VIII PREFACE
pour le public de le voir dans l'intimité, attelé à la besogne; je vais conduire le lecteur dans les coulisses de h Soirée théâtrale et lui montrer le Monsieur de r Orchestre avec son procédé particulier de travail, dans la gestation de ses chroniques légères et charmantes dont le succès fut si persistant.
Hollandais de naissance, Français par le cœur, boulevardier par l'esprit, Arnold Mortier avait conservé de ses origines le calme méthodique du peuple qui le vit naître; jamais il ne s'emportait ni dans la conversation ni dans ses écrits : il avait je ne sais quoi de grave et de réfléchi dans tout son être qu'on aurait eu de la peine à deviner, sous son masque bienveillant mais froid, l'humouriste des Soirées théâtrales; sa conversation n'avait jamais ce tour alerte qui distingue ses écrits ; dans les réunions intimes, il n'apportait rien de cette gaîté véritable qui sonnait de si brillantes fanfares dans ses articles; il ne se dépensait point dans la causerie ; tout le travail de son esprit se faisait intérieurement , avec mesure et sagesse; il administrait son talent comme un capital; il économisait son humour; il emmagasinait les traits comiques ou les mots mordants pour ne jamais être pris à court dans les semaines maigres de la vie théâtrale. Arnold Mortier était en quelque sorte la fourmi prévoyante parmi les cigales boulevardières qui, à toute heure, gaspillent en pure perte leur esprit dans les
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:abarets à la mode ou les foyers du théâtre, à ce point ^u'il ne leur en reste pas toujours pour leurs arti- :les.
L'inventeur de la Soirée théâtrale était avant tout un lomme d'ordre, prévoyant dans sa vie littéraire :omme dans sa vie de famille ; de même que sa pen- ;ée constante fut de mettre les siens à Tabri du besoin, il ne voulait pas livrer son renom aux hasards de la plume : il plaçait le trop plein de son revenu m rentes sur l'État et déposait l'excédent de son esprit en lieu sûr, dans son tiroir, avec le parti pris de ne jamais être à sec; il tenait constamment cinq, six, dix articles fantaisistes en réserve pour les jours DU le théâtre n'alimentait pas naturellement sa plume. Quand l'événement de la soirée ne lui fournissait pas son sujet d'article, il ouvrait tranquillement son tiroir et en tirait une de ses fantaisies à côté qu'il réservait pour les mauvais jours et qui, tout en paraissant venues en un moment de belle humeur, étaient en réalité sorties de longues réflexions et souvent d'un labeur pénible. Mais le talent de l'artiste ou de l'écrivain est précisément de ne pas laisser voir la peine dans son œuvre; l'humour d'Arnold Mortier ne trahissait nulle part l'effort ; il semblait couler de source tant le journaliste maniait librement sa forme très personnelle avec une verve qui ne le trahissait jamais. On peut dire de ce laborieux, et c'est encore en