‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884 (volume 2)Chapitre 4 sur 99 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

aucun ne pouvait, du vivant de Mortier, se vanter d'être son rival dans l'opinion publique.

Le grand succès d'Arnold Mortier, qui l'a accompagné jusqu'à sa tombe sans que la moindre fatigue d'esprit fût jamais visible, ne repose pas seulement sur les facultés innées de son talent, mais encore sur le travail constant et toujours attentif de l'homme qui comprenait à merveille qu'il est plus difficile de se maintenir dans une situation acquise que de la conquérir; il avait la passion de son métier et un dévouement sans pareil pour son journal; il ne reculait devant aucun travail quand l'intérêt du Figaro l'exigeait. En douze années il n'a pas pris une heure de repos en dehors de ses vacances, et encore, quand la Soirée théâtrale chômait , au cœur de l'été , il ne cessait pas de travailler^ non seulement à ses pièces de théâtre, mais à des nouvelles ou des chroniques pour le Figaro , tant il lui semblait impossible de s'en détacher entièrement pendant plusieurs mois. A l'heure où la maladie le cloua définitivement sur le lit de douleur qu'il ne devait plus quitter que pour entrer dans son cercueil, il souffrait moins des maux incurables qui le déchiraient que de son éloignement forcé de son travail. Les moments lumineux dans ces longues tortures furent pour lui les entretiens avec les collaborateurs qui le suppléaient et à qui il donnait les conseils de son expérience avec le rayon-

PRKFACK XIII

nement d'un homme de devoir qui se jugeait lié à son ournal jusqu'au dernier souffle. Tous, nous l'aimions fort^ et quand, le 2 janvier de cette année, on nous mnonça qu'Arnold Mortier venait de mourir dans sa maison de campagne de Croissy, nous fûmes tous trappes en plein cœur : car en môme temps que le journal perdait un de ses plus précieux coUaborareurs, nous, ses amis, nous perdions en lui un camarade sûr, un galant homme dans toute l'acception du mot, un de ceux sur qui, à travers les amours-propres et les rivalités de métier, on pouvait compter toujours, car il possédait le respect de sa parole au même degré que celui de son talent.

Albert Wolff.

Paris, Juin 1883.

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