‹ Les Soirées du Château de RamezayChapitre 46 sur 50 · H. DE TRÉMAUDAN · texte numérisé non relu

H. DE TRÉMAUDAN

Rimes folles

A une jeune fille

Légère comme un papillon Qui voltige sur la rosée, Comme lui, rarement posée.

Tu t'envoles en tourbillon.

Tes yeux d'azur pleins de malice Sont deux diamants précieux, Ton sourire est délicieux.

Ta bouche, le plus frais calice.

Mignonne, ton rire perlé Trouve un éoho dans ma poitrine.

Car j'aime la chanson divine De tout oiseau vite envolé.

J'aime le carmin de ta joue, Ta lèvre plus rouge que fleur, Dans ton oeil brillant de bonheur.

Le joyeux rayon qui se joue.

Tu n'es encor qu'à ton printemps, A peine connais-tu la vie !

Ton jeune âge me fait envie, Car, moi, je n'ai plus dix-sept ans.

Oh! garde-la bien, ta jeunesse :

Conserve ta franche gaîtê, Ton regard plein de volupté.

Et ton sourire qui caresse.

Albert LOZEAU

Ivresse

Blême, je frissonnais sous le charme divin Que sa main, voltigeant sur le clavier d'ivoire Aux reflets blancs d'émail, de camée ou de moire, En mon être infiltrait comme un flot de vieux vin.

Ivre et fou d'iiarmonie, un moment j'ai pu croire Que le ciel abaissait ses chœurs de séraphins ; Que je voyais leurs doigts nacrés, roses et fins, Sur des harpes tendus, psalmodiant la gloire.

Quand le clavier chantait, moi je chantais aussi ; Mais quand pleurait sa voix en un rythme obscurci, Mon ame, soupirant, sanglotait avec elle.

Oh ! comme j'ai senti, dans ce trop court instant —

Assez long pour griser un poète, pourtant —

Au fond du cœur la Muse et l'Art battre de l'aile.

Le Manoir

De près, c'est un mauoir aux antiques tourelles Qu'ombragent des tilleuls les vertes frondaisons ; Dans la fraîcheur des soirs, au temps des floraisons. Venaient y soupirer les blondes pastourelles.

Etendus sur le flanc, gardant des passerelles. D'énormes léopards mordillent des blasons ; Sur leurs blocs de granit rongés par les saisons, Roucoulent tristement les blanches tourterelles.

De loin, c'est un point noir vacillant dans la nue, Qui disparaît soudain quand la nuit est venue ! L'ombre habite ses murs, le mystère, ses bois.

Tout y sommeille. Seule, en la pieuse enceinte De l'unique chapelle, une immobile sainte Semble écouter encor des psaumes d'autrefois.

Sans âme

Près de l'étang fiévreux où meurt le chrysantème, Nous marchions côte à côte et la main dans la main, Lorsque, vous arrêtant au détour du chemin, Vous me dites ces mots à l'oreille : je t'aime !

Depuis trois mois, mon Dieu, c'était là votre thème ! Vous mentiez ! votre cœur n'eut jamais rien d'humain, Et je hais cette bouche aux lèvres de carmin Qui souilla mon front pur, comme un sombre anathème !

En votre corps d'albâtre et vos yeux andalous— Dont je fus quelque jour, pourtant, un peu jaloux — Croupit une Rme, hélas ! plus noire que la fange !

Moi qui remerciais le Seigneur, chaque soir.

De pouvoir, eu tremblant, à vos genoux m'asseoir.

J'adorais un démon, croyant aimer un ange !

Au bord de la mer

La mer des naufragés et des vieux matelots

Sous la brise du soir mollement se balance

Et redit à la terre où règne le silence,

Ses longs chants à refrains qu'attristent des sanglots.

Et de petits flocons d'écume sur les flots, Par la vague emportés au loin, sans violence. Sautillent ; puis, la nuit, ont quelque ressemblance Avec la lueur blanche et pâle des falots.

Comme un clair miroir, la lune, la première, Mire sa face blonde et transforme en lumière L'ombre qui nous voilait sa vieille majesté.

Et les étoiles d'or, vacillant dans la lame.

Viennent, semant sur l'eau leurs paillettes de flamme,

Sonder sa profondeur et son immensité !

ALBEKT LOZEAU 393

Le Gueux

Longtemps on avait cru qu'il dormait pour toujours Au fond d'un noir bourbier,comme un chien qu'on enterre; Lui dont le front bruni s'inclinait vers la terre, Et qui traînait, pareils à ses haillons, ses jours.

Pour lui s'ouvraient, la nuit, les portes des vieux fours Oil, sur la cendre éteinte, il couchait solitaire. Cachant au monde avec quel effrayant mystère Il courait les sentiers, les louches carrefours.

Hier, on l'a revu, pâle, tremblant, livide,

Tendant sa main calleuse et presque toujours vide

Au riche qui le toise et passe son chemin.

A son malheur enfin, voulant mettre une borne. Las de voir s'assombrir sur sa tête un ciel morne: " C'en est assez, dit-il, tu seras mort demain ! "

Le Monastère

Sombre don j ou de pierre à façade gothique, Elançant vers le ciel sou énorme clocher, Campé comme uu nid d'aigle au flanc d'un noir rocher Masquant un coin d'azur de son portail antique ;

Saint asile où la paix s'exhale en un cantique Doux comme la chanson que fredonne un nocher, Le pieux monastère, à l'heure du coucher, Voit ses longs corridoi-s, ainsi que son portique —

Tel, en un cimetière, uu cortège, la nuit, De fantômes errants qui sur les tombes fuit— Peupler soudain ses froids parvis d'ombre mouvante.

Puis, les spectres affreux disparaissent. . . Tout dort ; Pendant qu'un vieux corbeau que l'orage épouvante Jette son cri lugubre au vent rageur du nord !

ALDERT LOZEAU 395

Le Chêne

Le vent fin nord fait rage et penche snr son tronc Le chêne qui résiste, en sa stature altière ; Maintes fois l'ouragan a dépouillé son front Et ses feuilles aux daims ont fait une litière.

Mais, n'importe ! En vainqueur il a subi l'affront Des sombres éléments de la nature entière ! Ses grands bras décharnés bientôt reverdiront, Son ombrage sera doux au vieux cimetière.

Soyons tels. Quand la vie, au souffle des douleurs, Dans nos yeux, quelquefois, fera perler des pleurs, Et ploiera notre corps vers une froide tombe,

Ne comptons point les coups portés à, notre cœur ; Sans songer en quel temps le destin veut qu'il tombe. Gaidons toujours au front la fierté du vainqueur !

Pages LOUIS FRECHETÏE

I — Veronica. . 3

II —La Tête à Pitre 24

III —Coq Pomerleau 47

—Discours d'inauguration xi

I —Parmi les tombeaux 65

II —Le Petit Parvenu H»

III —Le Succès dans la vie 79

IV —Tentation 105

V —Entre deux quadrilles 108

—Un mot au lecteur v

I —L'Aigle , 119

II —Aux Malveillants 120

lu —Ce qui demeure 121

IV —Fumée 123

V — Première page d'un mémorial 124

Pages

VI —A Sestius 125

VII — Lamartine 127

VIII —Les chercheurs d'or 328

IX —Les deux Veilleuses 129

X —Morhiœ Morlturiis 130

XI —Orgueil 131

XII —Larmes d'en Haut .. 132

XIII —Les deux poètes 133

XIV — Impromptu 134

XV —Les Trois Majestés ]35

XVI —Stances aux Etoiles 136

XVII —Un Misanthrope 138

XVIII— Aldébaran 145

XIX — Jours sans pain 157

GONZALVE DESAULNIERS

I —La fille des bois 161

II —Le roc Percé 164

III —Mon secret 165

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