LA JEUNESSE DU ROI HENRI
6 février.
Tous les dix ans, la Jeunesse du Roi Henri s'impose. Créé en mars 1864, au Châtelet, repris il y a dix ans, en novembre 1874, pour l'inauguration de l'Historique d'en face , le drame de Ponson du Terrail devait reparaître fatalement dix ans après, en 1884.
Cette troisième exhibition décennale vient d'avoir lieu : nous voilà donc tranquilles jusqu'en 1894.
A la création — il y a vingt ans ! — on avait beaucoup parlé du luxe de la mise en scène et notamment de la chasse du quatrième tableau.
Un peu surpris par le demi-succès d'estime de Pot- Bouille, M. Simon n'a pas cherché à effacer le souvenir des splendeurs d'autrefois. Ily a du reste, dans les magasins de l'Ambigu , un certain nombre de décors que l'on revoit toujours sans trop de déplaisir, comme de vieilles connaissances, et qui permettent d'improviser une reprise quelconque sans prodigalités ruineuses.
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Il serait injuste de méconnaître que la direction a imployé, en location d'animaux, une partie des îommes économisées grâce aux décors et aux cosumes du répertoire. Le quatrième tableau, celui de la :hasse, est agrémenté d'une cavalerie telle qu'on n'en Al jamais sur cette scène de dimensions vraiment lort restreintes. Dix chevaux, ni plus ni moins! Aussi, sut-on beaucoup de peine à les faire marcher en scène ; il fallut leur marquer les planches sur lesquelles chacun d'eux devait poser le sabot. Cela n'allait pas tout seul ; certains quadrupèdes avaient la tête un peu dure, et ne comprenaient rien aux indications du régisseur. On ne put même venir à bout des plus récalcitrants qu'en leur flanquant des amendes sur leur ration d'avoine.
Ce soir, ces fiers coursiers se sont assez bien conxportés. Le trac les matait un peu. Celui que montait M. Paul Deshayes s'est même réfugié dans les coulisses, à la première vue du public et des feux de la rampe. Son cavalier a eu toutes les peines du monde à lui faire reprendre la réplique.
Plus doux étaient les chevaux de MàVL Gravier et Montai, qui, du reste, les ont montés avec une autorité toute royale.
Mais pourquoi Mlle Cécile Bévalet, qui cette fois joue une grande dame , se tient-elle en selle comme une grisette en partie d'àne à Montmorency)
La meute de la Jeunesse du Roi Henri ne rappelle que de fort loin celle de la Jeunesse de Louis XÎV , cependant clic a obtenu, au moment de la curée, un triomphe relatif qu'auraient pu lui envier certains interprètes, dans cette soirée où toutes les manifestations n'étaient pas également bienveillantes.
On avait déjà fait, au tableau précédent, un excellent accueil aux petits chiens du roi Charles IX, trois
adorables toutous âgés de quelques semaines, et qui répondent déjà aux noms de Sem, Cham et Japhet. Le croirait-on ? c'est ce dernier qui est le plus grincheux, le plus méchant des trois; les deux autres ont le cœur sur la patte.
En somme, il était surtout question, pendant les entr'actes, des souvenirs de la création.
Ceux qui ont vu la pièce il y a vingt ans rappelaient le grand succès qu'y remporta, comme jeune première, Mlle Desclauzas, l'incomparable Prudence de la Dame aux Camélias d'aujourd'hui. On parlait également de ce pauvre Desrieux dans le personnage héroïque d'Henri de Navarre.
Parmi ces créateurs , que d'oubliés et de disparus ! D'autres, il est vrai, n'ont pas cessé d'occuper le public. Mlle Marie Colombier était également de la première Jeunesse en 1864; c'est par le rôle de Paolo qu'elle débuta au théâtre, après le Conservatoire.
Est-ce à cause de ces évocations du passé , mais c'était à qui chercherait des cheveux blancs à l'œuvre même, dont un critique qualifiait ainsi la seconde reprise : « La vieillesse de la Jeunesse du Roi Henri. »
FiY SOUPER POUR DEUX
8 février.
Une note officielle, insérée par mon collaborateur Prével dans son courrier de ce matin, nous annonce que le souper de la centième de François les bas bleus est ajourné à la cent cinquantième, ce qui permettra — dit ce document administratif — de réunir autour de la même table les pensionnaires de M. Gautier et ceux de M. Brasseur.
Ainsi sera fêtée, parla même occasion, la fusion des Folies-Dramatiques et des Nouveautés dont tous les irtistes sont frères comme les directions en sont sœurs.
Cette innovation, qui réunit en une seule deux solenlités également touchantes, me paraît fort heureuse. A y a. même quelques progrès à réaliser dans les appli- :ations futures. Le système se prête à une foule de :ombinaisons.
On pourrait, par exemple, quand les Nouveautés auraient joué une opérette cinquante fois, tandis que es Folies seraient arrivées au même chiffre avec une îutre pièce, faire une petite addition (50 -|- 50 = 100), ît parvenir à célébrer ainsi une centième au total. Il ist vrai que ce serait contraire à la sage économie qui oréside aux bonnes gestions théâtrales.
Mais je crois que MM. Brasseur père, Jules Brasseur fils, Gautier et Micheau fils procéderont d'une nanière toute opposée.
Ils attendront — je suppose — la 150* de l Oiseau Acu pour fêter la 150'' de Fratiçois les bas bleus. Janais fusion de souper ne se présentera dans des conlitions aussi logiques.
On enverra, sur des cartes bleues, des invitations linsi conçues :
MM. BRASSEUR père, Jules BRASSEUR fils, GAUTIER 6- MICHEAU fils Directeurs j des nouveautés du théâtre f des folies-dramatiq.ues
prient M de venir souper avec eux
à loccasion de la i^o'^ représentation de :
L'Oiseau i
T^ 11. bleus
François les bas '
lO'^ LES SOIRÉES PARISIENNES
Le souper sera servà d'une façon toute nouvelle ei conformément au principe adopté.
Exemples, au hasard des menus :
Bœuf aux épinards. — Les Nouveautés mangeront le bœuf et les Folies se contenteront des épinards ;
Sole aux crevettes. — Par compensation, les Folie; mangeront la sole, tandis qu'à leur tour les Nouveautés n'auront que les crevettes.
Le reste des services à l'avenant.
Au dessert, quand sonnera l'heure des toasts d( rigueur, voici comment se chantera, entre auteurs e directeurs, le fameux couplet de circonstance :
Air de l'Apothicaire.
M. Lecocq, levant son verre Pour célébrer notre succès,
M. Messager, même jeu Amis, chacun ici s'empresse ;
M. BuranB^w^///^ jeu ^exercions en bon français,
M. Chivot, même jeu Les interprètes et la presse.
M. DuRU, même jeu Nous pouvons être heureux,
M. DuBREUiL, même jeu
Morbleu !
M. Lecocq, même jeu François!...
FEVRIER KV)
M. Messager, même jeu
L'Oiseau !...
Tous LES Directeurs, même jeu
Belles affaires,
M. Brasseur, même jeu
Sur l'affiche mettent du bleu,
M. HuMBERT; même jeu
Et du Champagne dans nos verres !
Tous, trinquant et reprenant
Sur l'affiche mettent du bleu
Et du Champagne dans nos verres !
Enfin, lorsque les danses prendront un caractère (selon leur vieille habitude), les deux chefs d'orchestre, Genget Thibaut, réunissant leurs musiciens, dirigeront ensemble l'exécution des motifs entremêlés des deux pièces cent cinquantenaires.
Selon le cérémonial constant de la petite fête pour deux, les pas se partageront ainsi :
Les artistes des P'olies danseront la pol
ceux des Nouveautés la. ka.
Puis après :
Les artistes de Nouveautés le qua
ceux des Folies le drille.