GALÈRES DESTINÉES POUR RESTER DANS LE PORT
)) £rt G/o?>^, construite en 1722, vendue à Marseille en 1749;
» L'Héroïne , construite en iTïS , passée à Toulon en » mai 1749;
» La Favorite y construite en 1^23 , restée à Marseille;
» La Perle, construite en 1724, vendue à Marseille en 1749;
» La France., construite en 1726, restée à Marseille;
» Z« Fortune y construite en i73o, passée à Toulon en » mai 1749;
■o La Valeur , coni.truite en 1741 > restée à Marseille;
» La galère de dépôt , construite en 1720, restée à Mar- » seille. »
Toutes les galères restées à Marseille après l'ordonnance de 1748 , supprimant le corps des galères, passèrent à Toulon, le II octobre 1 781, avec leurs chiourmes montant à 5 18 forçats.
LA. ROSALIE. l^'J
Une note écrite en marge de l'état qu'on vient de lire porte ce qui suit :
« Les galères sont distinguées en galère extraordinaire et » galère sensile.
)) La galère Extraordinaire est différente de celle Sensile, par » sa longueur et par le nombre des rameurs.
» L'Extraordinaire à trente bancs à la droite et vingt-six à la « senestre , a sept hommes par banc : 406 forçats,
» L'Ordinaire à vingt-six bancs à la droite et vingt-quatre à » la senestre, a cinq par banc : aSo forçats.
» Il y a moins de bancs à la bande senestre qu'à la droite, » parce que le fougon en occupe la place, qui est dans le milieu 2) des bancs. » (Cette rédaction est obscure; l'auteur a voulu dire qu'au milieu de la galère, à gauche , le fougon occupait la place de quatre bancs sur la galère extraordinaire, et de deux sur la sensile. Voir, au reste, pour tous les détails relatifs aux galères du xvii^ siècle que continuaient à peu de chose près celles du xvin%leMémoiren*'4de l'y^rc/j. ««('.,p. 296-316, l'^vol,) « Le fougon est le lieu où l'on fait la cuisine. Nota. En 1750 l'on M fit construire une galère Sensile, qui fut nommée l'Amazone^ » et l'année précédente il en fut faite une autre nommée la » Bretonne, Il y a de plus , à Toulon , deux demi-galères, que » l'on nomme la Chasse et la Découverte. » Les demi-galères étaient ce qu'on nommait dans les marines étrangères des galiotes (voir Arch. nav., p. 3 18, !«'' vol.]. Le Mémoire sur les chiourmes, dont je viens de donner un extrait, est rangé au Bureau des chiourmes du ministère de la marine sous Ja couverture d'un registre manuscrit intitulé : Mémoire et décisions sur les chiourmes et sur les galères , Années i33'j à 1765. Cette espèce de répertoire, qui n'est pas très complet, offre pourtant un grand intérêt ; j'y ai trouvé une copie, que j'étais loin d'v soupçonner, de l'ordonnance sur l'armement de ^o galères à Gênes, en i337, par Aylon d'Oria pour le roi de France, que j'ai publiée, p. 333, 2« vol. de V Arch. nav.y d'après un MS de la Bib.-Roy.
i48 LA ROSALIE.
L'ordonnance du roi qui, le 27 septembre i-j^S, supprimait le corps des galères et fondait le cadre des officiers du corps dans celui des officiers de vaisseau, « pour ne former à l'avenir qu'un seul corps de marine, » ne réformait pas les galères, et l'on vient de voir qu'en effet, en 1749 et i^So, deux galères neuves furent construites à Mai seille. L'art. X de l'ordonnance disait que les mariniers de rame demeureraient supprimés^ et que, lors des armcntciits des gale? es , ils seraient remplacés par des matelots... Cependant, à partir de ce moment, les galères n'eurent plus qu'une très mince importance; on les négligea beaucoup, et leschosesen vinrent à ce point, que le 22 avril 1700, M. de Fontctte , capitaine de vaisseau à Toulon , crut devoir adresser à M. Rouillé, ministre et secrétaire d'étal au département de la marine , un Mémoire sur l'utilité des galères (manuscrit appartenant au bureau des chiourmes du ministère). Dans ce mémoire, M. de Fontette rappelait un giand nombre d'occasions où les galères avaient rendu de grands services, et il insistait sur l'importance de ces navires à rames dans les luttes contre les Chebecs barbaresques. Il s'efforçait de démontrer qu'en temps calme principalement la galère « jouerait du chebec V comme un chat fait d'une souris... surtout si elle, a un timon )) de l'avant et un double rang de vogue comme étaient les six ga- » lèresde Duukerque , dont on s'est toujours bien trouvé, malgré )) la dissertation de M. de Barras sur les désavantages des deux » limons, qui ne sont rien en comparaison des avantages qu'il 5) y a de les a\oii' pour présenter toujours la proue à son en- M nemy et faire feu sur luy... » Les six galères auxquelles M. de Fontette faisait allusion en cet endroit de son mémoire, étaient les mêmes dont il avait parlé deux pages plus haut, qui en 1703, à Diinkcique, avaient pris à l'abordage la Licorne^ vaisseau de 54> et le Nictingal de 28. Quant au détail relatif à « un double iang de vogue » que possédaient ces galères, il m'élait inconnu quand j'ai composé mon mémoire sur les navires à rames (n" 4 de VArch. nar.) ; j'aurais probablement donné à la phrase de M, de Fontette une attention qui m'en aurait fait découvrir le sens. Ce n'est pas ici le lieu de chercher la solution
d'une difficulté qui repose sans doute sur une obscurité de rédaction; j'espère trouver un jour, dans les Archives delà marine, quelque explication à ce double rang de vogue qui, rapproclié du « timon de l'avant, » me parait devoir faire comprentlie qu'à chaque rame de la galère, la moitié des nageurs avait le dos tourné à la proue, et l'autre moitié le dos à la poupe, chacune de ces moitiés conduisant la nage à son tour, suivant qu'on voguait avant, ou qu'on sciait. Quant au timon ou gouvernail à la poupe et à la proue, voir les navires dont j'ai parlé. Mémoires n»* 2 et 8 de VJrch. nm>., p. 121, i"" vol., et 47-5, 1'' voî.
£t Ctualicn
« Jones , appuie donc le bras du petit hunier, sous le vent ! Tu vois bien , mon frère , que la vergue se balance mal à propos et que tu risques de la faire casser.
» — Oh ! de la faire casser, capitaine Burley !
» — Sans doute , mon frère. J'en ai vu casser beaucoup de vergues j^ar des imprudences ou des manques de soins. Si nous cassions celle-là , nous
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serions fort mal à notre aise clans cette Manche où la mer est si dure, et où il faut un courageux navire pour ne pas se rebuter contre les lames.
» — Et puis, ajouta un troisième interlocuteur, l'honorable James Raguenald , second capitaine ou maître du Georges -Fox; et puis il fait bon continuer sa route un peu vite sans accidents ; car, depuis six mois, le détroit est couvert de corsaires français, et l'on n'a pas la bonne fortune de trouver toujours près de soi un sloop de Sa Majesté britannique — Dieu la conserve et ses sloops aussi 1 — pour vous défendre contre ces damnés chrétiens de Dunkerque ou de Saint-Malo. Aussi pourquoi n'avons-nous pas quelques bons petits canons sur nos gaillards , quelques braves fusils dans la cabine du capitaine, une douzaine de pistolets et autant de sabres dans la mienne? Avec cela, du cœur, de la poudre et un peu d'adresse, on n'aurait pas besoin de l'aide et protection des vaisseaux du Roi; mais le capitaine Burley.--
» — Le capitaine Burley ne le veut pas, Raguenald , tu as raison ; il ne le veut pas , il ne peut pas le vouloir. Cela siérait bien , n'est-ce pas , à un modeste et noir charbonnier d'avoir des canons sortant de sabords peints en rouge et de singer la frégate !
» — Mais, pour se défendre, cela irait à un charbonnier, sauf le respect que je vous dois, capitaine , tout aussi bien qu'à un vaisseau de la royale compagnie des Indes.
» — Pour se défendre, mon frère ! Et nous estil permis de nous défendre ? Attaquer ou se défendre, c'est tout un pour le résultat ; c'est porter les armes , c'est faire couler le sang de ses amis.
« — De ses ennemis, capitaine, ce qui est fort différent.
» — Nous n'avons point d'autres ennemis que nos vices , Ben-Hug ; tous les hommes sont nos frères, nos amis; ils ne peuvent nous vouloir du mal, et s'ils nous en veulent ils ont tort, ils pèchent contre les lois de Dieu , et nous devons nous laisser maltraiter plutôt que de nous armer contre leur injustice.
» — Vrai , comme il est vrai que je m'appelle James Raguenald, fils du vieux Raguenald, l'ancien sergent des troupes de marine du roi George II , notre gracieux souverain , vous dites là, capitaine,
unegrosse sottise.
» — Dis-moi des injures , James Raguenald , fils de l'ancien sergent Raguenald 5 tu sais bien que je ne t'en répondrai point. Je dois pardonner les offenses , ma religion me l'ordonne.
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» — La mienne, à moi , ne me défend pas de repousser une attaque avec la hache, le mousquet ou le canon , et je ne vois pas pourquoi je la souffrirais. Est-ce parce qu'au lieu de poudre d'or nous ne portons que de la poudre de charbon qu'il faut nous laisser enlever par un corsaire, s'il s'en présente un contre notre bord? Le charbon c'est notre fortune à nous , comme l'or en poudre et en lingot est celle des armateurs des galions d'Espagne ; et je ne sais en bonne conscience aucune raison passable pour me laisser ruiner quand je peux l'empêcher.
» — Ton esprit est prévenu , James mon ami , et tu ne veux pas me comprendre. Que n'ai-je le don de persuader qu'avait Georges Fox , ce grand homme, ce grand saint dont j'ai donné le nom à notre navire pour le préserver de tous périls et pour honorer autant qu'il est en moi la mémoire glorieuse du réformateur du monde! Ce n'était qu'un simple cordonnier qui n'avait étudié à aucune des universités où l'on forme les prétendus savants docteurs de l'église anglicane, et il savait tout ! Je tiens de mon père, qui le tenait du sien, que personne ne pouvait l'entendre sans être touché de ses discours. Que n'est-il ici à ma place ! Que n'y es-tu aussi, toi William Penn, qui fus si éloquent , qui nous appris à aimer nos sem-
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blables, à les regarder comme nos frères et nos égaux!...
» — Oui, par satisfaction de vanité, pour ne faire la révérence à personne, pour avoir le plaisir arrogant de parler à tout le monde et même au Roi le chapeau sur la tête ; pour....
» — Continue, je t'écoute, mais à condition que tu m'écouteras.
» — Oh ! non , par exemple , ce serait trop cher. D'ailleurs je n'aime pas les disputes avec les gens de votre secte. Quand je me dispute, je ne suis pas fâché que ça finisse par quelques boxades qui amènent des réconciliations et d'honnêtes verres de brandvyn ; et vous autres vous ne faites cas ni du brandvyn ni des coups de poing ! Vous êtes humains et tempérants 1 (// rit.) Ah ! ah ! ah !
» — Que le capitaine soit tempérant tant qu'il voudra , interrompit Ben-Hug, qui, après avoir assujetti le bras du petit hunier, comme on le lui avait ordonné , était resté à tribord le dos appuyé contre la lisse du passavant; il écoutait la discussion religieuse et morale de Burley, et les répliques un peu brutales de James Raguenald ; que le capitaine soit tempérant tant qu'il voudra, mais qu'il nous laisse boire et manger un peu plus à
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notre aise. Nous sommes rationnés pour aller de Corck à Londres comme si nous étions de l'autre côté du cap Horn, n'ayant plus que pour quinze jours de vivres et point d'espérance de relâche avant six semaines. Nous ne sommes point des quakers, nous autres, mais de bons anglicans à qui un vénérable pot de bière n'est pas plus indifférent qu'une large tranche de bœuf grillé, offert par une servante de taverne, jolie et appétissante comme le gras morceau qu'elle nous sert. Pourquoi nous met-on à la diète sur cet infernal navire, noir comme l'enfer, où l'on ne peut pas jurer un peu sans avaler une prédication d'une heure ? Encore si après le sermon on pouvait avaler quelque chose de plus substantiel ! mais rien. Pour nous convertir tous les six, on nous fait faire abstinence. Que le bon Dieu vous bénisse, capitaine Burley, et votre navire ! mais cette campagne-ci sera la dernière. Nous maigrissons à vue d'œil avec votre régime à la William Penn; et certes en huit jours nous mangeons moins de graisse de bœuf ou de mouton qu'en deux jours les manœuvres courantes , à qui vous ne l'épargnez point. Pourquoi ne les traitez-vous pas en quakeresses, vos manœuvres courantes? »
Un gros éclat de rire de tout l'équipage accueil-
lit cette dernière facétie, qui ne fit pas plus sur Burley que les autres apostrophes de Ben-Hug , débitées avec assez de véhémence.
» — Elles n'ont pas d'âmes à sauver , répondit gravement le capitaine du Georges ' Fox , mais vous..
» — Eh bien î nous, avec des âmes , nous avons aussi des corps à sauver : attention , croyezmoi ! se prit à dire d'une voix passablement émue James Raguenald; voilà au loin dans la brume quelque chose de bas sur l'eau qui m'a tout l'air d'un chercheur de navires marchands, et à qui notre humble charbonnier plaira infiniment s'il devine que nous avons un quaker pour capitaine. »
Burley prit sous le c;:ipot de l'escaHer de sa chambre une petite longue-vue de carton qui y était pendue , et regardant le bâtiment signalé par maître James :
« — Raguenald a raison , c'est un armateur. Deux grandes voiles de schooner , des canons , beaucoup de monde siu' le pont, un avant-fin qui coupe la lame comme un couteau; c'est bien cela. Serrons un peu le vent; boulinons pour prendre la même bordée que lui. Hâlez les boulines , mes fi'ères ! »
On hâla les boulines, on borda la grand'voile,
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on donna un coup à la voile de senau — car le Georges-Fox était un senau — et le charbonnier se mit à courir au plus près du vent , autant que les larges façons de sa proue ronde , épaisse et haute , autant que les capacités de son gros ventre et d'un arrière tout hollandais le lui permirent.
« — Eh bien, que ferons-nous, capitaine? dit Raguenald, en se croisant les bras quand le navire fut bien établi sur ses voiles.
» — Nous nous sauverons, s'il plaît à Dieu. » — Si nous avions des armes !...
» — Vous ne vous en serviriez pas , parce que vous n'avez pas le droit de blesser ou de tuer.
» — Nous serons donc pris sans résister, comme de pauvres femmes ?
» — Peut-être.
» — Avez-vous trouvé un moyen , capitaine ?
» — Je crois que oui , James ; mais tais - toi , laisse-m'y penser. »
Alors le quaker regardant alternativement le ciel et le navire qui venait à lui en le gagnant rapidement de vitesse, fut saisi d'une de ces convulsions , d'un de ces tremblements qui ont donné leur nom à la secte dont Burley s'honorait de faire partie.
« — Bon ! voilà que ça lui prend , dit Ben-Hug il va prêcher. Si le corsaire pouvait l'entendre, au moins, il se sauverait de peur; car, du diable si je vois autre chose que l'ennui d'un sermon quaker pour nous en débarrasser.
» — Si je pouvais prendre un corsaire français, s'écria le capitaine en proie à l'enthousiasme convulsionnaire...
» — Par saint Georges, cela vaudrait mieux que d'être pris ; mais quelle apparence !
» — Je lui] dirais : Mon frère, tu fais un horrible métier ; tu te nourris de sang humain , tu viens demander compteà tes amis des querelles que ton roi et le nôtre ont ensemble, et auxquelles nous devons rester étrangers. Ne sais-tu donc pas que Fox a défendu de porter les armes même contre les bêtes féroces ? qu'il a dit que tout homme qui attaquerait serait damné? qu'il a menacé tout homme qui s'armerait pour repousser une attaque des punitions terribles qui attendent les pécheurs après la vie ? que , par conséquent , tu as fait un acte à la fois féroce et lâche , puisque tu es venu le fer à la main contre ton frère qui ne pouvait en avoir ?
» — Le schooner approche , capitaine, et je vois
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distinctement sur son gaillard un homme qui marche avec un boute-feu allumé. »
Burley continuant :
« — C'est pour t'enrichir que tu fais la course ; n'y a-t-il donc pas d'autres moyens? Un honnête commerce t'est permis ; les hautes spéculations te sont ouvertes. Vois notre frère chéri William Penn , il a fondé un État et amassé de grandes richesses sans faire couler une goutte de sang. Vois plus d'un de nos frères de Londres et d'Allemagne, ils ont... »
Un coup de canon coupa court à l'apostrophe du charbonnier, digne vicaire du cordonnier Fox poTir l'éloquence et la chaleur de la parole.
« — Il attaque, capitaine.
» — Je le vois, mon frère. Il vient dans l'espérance de nous aborder. Si j'étais anglican, je l'aborderais aussi ; mais la mort de mes frères me répugne.
» — Si la mort de vos frères les ennemis vous répugne, que doit donc vous faire l'idée, de la mort de vos frères Anglais^ de vos compatriotes , de vos matelots ?
» — Elle me fait horreur, et je ne puis la supporter. Je vous aime, oui ; je pense à ma famille nom-
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breiise dont le navire est le seul bien, aux vôtres que vous soutenez... Si ce que je vais faire est mal, que Dieu me le pardonne !.. . James Raguenald, écoute, mon ami. Ce corsaire est faible de bois, elle Georges Fox est fort, lui, comme son glorieux patron l'était en beaux et sages principes de morale et de religion. Si nous sommes accostés par ce Français dont je vois le pavillon menaçant , nous serons pris ; il ne faut donc pas qu'il nous accoste. Or je te conseille, — car moi je ne puis ordonner ni la défense ni l'homicide, — jeté conseille d'aller au schooner, de l'aborder par son milieu, et de lui passer sur le corps. Il sera broyé sans que le brave Georges Fox ait une égratignure ; tu te dégageras ensuite, et Dieu fera le reste.
» — Laisse arriver ! commanda aussitôt maître Raguenald en fdant lui-même l'écoute de la voile de senau. »
EtBurley descendit dans sa chambre tout doucement , à pas comptés , en regardant du coin de l'oeil si James Raguenald manœuvrait convenablement. Il était en bas, quand un craquement et des cris horribles se firent entendre : c'était la goélette française, abordée et cédant à l'effoit de la masse qu'opposait à son corps frêle et léger le m. 1 1
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charbonnier poussé par cinq voiles que remplissait une jolie brise; c'étaient les clameurs d'épouvante et de surprise arrachées aux corsaires par cet audacieux abordage, auquel ils avaient dû être si loin de s'attendre,
La goélette coula, et avec elle tout son équipage. Quelques instants après, Burley remonta sur le pont et jetant les yeux sur la voilure comme un homme surpris :
« — Pourquoi ne sommes-nous pas au plus près ?nous faisons mauvaise route. Hâlez les boulines, vous autres; et toi, loffe ! timonier.
)) — Capitaine , votre manoeuvre a parfaitement réussi ; tous ces gaillards sont par le fond ; c'est à faire à vous.
» — A moi , James ! je ne sais pas ce que tu veux dire. Qu'on ne me parle jamais de ceci. Mon Christ intérieur ne me reproche rien ; il me dit que je n'ai rien fait qui puisse compromettre mon salut. Consulte le tien, et vois si tu ne cours pas quelque danger.
» — Des dangers, capitaine! il y a un moment que nous en courions un bien grand; mais une inspiration venue d'en-haut à quelqu'un de ce navire que je ne nommerai point par déférence, en îious sauvant, a terriblement compromis le
salut (le certains corsaires, qui boivent maintenant plus d'eau salée qu'ils n'ont bu d'eau-de-vie dans leurs ribottes.
» — Ma foi , c'est bien, capitaine Burley ! ajouta Ben-Iïug en lui serrant la main ; n'en parlons plus, puisque vous le voulez. Mais, en vérité, si je devais toujours faire des coups de manœuvre comme celui de... maître James, je me ferais quaker. »
LF. QUAKER. 1 Ci