A. DE BUSSIÈRES
Comparaison
Aiusi. quand le doigt de l'aurore Dévoile le sein nu des fleurs, Pétales aux fraîclies couleurs Qu'un chaud rayon de soleil dore,
Colibris et mei'les siflleurs Désertent la plage sonore, Et vont, pour revenir encore, Y boire la rosée en pleurs.
Aiusi, dans ton cœur, ô mignonne.
Source où l'amour toujours frissoune.
Je bois sans pouvoir l'épuiser.
Et plein d'une amoureuse flamme.
Radieux, je berce mon ame Dans l'ivresse de ton baiser.
Soirée allemande
Le silence eudormeur pose daus l'air serein Sur la tranquillité des pics aux sommets roses ; Et l'absence de chants ou joyeux ou moroses Attriste les flots bleiis du Danube et du Rhin.
Bientôt le crépuscule issu d'un noir êcriu S'en vient mettre de l'ombre au front pâle des roses, Et là-bas le couchant qui pleure sur les choses Change en voile de deuil son voile purpurin.
Par delà les grands monts aux crêtes inconnues I-a lune mollement verse du fond des nues Les images du songe et les tristes sommeils.
Et contemple sous elle, en scènes fantastiques, Parmi vos reflets d'or, ô nocturnes soleils ! La sauvage beauté des plaines germaniques.
A. DE BUSSIÈHES 351
Khîrma la Turque
Des ai'ôines subtils uagont en pleins vergers, Tout autour des bosquets fleuris des promenades Où le kokila dit ses folles sérénades Au dahlia qui croît entre les orancers.
Et sur les gazons doux comme des satinades, Ceinte d'un voile poui-pi'e aux plis fins et légers, Khîrma s'endort au sein des rêves mensongers. Près du yali désert flanqué de colonnades.
Sa lourde tresse blonde ondule sur le sol
A la vague des mers en sa forme pareille ;
Et la fière indolente au vent du soir sommeille
Sous le palétuvier qui s'ouvi-e en parasol, Et la clarté qui fuit, éperdûment vermeille, Mêle des reflets d'or aux blancheurs de son col.
Soirée castillane
Vagues comme un reflet très doux des porcelaines. De lumineux éclats d'astres demi-voilés Caressent doucement sous les cieux constellés L'immobile verdeur des pâles marjolaines.
Aussi, dans le silence, on entend vers les blés LfC grand vol alourdi des nocturnes phalènes, Pendant qu'au loin, la voix des belles madrilènes Résonne sur la route aux sables grivelês.
Un franc toréador, rêvant de ses parades, Soiu'it en sou parterre orné de balustrades Où l'onagre fleurit près des alcarazas ;
Et la brise du soir, harpiste éolieune, Eveillant des parfums le long des mimozas, Tibre dans les sous d'or d'une tyrolienne.
A. DE BU8SIÈRES 353
Journée d'automne
Le vent qui griuce au fond des bois mornes et chauves, Comme des gonds rouilles sous d'énormes vantaux, Traîne lugubrement, le long des végétaux, Le pâle tourbillou des feuilles aux tons fauves.
Dans le lointain, cachant la pente des coteaux, Dorment vieux troncs, rameaux, ponts croulants et
guimauves; Et le merle fuyant vers les hoi'izons mauves. Jette ses cris plaintifs aux vents orientaux.
Dans les sillons, plus rien, rien sur la plaine nue ; L"âme ressent en elle une crainte inconnue Quand le frimas blanchit le sol dur et glacé.
Et l'homme frissonnant en sa triste deimeure. Voit le ciel autoaunal ouvrir son flanc blessé Au soleil souriant à la terre qui pleure.
Pierre BEDARD