UN MONSTRE DE BONTÉ
28 janvier.
Je passais boulevard Saint-Martin, cette après-midi, pleurant sur l'embarras des chroniqueurs, les jours où ils n'ont pas de sujet d'article, quand, devant le théâtre de la Renaissance, un petit tableau me frappa.
Un fiacre avait sa roue engagée sur le trottoir, et le cheval s'épuisait en vains efforts pour ramener le véhicule sur la chaussée. Soulevant la roue, un monsieur, chevalier de la Légion d'honneur, l'aspect d'un chef d'escadrons en bourgeois, employait toute sa vigueur musculaire pour aider la pauvre bête à démarrer.
— Mais, chermaitre, lui dit quelqu'un , que vous importe cette voiture?
— C'est celle qui m'a amené, répondit le monsieur décoré, en tirant de plus belle.
— Vous êtes arrivé.
— Est-ce une raison pour ne songer qu'à moi et ne puis-je aider ce pauvre cheval à sortir d'affaire?
— Le cheval!... intervint alors un marchand de billets, ah! malheur!... faites-le monter dans la voiture pendant que vous y êtes!
— Pourquoi pas > s'écria Gondinet.
Car c'était lui.
\'enu à la Renaissance pour causer de Mam'zelle Gavroche y il n'avait pu, selon son habitude, s'empêcher de négliger ses propres affaires pour s'occuper de celles d'une pauvre bête dans l'embarras.
Et remarquez que l'auteur du Homard, piéton infatigable, n'avait pris une voiture que parce qu'il était pressé.
C'est que cet auteur détalent possède, outre ses remarquables qualités d'homme de théâtre, de nombreuses qualités d'homme privé dont la principale est une bonté que rien ne déconcerte , que nulle ingratitude ne lasse, une bonté qui, comme celle du bon Dieu, dans Athalie^ s'étend
... sur toute la nature.
On sait qu'il possède une collection d'animaux qui transforment sa mystérieuse maison de campagne en une sorte de succursale du Jardin des Plantes. Toutes ses bêtes le ruinent ; ce sont elles qui dévorent ses droits d'auteur en pâtées, et il entretient des chiens, des chats , des ânes , des pigeons , des paons , comme d'autres entretiennent des danseuses ou des horizontales.
Fait-il partie delà Société protectrice des animaux? Je l'ignore, mais il serait digne de la présider.
Les anecdotes édifiantes formeraient une publication en plusieurs tomes.
Quelques-unes prises dans le tas.
L'autre semaine, il prend à la gare d'Orléans un de ces fiacres borgnes qu'on ne rencontre qu'aux débarcadères parisiens. Le cheval étique trébuchait à chaque pas, malgré les encouragements du cocher — un véritable Callot moderne — qui s'efforçait de lui don-
ner un peu d'ardeur en le fouettant à tour de bras el en l'appelant (( sale carcan ! »
Impatienté, Gondinet met sa tête à la portière :
— Comment voulez-vous que votre cheval marche r s'écrie t-il, il n'a pas mangé...
— De quoi, de quoi, pas mangé?... il a eu sa suffisance, c'est un feignant, que je vous dis.
— Non, il n'a pas mangé... et je veux qu'il mange. Aussitôt dit, aussitôt fait. L'auteur s'élance hors du
véhicule, cherche une boulangerie, la trouve assez loin de là et revient avec deux livres de pain tendre.
A sa grande surprise, la triste bête ne touche pas à cette miche providentielle.
Un cheval affamé qui ne prend pas le pain : il y avait là une anomalie que Gondinet s'efforçait vainement d'expliquer, lorsquela voix gouailleuse du cocher vint le tirer d'incertitude :
— Vous êtes rien chouette, vous, avec votre pain !,.. Bijou n'aplus de dents !
— Alors, demanda le client déconcerté, pourquoi m'avoir laissé acheter ce pain?
— Parce que moi, j'en ai des quenottes, mon bourgeois, et que votre pain ne sera pas perdu pour tout le monde.
Une autre fois, un de mes amis rencontre Gondinet et le voit triste, soucieux, préoccupé.
— Qu'avez-vous donc? luidemande-t-il avec intérêt, un quatrième acte qui ne vient pas?
— Oh ! si ce n'était que cela... Vous savez que j'ai des chats que j'adore...
— Et des chiens que vous aimez beaucoup.
— Justement. Figurez-vous que mes chiens mangent mes chats.
— Mettez des muselières aux chiens.
— Pauvres bêtes, cela leur ferait mal.
— Alors, sacrifiez vos chats... laissez-les manger.
— Plutôt ma mort, protesta le bon auteur.
Et il promena mon ami de bourrelier en bourrelier, oarcourant Paris pour trouver un système de musej qui sauvât les chats sans contrarier les chiens, ivcchérches vaines ! Aucun modèle, si breveté qu'il fût, ne put le satisfaire. Il trouvait bien des muselières qui auraient empêché les chiens de manger les chats, mais elles lui semblaient barbares pour les chiens ; il trouvait aussi des appareils qui ne gênaient nullement les chiens , mais avec lesquels ceux-ci auraient mangé les chats avec grâce et facilité.
La muselière rêvée par Gondinet n'existait pas.
De guerre lasse, l'auteur de Gavaut, Minard fît construire au bout de son jardin un pavillon dont Taccès fut poliment interdit aux chiens et dans lequel les chats vivent heureux sous la maternelle protection d'une bonne femme payée pour cela.
Non moins affectueux pour les bipèdes que pour les autres animaux , Gondinet devait être fatalement exploité par ses semblables.
C'est ainsi que, depuis fort longtemps, certain bohème reçoit de lui, chaque année, un louis... pour renouveler, au Mont-de-Piété, une reconnaissance '^''^rée :
jlle de la montre de Baudelaire.
— Cette montre m'a été léguée parle grand poète, lui répète le bohème une fois l'an, avec des larmes dans la voix, la misère m'a forcé delà mettre au clou... je ne puis pas laisser vendre la montre de Baudelaire!
— Ni moi non plus! répète Gondinet avec conviction.
M\ il y va de ses vingt francs.
La facilité avec laquelle il prodigue ses conseils au: jeunes et aux inconnus est déjà légendaire.
'Toutefois, on abuse tellement de sa bonté en pareilk matière qu'il a dû prendre des mesures pour condam "' ner sa porte.
Un jour, cependant, malgré toutes les recommandations faites à son concierge, il trouve, en arrivant t Paris, une femme de lettres dont il redoute particulièrement les assiduités.
— C'en est trop ! dit-il le soir même au concierge, avoir laissé monter Mme X.... après les recommandations que je vous avais faites !
— J'aime mieux tout dire à Monsieur, balbutia le trop coupable Pipelet, cette dame me donne vingt francs pour oublier la consigne... et j"ai de la famille!
— C'est différent, répondit Gondinet ému jusqu'aux larmes, vous pouvez la laisser monter chaque fois... je ne veux rien vous faire perdre, mon brave.
Résultat : une collaboration forcée... cinq actes et un prologue !...
Au ministère des finances, notre philanthrope, alors sous-chef, avait un garçon de bureau qu'il chargeait de faire ses courses personnelles en dehors du service.
A la fin de chaque mois , il lui réglait en bloc ses pourboires et ses déboursés. En outre, ce subalterne étant très friand de billets de théâtre, il lui donnait souvent des demandes pour en obtenir.
Le 31 d'un mois, il s"aperçut que le petit livre où le garçon inscrivait ce qui lui était dû portait plus de courses qu'il n'en avait noté de son côté. D'où venait cette différence ?
— Monsieur oublie, lui objecta le garçon, qu'il m'a
JAWITR 8l
envoyé chercher plusieurs fois des places dans les théâtres.
— C'était pour vous !
— Les places , oui ; mais les courses étaient pour Monsieur.
Gondinet paya sans souffler mot, s'accusant z/i petto d'avoir fait une observation un peu cruelle.
Encore une fois, les faits semblables se comptent par centaines dans l'existence courante de Gondinet. Ceux qui l'aiment réellement, ses. amis, ses parents, ses proches, n'ont jamais pu l'empêcher de se faire ainsi plus ou moins duper. Il vivra toujours avec cette bienveillance naïve, et je conçois l'indignation d'un de ses jeunes et sympathiques collaborateurs, M. Ilippolytc Raymond, qui, après l'avoir vu faiblir vingt fois en faveur de gens qui ne le méritaient guère, s'écria :
— C'est abominable ce que vous avez fait là... Vous êtes un monstre...
— Moi! balbutia Gondinet très étonné, moi, un monstre...
— Oui... un monstre de bonté !
/./: nÈPmvvÈ
30 janvier.
Vous n'êtes pas sans avoir rencontré quelquefois un auteur à la veille d'une de ses premières) En ce moment, il en circule plusieurs sur le pavé de Paris.
L'auteur est nerveux, agacé, préoccupé; un rien le
met hors de lui; il a l'aspect sombre, le visage contracté, l'œil égaré; sa mise est négligée, il y en a qui oublient de se faire faire la barbe.
Le public ne comprend pas grand chose à cette agitation fébrile. Cette anxiété lui paraît exagérée.
— Tout ça, c'est de la pose !
Voilà comment, en général, il résume son impression.
Le public est injuste. Il est injuste, parce qu'il ne sait pas. Il ne sait pas que ce n'est pas seulement de lui que le pauvre auteur a peur. Il craint la chute moins que les lendemains de chute.
Terribles, ces lendemains !
L'auteur dont la pièce n'a pas réussi a positivement l'air d'avoir commis une mauvaise action, un inavouable forfait, quelque chose de honteux et d'épouvantable.
Il y a, au bagne, dans les maisons centrales, des gens qui ont assassiné, volé, violé, coupé des enfants en petits morceaux, et dont on s'entretient avec moins de mépris, avec moins d'horreur, que du pauvre écrivain dramatique venant de subir un échec.
Ou ne se dit pas qu'après tout il a dû se donner du mal, qu'une pièce — quelle qu'elle soit — représente un travail long et pénible, qu'il n'avait pas l'intention d'embêter les spectateurs, que, si cela lui est arrivé, c'est bien malgré lui, qu'en somme mieux vaut encore faire une mauvaise pièce qu'un faux, par exemple.
Non, on est impitoyable.
On traite l'auteur de crétin et de gâteux.
— Il est fini, vidé, il n'a plus rien dans le ventre ! Ou bien :
— II n'a jamais eu de talent ! Il n'existe pas ! C'est le dernier des raseurs !
L'auteur a conscience de tout ce qui se dit de lui et
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autour de lui. Il sent peser sur lui des regards ironiques :ît des sourires dédaigneux. Il évite , pendant quelques jours, de reparaître dans les endroits publics. Il ne remonte pas à son cercle; c'est en tremblant et la tête basse qu'il entre à la Librairie nouvelle.
Et comme il a raison d'éviter les rencontres !
On a toujours des ennemis plus ou moins avérés, mais également féroces. Ceux-là ne résistent pas au plaisir de vous dire des choses très dures. Ils n'ont que l'embarras du choix en fait de remarques désobligeantes : « Où diable a-t-il pris ce sujet ridicule > Il pouvait faire moins mauvais; ça n'a pas de bon sens! C'est au-dessous de tout ! Il faut savoir dire la vérité aux camarades qui se trompent », et autres aménités charmantes.
Encore les ennemis sont de beaucoup les moins cruels.
Les indifférents, les gens de relations courantes et banales deviennent terribles.
L'auteur qui n'a pas réussi va croiser l'un d'eux. Impossible de l'éviter. On est sur le même trottoir; on se rencontre souvent et l'on échange toujours quelques mots. Il faut donc faire bonne contenance. Déjà le pauvre écrivain a dompté sa mine maussade ; il sourit sans avoir , comme on dit , l'air de rien ; il s'apprête même à tendre la main. Préparatifs inutiles : 1 indifférent s'approche, l'œil plongé dans le vague, comme absorbé par de profondes méditations. Le voilà à deux pas de l'auteur; il va passer; il passe... Faux myope! il n'a pas vu ou plutôt il n'a pas paru voir. L'infortuné paria reste sur place, immobile, hébété, la main encore tendue dans le vide.
Quant aux parents, aux amis... ils disparaissent momentanément. Cette discrétion subite, inspirée par des scrupules fort louables, montre cependant au ré-
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prouvé à quel point il est abandonné de Dieu et des hommes ; cette charitable pitié lui semble parfois bien amère.
Trouvera-t-il du moins chez lui, dans l'intimité de son intérieur, sous le toit de son propriétaire, l'oubli de cet injuste opprobre > Pas même ! Ceux qui le servent laissent tomber sur lui des regards éloquents et lui répondent sur un ton dont la politesse affectée déguise mal l'impertinent dédain. Sa bonne a parlé de son four avec tous les domestiques de la maison; sa cuisinière a lu le T*etit Journal dont le compte rendu est sévère ; elle en a approuvé la critique. L'auteur se sent honni , méprisé de tout ce monde. Même dans son domicile l'atmosphère qu'il respire est saturée d'hostilités subalternes. Il le sait et, malgré lui, il en souffre.
Mille et un détails le heurtent, le choquent. Où sont ses lettres? le concierge, si empressé, si obséquieux hier encore, n'a pas daigner les monter. A quoi bon des égards?... le préposé du cordon sait bien à qui il a affaire maintenant- Il a lu les injures dont on accable son indigne locataire dans tous les journaux qu'il reçoit pour la maison. Elles lui font l'effet d'une faible expression de l'odieuse réalité, et si l'auteur prend le parti de descendre chercher ses lettres, il peut être certain d'entendre l'impitoyable concierge dire assez, haut pour être entendu :
— Vrai !... C'était pas la peine de faire tant le malin avant !
jAWinR S^
LA CHAnBONNlÈRE
31 janvier.
Que faut-il faire pour ramener le public dans un théâtre discrédité ?
D'abord une bonne pièce.
Mais cela n'est pas toujours suffisant. Il faut, outre la bonne pièce , inventer une attraction spéciale qui force l'attention. Ce clou nécessaire, MM. Hector Crémieux et Pierre Decourcelle ont pensé le trouver en faisant débuter Mme Pasca, l'une des comédiennes les plus distinguées et les plus aimées du théâtre moderne, dans l'emploi des mères de mélodrame que Mme Marie Laurent tient avec un si grand talent et une si incontestable autorité.
Le jour où M. Pierre Decourcelle, soumettant cette idée à son ami le directeur du Gymnase, lui dit :
— Je voudrais Mme Pasca pour jouer h Charbon^ ni ère.
Koning s'écria naturellement :
— Ça dépend du rôle.
— Éh bien ! répartit l'auteur, pour être plus sûr qu'il sera bon, aidez-nous à faire la pièce.
Et voilà comment M. Victor Koning, dont le nom ne figurera pas sur l'affiche, est cependant de Taffaire.
Représentation animée. Salle assez brillante, où je remarque la famille Alexandre Dumas , le comte Potocki, Mme Aubernon et beaucoup d'autres personnages de marque qu'on ne voit pas toujours aux premières de la Gaîté. On ne se douterait guère que l'un des directeurs. M. Larochelle. vient de mourir et que
l'on est dans un théâtre qui a dû faire relâche hiei soir pour cause de décès.
La Charbo7inière est un drame pittoresque, ur spectacle très varié pour lequel le choix des milieu? avait beaucoup d'importance. Aussi, les cadres des tableaux ont-ils été l'objet de la sollicitude spéciale des auteurs.
Il me suffira, pour raconter la soirée, de passer en revue les huit décors de la pièce.
pRExMiER TABLEAU : La nocc de Madeleine. — Décor intéressant. L'arrière-boutique de la charbonnière avec vue sur la cour de la maison.
C'est le mariage de la fille de la patronne, Pasca- Catherine, c'est-à-dire de Madeleine (Mlle Malvau) avec Michel (M. Romain). Nopces et festins ! Une table aussi bien dressée que celle du fameux repas de r Assommoir j à l'Ambigu, remplit le milieu de la vaste scène et réunit presque tous les personnages de la pièce.
Principal convive: M. Dumaine, qui fait son premier début dans les tambours-majors. Malgré sa haute taille et son grand bonnet, il représente un tambourmajor plus rond que long. Superbe prestance néanmoins. Auprès de lui, son tapin Narcisse, personnifié par M. Numès, un jeune et spirituel artiste qui vient du Palais-Royal et dont M. Koning a été si content, pendant les répétitions, qu'il lui a fait signer un excellent engagement pour le Gymnase. A M. Numès revient le périlleux honneur de chanter la ronde des Charbonniers , musique de M. Varney, qui a également composé , et ma foi très adroitement , les deux autres morceaux intercalés dans l'ouvrage.
Si j'ai bien compris l'idée-mère du refrain de la
)nde, les auteurs y expliquent que les charbonniers e sont pas blancs.
Mme Pasca nous a prouvé le contraire, dès son ntrée fort applaudie. La charbonnière de la Char^ onnière est débarbouillée et porte une robe de satin larron avec petit cachemire français, bonnet à fleurs t rubans, grande broche avec le portrait de « son éfunt ».
Dans cette toilette, elle pourrait tout aussi bien eprésenter une quincaillière, une épicière ou une boumgère. Il est vrai qu'un jour de noce, quand on marie •a fille, on est tout au blanc, même dans le charbon. Attendons ! Nous avons encore sept tableaux pour oir notre héroïne aussi noire qu'une négresse.
C'est au milieu de ce premier tableau qu'apparaît vlme Jane May en petite chanteuse des rues, tombant l'inanition dans la cour, avant d'avoir terminé sa •omance. Avec ses cheveux blonds, tout défaits, l'inelligente artiste a l'air d'avoir seize ans au plus. Costume très bien composé et d'une indigence assez pittoresque.
Après son grand succès dan^ la Revue des Variétés^ Mme May a pu se montrer ce soir dans un genre tout différent. Je voudrais voir cette vaillante jeune artiste fixée une bonne fois dans un théâtre où l'on saura l'apprécier à sa valeur.
Deuxième tableau : Le Bois de Vincennes. — Artilleurs, lignards, sous-ofiîciers et soldats y rencontrent naturellement les bonnes et les nounous de rigueur, qui s'en laissent conter par l'armée tout en poussant le petite voiture du mioche. Des enfants jouent ici et là et traversent la scène en courant les uns après les autres.
Dumaine apprend à de vrais tambours, engagés
88 T. ES SOIRÉF.S PARISinWF.S
pour la circonstance, les rra et les Jla que troublen les sonneries des clairons placés à la cantonade.
C'est ici que la charbonnière apparaît, avec toute Sc famille, dans une tapissière qu'elle conduit et que traîne un malheureux cheval blanc.
Mme Pasca aussi est blanche. A la rigueur, cela s'explique encore. Elle se promène, elle va dîner sur l'herbe, jouer à cache-cache dans le bois : son noir de tous les jours la gênerait.
Attendons encore ; après tout il reste six tableaux.
Troisième tableau : Le Magasin des Quatre-Saisons. — Le hall immense d'un grandissime magasin de nouveautés. Au fond, l'escalier monumental laissant voir le premier étage où grouille tout un monde de clients ; devant l'escalier , les rayons du rez-dechaussée : gants, dentelles, parapluies, ombrelles. Les étalages sont très bien faits. A gauche, l'amorce d'une grande ga'erie, avec plusieurs guichets de caisse, tous numéro es. A droite, e nre deux allées surchargées de pyramides de soiries et d'étoffes, un superbe ascenseur qui ne cesse de monter et descendre marchandises et gens. Des acheteurs vont, viennent, s'arrêtent, circulent, achètent ou discutent incessamment. Inspecteurs et garçons de magasins parcourent la foule en tous sens. La mise en scène de ce mouvement réaliste est très heureuse et très bien combinée.
Vous savez combien il est difficile de recruter des figurants convenables; Koning se plaignait — à l'une des dernières répétitions — du p^u d'élégance de ceux qui représentent les acheteurs et les acheteuses au Magasin des Quatre-Saisons.
— Celle-ci pourtant me paraît assez bien ! lui dit Debruyère en lui n^ontrant une grande personne qui,
le dos tourné à l'avant-scène, se faisait essayer des gants à un comptoir.
— En effet, répliqua Koning, où diable l'avez-vous prise ?
— Ma foi, je n'en sais rie ^ c'est Baudu qui est charge de cela.
A ce moment, la figurante se retourna et l'on reconnut.. . Marie Magnier, qui, étant venue voir Mme Pasca, n'avait pu résister au plaisir de faire une petite plai* santerie.
C'est au Magasin des Quatre-Saisons que le drame se noue. Malgré l'endroit, un voisin grincheux trouve que ça manque de nou\eautés.
Mme Pasca, quoique mise avec plus de simplicité qu'aux tableaux précédents , est plus blanche que jamais. Après cela, me direz- ous, elle vient pour voir sa fille dans son magasin, elle a dû se débarbouil er avant. Elle nous apprend aussi qu'elle se lance dans le commerce en gros. C'est évidemment moins salissant. Et puis enfin il reste encore cinq tableaux.
Quatrième tableau : La loge de Pompon.., — C'est dans le théâtre de l'avenir que se trouve cet e loge-là. Aussi est-elle coquette et bien installée.
Un type de directeur. L'artiste Léon Noël a voulu reproduire la physionomie bien connue de M. Cantin, mais le directeur des Bouffes qu'il nous présente n'est pas des plus ressemblants. On le reconnaît à peine à son accent.
Trois types d'auteurs : un très vieux ; un mûr ; un tout jeune. Quels sont les trois collaborateurs auxquels ont pensé les auteurs de la Charbonnière?
Dumaine et Numès se font passer pour des rédacteurs de la Soirée théâtrale dans un journal dont le premier numéro doit paraître le lendemain. Aussitôt
le directeur se montre familier avec eux et leur tape sur le ventre en leur recommandant de « bien le soigner ». M. Koning, directeur, et M. Pierre Decour celle, ancien faiseur de Soirées, ont bien pris sur le vif ce petit tableau de mœurs théâtrales.
Cinquième tableau : La première d'une féerie. — Ici, plusieurs spectatrices, qui avaient déjà verse quelques pleurs sur les infortunes conjugales de Made leine, sont un peu déroutées en entendant parler dt la princesse Arc-en-Ciel, du prince Croquignole, et en voyant entrer des petites femmes peu vêtues ,.portanl les nouvelles boîtes réglementaires pour les ordures municipales.
Chœur de petits grooms anglais, — toujours par M. Varney.
Mme Jane May , en étoile de féerie, meurt subitement en essayant de chanter le (( rondeau des amoureux ».
Il est dit que, dans la Charbonnière, cette agréable chanteuse ne chantera rien jusqu'au bout.
Sixième tableau : Chez la charbonnière. — Décor en deux parties : à droite, le quai delà berge du canal Saint-Martin avec un bateau de charbon amarré; à gauche, la chambre de la charbonnière. Etant chez elle, Mme Pasca aurait le droit d'être aussi noire que le charbon qu'elle vend ; mais elle ne songe guère à manier sa marchandise. Elle attend la police qui doit venir arrêter Madeleine, soupçonnée d'avoir empoisonné la pauvre Pompon. Elle ne se noircit que moralement en s'accusant d'un crime qu'elle n'a pas commis. Se noircirait-elle pour de vrai dans les deux derniers tableaux ?
Septième tableau: U infirmerie de la Maison Cen-
aie. — Il s'est écoulé cinq ans pendant le dernier ntr'acte. On s'explique, cette fois encore, pourquoi Ime Pasca est si blanche. Depuis cinq ans, elle 'exerce plus pour cause de détention à Clermont. La ropreté règne dans les prisons, et Mme Pasca n'auait pas voulu se débarrasser du charbon qui recouvre, n général, les visages de charbonnières, qu'on l'eût ontrainte à se débarbouiller.
Ce tableau encore très réaliste— un peu trop peuttre — a vivement impressionné bon nombre de specateurs et de spectatrices sensibles. Après la chute du ideau sur la mort affreuse de Pélagie (Honorine) et "attaque d'aliénation mentale de Mme Pasca, on parait bas dans les couloirs de la Gaîté — comme dans es couloirs d'un véritable hôpital.
Huitième tableau : A Saint-V^andé. — Au moins, •.ette fois , Mme Pasca a les meilleures raisons du lîonde pour ne pas être noire comme une charbonlicre. Non seulement elle a fini son temps à Cler- ■nont, mais, en outre, elle n'a pu reprendre son commerce pour cause de folie persistante. Comme c'est e dernier acte, nous n'avons d'espoir de la voir en /raie charbonnière que si l'on s'avise jamais de lui îcrire u i nouveau drame intitulé la Farinière.
IIÉRODIADE. — LA COSAQUE
icr février.
Voilà encore qu'on nous sert deux premières 1 même soir, et deux premières également intéressante* deux premières à sensation. Impossible de néglige Tune pour l'autre. Tâchons d'esquisser rapidemem et en style quasi-télégraphique, de façon à tout dir sans prendre trop de place, le double aspect de cett soirée en partie double.
Hérodiade annoncée pour huit heures. Italiens.
La Cosaque commencera à neuf et demie, Variétés
Possible de passer une heure place du Châtele avant d'aller boulevard Montmartre. Décision priS' par plusieurs de mes confrères.
Très belle salle chez MM. Maurel et Corti. Quel ques mécontents : abonnés évincés auxquels on ; promis représentations d' Hérodiade avec Mme Fidès Devriès, et qui voient jouer cet opéra un vendredi soir en dehors de l'abonnement. Seconde annoncée poui dimanche, et Mme Adler ne peut chanter œuvre Massenet que quatre fois avant départ pour Monte-Carlo Compte, il est vrai, nous revenir dans ce beau rôle dt Saiomé, mais en mars seulement; en attendant, abon-
és se plaignent n'avoir pu assister à cette première u'en payant seconde fois places qui leur coûtent déjà rès cher.
Ai eu occasion parler longuement //é;Wîaû?e quand ât jouée à Bruxelles. Nous disions ce soir, avant lever lu rideau :
— Qui sait si allons retrouver impressions de làlas? A l'étranger, on se sent forcément plus indulgent )0ur compositeurs qui viennent y représenter art franais. Les succès qu'on leur fait ont, malgré tout, petit ond de chauvinisme.
Mais public parisien a été encore plus chaud, ce .oir, que public bruxellois. Dès premier acte s'est senti •DUS le charme. Représentation la plus complète , a plus belle, la plus triomphale qu'il y ait eu aux taliens.
Premier décor en papier assez bien peint. Effet de soleil levant sur mer bleue. Costumes criards, mais pittoresques. Hommes de la caravane portent leurs itoffes et leurs joyaux dans malles de commis-voya- T^curs modernes. Mais tous ces petits détails s'oublient dès qu'on aperçoit Salomé représentée par la charmante Mme Adler. Jolie à ravir avec ses cheveux rouges défaits et sa robe bleue brodée d'argent. On est pris d'abord par la distinction de la femme, puis enthousiasmé par la chanteuse. On l'applaudit, on :lame, ce sont des ovations sans fin et des rappels it l'écho a dû arriver jusque dans la loge dcM. Vaucorbcil, à l'Opéra.
Maurel, magnifique Hérode, avec superbe manteau rouge. Début d'un nouveau frère de Reszkérjean, dans rôle de Jean. Remarquable ténor aujourd'hui. A chanté Figaro, il y a six ans, aux Italiens-Escudier. Physionomie très sympathique. A beaucoup plu tout de suite.
Variétés :
Animation extrême. Rentrée de Judic , vraie fê parisienne. Revient de Russie et crée une pièce doi premier acte se joue en costumes russes: attractic de plus. Impossible retarder représentation parce qu à moins attendre huit jours, Cosaque passait plus u i vendredi comme autres premières de Judic depuis A^ ; niche. Tout le monde superstitieux aux Variétés, Bei ' trand, auteurs autant que Chavanne. Dupuis autai < que toute la maison réunie, y compris concierge, sou fleur et garçon accessoires. Public lui-même habitué ce que premières de la diva se donnent le vendred .
i^^ acte. — Décor russe — joli, très bien décoré ave bibelots russes, étagères russes, images russes, meu blés russes, tableaux russes accrochés par clous russes A travers vitrage russe de galerie russe, vue trè russe de plaine russe, couverte neige russe; dômes tiques en costumes nationaux russes; beaucoup autre costumes et uniformes russes de fantaisie, tous plu curieux, plus pittoresques les uns que les autres.
Dupuis seul, pas Russe du tout. — Simple costum voyage de vrai Parisien de Paris. Est commis d< grande maison, rue de la Paix (trousseaux, layettes e dentelles), venu pour apporter forte livraison Bruges Malines et Valenciennes pour princesse Judic. Fai entrée originale qui est pas précisément entrée : quatorze cartons contenant des marchandises sont empilé; dans un coin de la scène. Tout à coup, échafaudage boîtes s'écroule. Dupuis apparaît, derrière, réveillé er sursaut.
Mais, Dupuis à part, tous portent des costumes superbes : Lassouche, magnifique en uniforme blanc Christian, aussi beau, mais rouge. M. Roux est vert Bien entendu , les trois tenues militaires sont pa; d'ordonnance, mais de pure fantaisie.
C'estM. Roux qui hérite rôle refusé par Baron, llé- •itage un peu lourd pour sympathique et consciencieux irtiste, jadis très aimé à Saint-Pétersbourg, mais pas ;ncore assez connu des Parisiens. Nécessité alléger ;a tâche. Meilhac et Millaud parvenus à découper très labilementrôleen tranches, donnant petit peu à Chris- .ian, autre petit peu à Lassouche et laissant reste à Roux qui, au premier acte, n"a qu'une scène en langue russe (qu'il parle admirablement). On ne le voit presque pas au troisième acte et pas du tout au second.
Jolie entrée de tziganes en ravissants costumes de délicieuse couleur...
Puis, triple salve d'applaudissemenis : c'est Judic, qui fait première apparition dans riche costume brocart rose reflet d'opale, semis boutons de rose au feuillage d'or grêlés de perles et pierreries ; pour manches, des rangs de perles ; pour coiffure, un cacoschnick (coiffure authentique et rapportée par elle de Russie) en diadème. Jetée là-dessus, pelisse à longues manches , en peluche vieux rose , ourlée de renard bleu.
Seule , de tous les Russes des Variétés, Judic a un accent léger, mignon il est vrai, mais très étudié, plein de grâce quoique donnant parfois à la phrase un petit je ne sais quoi de délicieusement impératif, de rude — de cosaque enfin.
Chanson russe , naturellement. Un bijou que tout Paris chantera cet hiver. Judic , dans son dernier voyage, l'avait retenue de mémoire en écoutant Tziganes ; Her\-é a noté et instrumenté d'après ses indications.
C'est aussi du même voyage que diva rapporte second costume du premier acte. Toilette exacte de servante que Judic n'a eu qu'à faire ajuster parla couturière qui rhabille toujours avec tant de goût et
(Jb LES SOIRÉES PARISIENNES
d'adresse ; comme coiffure autre cacoschnick plus simple.
Pour revenir à chansons, on sait que, grâce à Judic, elles comptent toujours parmi clous importants de pièces Variétés. Serais presque tenté de les décrire comme décors ou costumes tant incomparable artiste y met de charme , d'art , de talent. Puis donc , sans empiéter le moins du monde sur compte rendu d'éminent collaborateur Vitu, signaler succès de a chanson russe (bissée) et celui du rondeau (également redemandé), où Judic imite successivement Van Zandt dans Lakmé , Paulus dans refrain café-concert et petites danseuses nègres d'Excelsior. A propos La^"/»é, Judic est enthousiaste de l'opéra de Delibes, l'a vu je ne sais combien de fois; d'autre part, Paulus et Manzotti venus aux Variétés fournir indications pour lin rondeau.
Fin premier acte , traîneau passe au fond avec Dupuis enlevant Judic; cheval lancé à fond de train ; est encore fétiche. Noble animal a toujours porté chance aux Variétés.
Voyez plutôt Grand Casimir et [\Iain'zelle Nitouche.
Italiens :
Fête continue. On a intercalé tableau qui se jouait pas à Bruxelles et qui nous montre Maurel-Hérode couché sur coussins , comme Nana Sahib , dans pose homme souffrant d'une violente migraine. C'est dans ce tableau que se chante fameuse romance : Vision fugitive devenue Visione fiigitiva. Grands applaudissements pour Maurel. Faure et Lassalle parmi plus enthousiastes.
Dans la salle, tous les interprètes il/awo«;Heilbron, Talazac,Taskin, Cobalet, Grivot, Danbc lui-même. On
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pourrait jouer Manon pendant entractes. On se contente d'en causer. Succès de la dernière œuvre Massenet grandit à chaque représentation nouvelle.
Et justement on raconte que librettistes Manon, MM. Meilhac et Gille, ont reçu lettre de correspondant maussade qui leur reproche avoir traduit le Monsieur de G. M., dont abbé Prévost donne que initiales dans roman , par Guyot-Morfontaine. Pourquoi Guyot- Morfontaine ? Il existe, affirme lettre, des Morfontaine pouvant être pas contents de rôle ridicule et conduite assez canaille du personnage de ce nom, si bien joué par Grivot. Le signataire anonyme, insinue G . M. , pouvait aussi bien se traduire par Gille-Meilhac. En effet, on peut, dans cet ordre idées, faire recherches curieuses et choisir , par exemple , Gustave Mathieu , Gustave Moreau, Gavaut Minard, GaudeMar, Gules Massenet.
Troisième tableau, entrée triomphale Vitellius, précédé des trompettes d'Aïda. Mise en scène pas très heureuse. Mais exécution plus belle que jamais et trépignements à faire crouler salle. On jette d'une avant-scène de troisième étage énorme bouquet pour Mme Trémelli, mais c'est Mme Devriès qu'on applaudit le plus fort. Jamais la grande cantatrice n'a été plus ^^clle.
X'arictcs :
Deuxième acte de la Cosaque. A été refait en dix jours après première répétition générale qui avait pas '-aru satisfaisante.
Cependant, auteurs furent enchantés de contrc-
mps imprévu, car Bertrand et Judic leur avaient dit:
— C'est bon signe!
— Pourquoi)
— Parce que déjà, après répétition Femme à Papa, ■\ avait eu accroc très sérieux. Rôle prince Calabrc
convenait pas à Lassouche et fut donné à Didier. Il fallut recommencer répétition générale, et pièce alla aux nues : bon signe ! bon signe !
Meilhac etMillaud tenaient surtout à modifier cadre de leur acte qui se passait dans grand magasin de nouveautés comme tableaux de Pot-Bouille et Charbonnière. On a préféré magasin plus petit, élégante maison de dentelles et lingerie. Aussi décor très coquet, avec étalages de bon goût et piquantes demoiselles de magasin.
Amusante mais trop courte apparition de Juliette Baumaine en train d'essayer corsage; sous-jupe satin rose ouaté et... c'est tout.
Arrivée de Judic. Toilette simple, mais ravissante : robe drap bleu cobalt, jupe plate à panneaux droits avec simple broderie festonnée ; corsage uni, col et manchettes en batiste , grande redingote assortie , doublée surah pourpre, à grand collet et croisée sur la poitrine.
Chanson capitale de Tacte refaite comme le reste. Voici le premier couplet de celle que l'on chantait d'abord :
Des bons commis c'était Tmodcle,
Quand un' cliente entrait, ach'tait
Vite il s'empressait autour d'elle ;
Il l'excitait, l'encourageait,
Il l'emmenait à la lingerie.
Aux napp's, aux toiles d'Amsterdam,
A la merc'rie, à la gant'rie,
Au shirting, au madapolam ;
C'est lui qui portait les achats,
Marchant toujours, n'se lassant pas.
Et lui criant avec fracas :
« Et avec ça? »
Vite mesurons le calicot.
Krrr... {Bruit de calicot qu'on déchire.) Raccommodons le caraco !
Par malheur, Judic put jamais arriver imiter bruit calicot qu'on déchire.
On essaya sans succès confier importante partie du refrain aux chœurs. Auteurs firent une autre chanson , la Petite Jeannetoîi, et pour laquelle se sont inspirés de vieille ronde tirée des Chants populaires de la France.
Encore un fétiche. Le procédé leur avait porté bonheur pour Cadet et Babet,
Italiens :
Premier tableau , troisième acte , triomphe mérité pour Tremelli. Laquais galonné lui apporte corbeille de fleurs en scène. Triomphe aussi pour ce laquais dont apparition, dans ce drame biblique, est tout à fait imprévue.
Tableau du temple, même effet qu'à Bruxelles. Tout également applaudi : danse sacrée ; air de Salomé et final bissés. Exécution vraiment splendide. Loge de Mme Adler sur théâtre assiégée par foule enthousiaste. Maurel aussi très vivement complimenté. A bien mérité de l'art et des dilettanti pour cette magnifique soirée.
Dernier acte, duo ténor et Salomé acclamé par toute la salle. Après chute du rideau, on demande Massenet à grands cris. M. Maurel vient dire que compositeur n'est plus au théâtre.
Variétés :
Troisième acte de la Cosaque. Salon du vice-consul général de Russie donnant sur une serre qui a figuré dans presque tout les succès des Variétés (toujours le fétichisme) !
Figuration très soignée. C'est que s'agit représenter, comme le dit Dupuis, les membres les plus distingués de raristocratie européenne.
100 LES vSOIRKES PARISIENNES
Luxe énorme de décorations sur habits de Christian et Roux, soupçonnés par quelques spectateurs d'avoir dévaUsé boutiques du Palais-Royal.
Judic porte une toilette de contrat : un ensemble nuageux formé de tout petits volants plissés en tulle avec des gros bouillons en marguerites courant sur le côté. Le corsage décolleté et la traîne en velours épingle ivoire doublés en salin blanc. Des marguerites en épaulettes et dans les cheveux. A la main, un grand éventail en plumes blanches monté sur écaille blonde.
Propos desortie.
Variétés : — Charmante cette Cosaque !
— Oui, elle a tous les dons !
Italiens : Le public, qui finit toujours par imposer ses volontés, vient de forcer, pour Hérodiade, les portes de l'Opéra !
VER CEE?
4 février.
— Hérodiade est un opéra français, n'est-ce pas?
— MM. Paul iMilliet et Grémont, les Hbrettistes, sont Français?
— Massenet est tout ce qu'il y a de plus Français?
— C'est une des gloires de la jeune école française ?
— C'est un membre de l'Institut de France ?
— Il est professeur au Conservatoire de Paris (P'rance) ?
— Il demeure rue du Général-Foy, un grand général français?
— Il a fait jouer Hérodiade, pour la première fois, en français?
— Dans une ville de l'étranger où l'on parle surtout le français?
— Il a donné deux de ses premières œuvres, Marie- Madeleine et les Erinnyes, au Second-Théâtre-Français?
— Il vient de faire représenter, avec un grand succès, Manon, tirée d'un roman éminemment français?
— M. Maurel, qui chante Ilérode, est Français ?
— Mme Devriès-Adler est une chanteuse française, élève de notre grand ténor français Duprez?
— Les frères de Reszké , étant Polonais , peuvent être considérés par nous comme des Français?
— Mme Tremelli est née à Vienne, ville qui a un nom français (Vienne, Isère) ?
— Le public du théâtre musical de la place du Châtelet est français?
— Les musiciens de l'orchestre qui accompagne Ilérodiade sont tous des Français ?
— Les actionnaires de MM. Maurel et Corti sont Français ?
— Ils ont versé leur souscription en argent français?
— Les interprètes d'Hérodiade viennent de prouver victorieusement que — quoique Français — ils chantent très bien en italien ?
— Mais ne leur serait-il pas plus facile de chanter en français?
— Le public n'aimerait-il pas mieux les entendre en français ?
— Ne les comprendrait-il pas un peu mieux en français ?
— Alors, pourquoi cet opéra français, écrit par des librettistes français, composé par un Français, joué
par des Français, devant un public français, n'est-il pas simplement chanté en français?
— Pourquoi?
— Per che?