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DISCOURS

PROXOXCÉ PAR

Président de l'École Littéraire A L'INAUGUKATION DES SÉANCES PUBLIQUES

Mesdames et messieurs.

L'Ecole Littéraire de Montréal a aujourd'hui trois ans. Si l'on tient compte du caractère quelque peu inhospitalier de notre pays pour des institutions de ce genre, on peut dire qu'elle est déjà vieille, et pourtant, vous assistez ce soir à une démonstration non équivoque de sa vitalité, de sa jeunesse, de son développement et de ses espérances.

Comme l'indique son nom, elle a pour objet l'étude de la littérature et des grands génies qui l'ont illustrée, mais cela ne l'empêche de cultiver les sciences, de les faire fleurir à côté des belles-lettres.

BISCOURS D IXAUGUIÎATIOX

SOUS rinspiration d'un même amour. Savants comme littérateurs sont donc invités à i'aire partie^ de l'Ecole Littéraire ; elle sera toujours heureuse de profiter de leur enseignement, de les voir figurer parmi ses conférenciers, parmi ceux qui auront à jouer un rôle principal dans ses séances publiques.

D'ailleurs, pour éviter le froissement des susceptibilités, pour obvier aux inconvénients qui pourraient surgir des différences d'âge, de condition ou d'aptitudes, il est entendu qu'ici, nous sommes tous élèves les uns des autres, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de maîtres attitrés. Que ce soit par telle ou telle voie, par les procédés de l'école classique, romantique, parnassienne, décadente ou naturaliste, nous poursuivons toujours la recherche du vrai, du bon et du beau, en toute liberté, comme en toute bonne foi, à la lumière de la discussion, de l'expérimentation et de la critique.

On nous demandera peut-être : La politique, la religion, qui consument les instants, qui absorbent la vie de tant de monde, qu'est-ce que vous en faites ? — Messieurs, ces deux sujets si explosifs, si dangereux à manier, ont toujours eu et auront toujours, de notre part, tout le respect qu'ils méritent. Aussi, nos règlements pourvoient-ils à ce qu'ils ne servent Jamais de thème à aucune controverse.

Pour notre invitation aux littérateurs et aux savants, elle regarde particulièrement ceux d'entre eux qui peuvent disposer d'une plus grande somme de

DISC OUKS D IXAUGURATIOX

loisir et nous gratifier d'une collaboration plus active ; elle s'adresse aux étudiants, aux jeunes recrues des professions libérales, aux femmes canadiennes, dont plusieurs, Je suis fier de le proclamer devant cet auditoire d'élite et dans ce sanctuaire du souvenir, ont déjà fourni de si authentiques joyaux à l'écrin de notre littérature nationale.

La littérature d'un peuple, c'est le résumé de ce qu'il signifie, c'est le recueil des notes qu'il a préparées lui-même aux contemporains et à la postérité ses juges, pour qu'ils prononcent jugement sur son compte. Xous travaillerons donc, d'un commun accord, à développer la nôtre, à l'enrichir, à l'agrémenter d'une substance et d'une phA^sionomie plus expressives.

l!^ous ne l'ignorons pas, de l'idée à sa réalisation, il y a toujours loin, et ce qui semble beau et désirable à tous est bien souvent ce qu'on a le plus de misère à faire pratiquer à chacun. Si louable que puisse être notre intention, si naturellement qu'elle paraisse devoir s'imposer, pour en assurer le triomphe, il faudra donc du courage. Il en faudra d'autant plus, qii'à l'Ecole Littéraire, il n'y a absolument pas d'argent à faire, et que nous vivons dans un siècle et sur un continent où la dévotion aux choses qui ne paient pas est réputée gaspillage de temps, erreur de jugement, en attendant qu'elle constitue, comme elle s'en va menaçant de constituer, aux yeux de la masse, un

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