PREMIERE NEIGE
Croquis montréalais
Il neige. Depuis le matin, de gros flocons étoiles, hexagones parfaits, tombent obliquement avec une extrême lenteur et une régularité admirable. Ils se posent délicatement sur le sol, sans bruit, sans secousses, sans rien. Pareil à ces tissus flexibles qui drapent le corps sans en dissimuler les formes, le manteau de neige qui va envelopper la nature pour plusieurs mois, se prête aux moindres caprices du terrain, indique les plus petites sinuosités.
Là-haut, le spectacle est curieux : le ciel paraît une masse compacte, d'une couleur laiteuse, qui se divise
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insensiblement par petits morceaux de plus en plus éloignés à mesure qu'ils approeheut de la terre.
C'est la neige doucement Qui croule du firmament, Elle y dormait paresseuse Sur le nid qu'elle couvait, Et sans bruit son fin duvet
descend sous forme de papillons,
lents, lourds,
Au corset de blanc velours, Aux ailes d'hermine blanche, Un, cent, mille, millions, Tourbillons de papillons, Papillons en avalanche, Aux ailes d'hermine blanche.
Jeax Richepin
Flânant dans les rues, je m'amuse à contempler. Le sort des flocons m'intéresse. Les uns s'accrochent aux toits des maisons et demeurent là, résignés ; les autres descendent plus bas, effleurent la froide pierre et disparaissent bientôt, ne laissant, pour trace de leur passage, qu'une larme. Certains se suspendent aux enseignes, aux corniches, formant une architecture fantastique pardessus l'architecture humaine ; d'autres encore s'arrêtent sur les fourrures des passants et s'y font de petits nids soyeux ;
quelques-uns, les phis galants, se posent sur la figure jolie de nos Canadiennes. Les audacieux vont même se consiimer sur les lèvres carminées, dans un baiser virginal, plein d'amour. Le reste a une destinée moins belle ; ils jonchent la terre gelée, l'asphalte, le bois, puis sont foulés par les pieds des hommes et le sabot des bêtes.
C'est monotone, et pourtant, c'est beau !
Les sleighs apparaissent et l'air se remplit du son de leurs clochettes.
Le soir, comme par enchantement, le fluide électrique chasse les ombres de la nuit. Les lumières se reflètent avec un plus vif éclat et la ville semble joyeuse de sa toilette d'épousée ; tendue d'hermine, elle attend les plaisirs, et le carnaval se montre à l'horizon.
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