‹ Les Soirées du Château de RamezayChapitre 8 sur 50 · STELLA, LE DUC · texte numérisé non relu

STELLA, LE DUC

LE DUC

Stella !...

STELLA

Mon Lorenzo ! . . .

Tiens, vois, chéri ! mon cœur vibre comme un oiseau Qui bat de l'aile et veut s'envoler dans l'espace. . .

(Elle l'embrasse follement à plusieurs reprises.)

LE DUC On est heureuse alors ?

STELLA

Oh oui !... Mais quelle impasse Vous a donc cette nuit si longtemps retardé ? .Te ne vous ai jamais tant de fois demandé.

LE DUC

Mon service bien tard quelquefois me réclame ; Je n'ai pu m'échapper auparavant, chère âme ! Nos plus fervents désirs sont frustrés bien souvent.

J'ai ressenti ce soir mille terreurs d'enfant ; C'est affreux d'être ainsi toute seule enfermée.

LE DUC

Seule ! . . . Que dis-tu là, ma Stella bien-aimée ? Et Teresa ?

STELLA

Sortie avant la fin du jour ; Et depuis lors j'attends vainement sou retour.

LE DUC

Possible?... Teresa l'impeccable... un modèle! Il faudrait que quelqu'un se fût emparé d'elle... Mais dans quel but alors ? . . .

STELLA

Peut-être un accident. . .

LE DUC

Bien grave dans ce cas, car il est évident Qu'elle aurait prévenu. Sans retard je veux faire Par nos plus fius limiers éclaircir cette affaire.

STELLA

Vous allez me quitter eucor ?. . .

LE DUC

Mais je ne puis M'en dispenser, cher cœur ; songe â, ce que je suis !

LOUIS FKÉCHETTE 7

Mais, né crains rien : sitôt la police en alerte, Nous enverrons ici quelque patrouille experte ; Et TOUS pourrez dormir eu paix, ô ma Stella !

Comment dormir eu paix quand vous n'êtes pas là, ?

LE BUC, la faisant asseoir près de lui, sur un divan.

\ oyons, mou ange, encore un léger sacrifice

Pour couronner enfin le superbe édifice

De ce bonheur futur que nous rêvons toujours !

STELLA, se jetant aux genoux du Duc.

Oh : ce bonheur futur ! Oh ! ce jour de mes jours :

Quand le verrai-je enfin à l'horizon paraître ?

Au pieds des saints autels quand donc la main du prêtre,

Avec un anneau d'or, mon Lorenzo chéri.

Fera de moi ta femme et de toi mon mari ?

LE DUC Mariés, ma Stella V devant Dieu nous le sommes.

STELLA

C'est vrai; mais je veux l'être aussi devant les hommes!

Je veux, là, dans la rue, attachée à ton bras,

Pouvoir sourire aussi quand tu me souriras,

Et porter, è, l'égal de la plus noble dame.

Devant tous les regards ma dignité de femme , . .

Et de mère peut-être . . . O Lorenzo, dis-moi

Que ce sera bientôt !

Oui, bientôt ! calme-toi !

Je te l'ai répété plus d'une fois, ma chère. Je suis dans un état de gène passagère Qui ne me permet pas de combler ton désir. Faut-il le dire encor pour te faire plaisir ?. . .

Non ?. . . Alors à quoi bon tous ces détails ? Ecoute :

Avant peu notre ciel s'éclaircira sans doute ;

Et tu seraS! ma femme aimée ; et nous irons,

Si tu veux, par la ville et dans les environs.

Dire è. tous les passants, aux oiseaux, aux fleurs même,

Que j'adore un doux ange, et que cet ange m'aime !

STELLA Mou Lorenzo !. . .

LE DUC

Voyons, c'est cela que tu veux ?

Tu l'auras !. . . Maiis, ce soir, à moi tes beaux cheveux ! A moi ta bouclie rose et ton regard céleste ! Aimons-nous bien, mignonne, et faisons fi du reste !

STELLA

Tu ne voudrais jamais me tromper, n'est-ce pas ?

LE DUC

Folle!... Embrassons-nous, tiens!

(Il l'embrasse.)

Et parle-moi tout bas . . .

Ecoute ! il ne faut pas que la chose te froisse.

Mais souvent, quand tu pars, je ne sais quelle angoisse

Me passe par le coeur. . .

LE DUC

Enfant ! . . .

STELLA

Oui, l'on dirait Qu'il existe entre nous quelque étrange secret Que tu ne voudrais pas livrer à. ma tendresse ; Et cela bien souvent m'inquiète et m'oppresse !

Mais cette anxiété s'efface eu t'écoutant :

Parle î rassure un peu ce coeur qui souffre tant !

LE DUC

Pourquoi songer toujours il des choses amères, Ma Stella ? Chasse au loin ces absurdes chimères ; Je suis tout à toi, tout ù. toi, tu le sais bien ; L'amour est tout, te dis-je, et le reste n'est rien 1 Allons, dis-moi le mot des ivresses suprêmes, Le mot du paradis : n'est-ce pas que tu m'aimes ?

STELLA

Si je t'aime !. . . Demande au papillon du pré

S'il faut l'azur du ciel il son vol diapré !

S'il faut le soleil d'or à la verte prairie,

Et la rosée aurorale îl la plaine fleurie.

Et, dans l'enivrement du soufile printanier.

S'il faut l'espace libre à l'oiseau prisonnier !

Tout cela, Lorenzo, tu l'es pour moi ; ma vie

N'a plus qu'un seul objet, qu'un seul but, qu'une envie :

Toi ! toi I toi seul toujours !. . . Ah ! t'aimer, t'admirer.

Ce n'est rien : j'ai besoin de toi pour respirer I . . .

Txi le sais bien, ingrat, que ta Stella t'adore . . .

Laisse-moi te couvrir de baisers... tiens 1 encore !...

(Elle le coHvre de baisers.)

Et maintenant, Signor, passez-moi ce flambeau !

(Il lui passe le flambeau.)

Je veux vous regarder. . . Oh ! oui , vous êtes beau ; Oui, certe ! et brave aussi, n'est-ce pas ? En honneur, Mon Lorenzo chéri, c'est toi le grand seigneur, Et c'est San Giuliano, le puissant dignitaire. Qui devrait bien plutôt être ton secrétaire . . .

LE DUC Enfant, te dis-je !

STELLA: se relevant et remettant le flambeau sur la table.

Au fait...

(Réfléchissant.)

Aprôs tout. . . Ah ! mais non !

Le duc ne pourrait pas, lui, me donner son nom, Puisqu'il est marié. . . Tu connais la Duchesse ?

Assez !

STELLA

Est-ce bien vrai que le Duc la délaisse ?

LEDUC

Qui te tient au courant de ces beaux cancans-là ?

STELLA

Mais c'est un bruit qui court un peu comme cela ; Pietro peut-être. . . ou mieux mon ancienne servante. . .

(Avec une expression de reproche.)

Que vous m'avez ôtée . . .

LEDUC

Et certes, je m'en vante !

STELLA Pourquoi donc ?

LE DUC. rieur.

Vous aviez im service mal fait :

J'ai voulu vous doter d'un personnel parfait.

STELLA avec un soupir

C'est la perfection surtout pour la consigne ! Pauvre Pietro !. . . Voyons, je sais qu'il est peu digne D'intérêt ; mais enfin c'est mon frère après tout ; Nous nous aimons... Et puis, il a besoin surtout...

C'est un pauvre égaré dans la vie ; et mou père, Qui nous laissait, hélas ! en état peu prospère. Me l'a couflé comme un enfant maladif.

Aussitôt qu'à venir il s'est montré tardif, Je n'ai d'abord senti qli'un peu d'inquiétude ; Mais, plus tard, lorsque j'eus la presque certitude D'un malheur, je voulus votre aide, vos avis. . . Et c'est alors, cher cœur, que je vous écrivis Ce mot d'angoisse qui, paraît-il . . .

LEDUC

Cette lettre.

Imprudente ! a failli plus que me compromettre ; Elle a failli briser nos projets d'avenir. N'écris jamais, Stella ! cela pourrait fournir Des armes contre nous . . .

STELLA

C'est à n'y rien comprendre.

LE DlC Mais aussi, chère enfant, pourquoi donc entreprendre De tout sonder ? Pourquoi ton amour, rassuré, Ne se fierait-il pas à mon cœur ?

STELLA

J'essaierai !

LEDUC Ainsi, tes sentiments pour ton malheureux frère, Jo suis loin d'y trouver à blâmer, au contraire. Mais, sur ce point aussi, tu dois t'en rapporter A ma sagesse, et sans en rien t'inquiéter. Un soldat comme lui peut connaître de vue Bien des gens de la cour, et la moindre bévue — Il serait bien trop long de t'expliquer comment — Pourrait causer pour nous tout un effondrement. . .

(On entend un grand bruit dans l'escalier). Qu'est ceci ?. . .

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