‹ Les Soirées du Château de RamezayChapitre 40 sur 50 · DOUX MYSTERE · texte numérisé non relu

DOUX MYSTERE

Elle était jolie, et sa robe beige seyait à merveille à son teint de brune. C'était une andalouse vraie, perdue dans un coin d'Amérique.

Lui, type parfait de notre paysan, il l'aimait avec cette sincérité des cœurs honnêtes qui ne connaissent que le ciel bleu, les bois enchanteurs, les blés d'or.

La main dans la main, lé cœur rempli d'ivresse, l'oreille ouverte aux mille bruits des futaies, aux ])armonies qui s'élevaient de partout comme un h3'mne, ils allaient tous deux sous les grands arbres, par le vert sentier frangé de marguerites.

Cet hymne mystérieux des choses, c'était un thème d'amour mystique parlant à l'âme ravie, lui disant le bonheur d'aimer et d'être aimé, de jouir des

tendresses infinies, de s'abandonner à l'espérance, aux caresses ardentes, et de boire à longs traits le -vin capiteux des baisers.

L'émeraude du feuillage et des mousses, les subtils parfums, la douce lumière, les chants d'oiseau, tous les attraits de la nature en fête venaient mettre des sourires aux lèvres et de l'extase dans les yeux.

Osèrent-ils ? . . . Je ne l'oserais Jurer ; mais, — Dieu me pardonne ! — je crois qii'ils. . . n'osèrent pas.

— Pas quoi ?

— Ah ! bien, bon, laissez-moi tranquille.

Hector DEMERS

Néron

(Le vaisseau qui mène Agrippine à la mort, s'éloigne. N^ron sur le rivage avec un de ses intimes.)

NÉRO?«r

Mon confident, regarde : à l'horizon lointain,

Ne vois-tu pas blanchir ses voiles de satin ?

Il vogue sur les eaux ainsi qu'une colombe.

Ce vaisseau qui conduit ma mère vers la tombe,

Ce vaisseau que sa voile emporte au vent du soir,

Et qui semble plonger, au loin, sous le ciel noir.

Approche, ami. j'ai peur I Oui. j'ai peur des fantômes.

Réponds, quand tout sommeille, aux palais, sous les

chaumes, Le tombeau garde-t-il toujours ses habitants ?. . . Leurs spectres soilent-ils à ces mornes instants. A cette heux'e troublante et pleine de silence. Où la nuit sur la terre étend son voile immense ? Moi, je frémis eucor de mon crime incertain. Je doute de Néron, je doute du destin.

Je voudrais, sans merci, voir pleurer mes victimes, Faire couler du sang, accumuler des crimes ; Je voudrais être seul régnant par la terreur. Etre plus que Néron, être plus qu'empereur ; Je voudrais des pouvoirs escalader le faîte ; Je voudrais commander aux vents, à la tempête ; Je voudrais, je voudrais, sous mou regard de feu, Voir, la nuit, s'allumer la route du ciel bleu. Les astres m'obéir dans les océans d'ombre, Et je tremble à l'aspect de ce vaisseau qui sombre, Et je crains de revoir, dans mes tristes ennuis, Se lever Agrippiue au milieu de mes nuits. Lâche !. . .

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