DISCOURS D INAUGURATION
signe certain de déchéance, et J'oserais presque dire : d'aliénation mentale.
N'importe ! ce courage, nous l'aurons, et il ne manquera pas de se soutenir en nous par la jouissance d'une confraternité aussi douce que désintéressée, par l'intelligence de plus en plus nette des choses de cet univers et des attributs de son Auteur, par Ja conquête graduelle de cette émancipation particulière de l'esprit, de cette liberté sans égale que l'étude offre à ses amis comme une souveraine et ineffable récompense.
Certes, il n'est pas sans valeur ce métal qui nous vient en aide sous tant de rapports et nous tient sous le charme, même des fleurs artificielles dont il borde le sentier de la vie ; mais sans compter que plusieurs sciences contribuent précisément à le procurer, la science en général, la science qui délivre, et, tout néant que vous êtes, vous découvre les merveilles du ciel et de la terre ; qui, en mariant la raison à la foi, élève celle-là jusqu'à la hauteur de celle-ci et vous rend imperméable au fiel de la piété pharisaïque ; la science est quelque chose et vaut que l'humanité lui consacre le meilleur de son être.
La nature humaine a soif d'idéal, mais — tous tant que nous sommes, une courte expérience suffit à nous en convaincre — cet idéal ne réside pas dans les choses d'ici-bas, pour l'excellente raison qu'elles sont périssables et que notre âme est immortelle. Il réside dans le sein de l'Etre Suprême. Or, comment
DISCOURS D IXAUGURATIOX
remonter jut;que-là pendant que nous sommes sur la terre, sinon par notre application à concevoir, à découvrir, à admirer et à chanter la sagesse, la puissance, la bonté, l'amour infini, tous les attributs divins qui s'accusent jusque dans le moindre objet de la création ? Qu'est-ce que cela, sinou le point initial de tous les arts et de toutes les sciences ?
Au nom de la science et de l'art, nous nous attacherons donc à connaître et à chanter ce pays qui fut notre berceau, et dont la terre recueillera un jour la cendre de ce que nous aurons été. Et conmie la poésie est la plus parfaite expression de l'art d'écrire, nous lui avons entièrement consacré cette première de nos séances publiques. Vous nous en approuverez sans doute, lorsque vous aurez entendu la lecture du drame dont j'ai maintenant le plaisir de vous présenter l'auteur, M. Louis Fréchette, le président d'honneur de notre association.
Louis FRËCHETTE
FEAGMENT
DE