et de toutes les nuances se promenaient en folâtrant autour de

nous, sans doute au désespoir de voir leurs belles fleurs disparues. Hélas ! ces pauvrettes, les faucheurs sans pitié les avaient couchées par terre, ainsi que les herbes où elles jetaient encore la note gaie.

Peut-être aussi ne songeaient-ils pa« à elles — les morts s'oublient si vite ! — et se grisaient-ils uniquement des parfums qui flottaient dans l'air pur.

Et pendant que nous allions ainsi dans cette superbe tombée du jour, mon cœur battait avec force chaque fois que mes regards s'arrêtaient sur ma compagne. Je ne pouvais me lasser d'admirer cet être faible, pourtant gracieux, qui peut donner le bonheur dans un sourire.

Eêveuse au cœur pur, vierge confiante, elle ne se doutait pas du trouble que sa présence me causait.

Et là-bas, loin devant nous, le soleil d'or descendait imperceptiblement derrière un épais rideau de nuages blancs, puis roses, puis pourpres.

E. Z. MASSICOTTE 201

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