‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884 (volume 2)Chapitre 41 sur 99 · LE ROMAN D'UN JOUR · texte numérisé non relu

LE ROMAN D'UN JOUR

7 mars.

Tout devient remarquable dans cette solennité lyrique et populaire ! Hier, je faisais remarquer la cocasserie des billets de service et voilà qu'aujourd'hui, sur la partition que méfait parvenir l'obligeant éditeur' du Roman d'un jour, je remarque encore que l'avis habituel réservant « tous les droits » de cet industriel artistique est adressé non seulement à « MM. les directeurs ou artistes en Société », mais encore aux « théâtres forains ou ambulants ».

L'éditeur du Ro?nan d'un jour pousse assurément la prévoyance un peu loin, s'il a prévu le cas où les auteurs et le maestro chercheraient à se faire chanter sur les tréteaux de Neuilly, de Saint-Cloud et de la Foire au Pain-d'Epices.

Je sais bien que M. Anthiome a beaucoup attendu cette représentation. Cependant, si désireux qu'il soit de rattraper le temps perdu , il ne doit rêver ni les honneurs de la baraque Cocherie, ni l'interprétation des chiens savants du cirque Corvi.

Cet avis bizarre peut d'ailleurs s'expliquer aussi par une foi robuste dans la popularité future de l'œuvre.

Lorsqu'un opéra-comique, une simple opérette même obtient le succès retentissant de la Dame Blanche, du Domino noir ^ des Cloches de Corneville et de la Fille de Madame Angot, les principaux directeurs forains s'emparent de l'œuvre en vogue et la promènent triomphalement sur tous les champs de fête de province. Impossible de leur opposer une interdiction

clTîcace, et le mieux est de traiter avec eux — dans l'intérct des fameux droits réservés.

C'est pour cela sans doute que l'éditeur, le sage éditeur du Roman de ce soir a cru devoir prendre une précaution dont il n'aura qu'à se louer si l'Opéra- Populaire doit jouer cinq ou six cents fois l'œuvre de M. Anthiome.

Ce dernier est, comme beaucoup de compositeurs encore méconnus, un artiste de valeur très apprécié des musiciens en général.

On discute beaucoup, dans les couloirs, sur la question de savoir s'il a eu ou n'a pas eu le Prix de Rome. Les uns affirment que oui; les autres soutiennent que non. Il peut l'avoir eu. Ce serait, en tout cas, il y a vingt ou vingt-cinq ans.

Car M. Anthiome est arrivé , soit comme Prix de Rome , soit autrement , aux environs de la cinquantaine. Jusqu'à présent , il est surtout connu comme professeur. On sait qu'il fait un cours de solfège au Consen-atoire.

Les deux librettistes n'ont pas d'histoire. L'un , M. Michel Masson fils, n'est pourtant pas un jeune homme, puisqu'il est à peu près contemporain de son compositeur. Mais, tant que M. Michel Masson père a vécu, son fils n'a témoigné aucune vocation dramatique. Son talent est une sorte d'héritage.

Reste le second collaborateur,

Toutlc monde connaît « Laffrique ». Les Stanley, les

azza ont publié sur son intérieur des travaux très estimés. Un petit voyage d'explorations personnelles m'a appris en outre que Laffrique est un jeune avocat qui aime tant le théâtre qu'il a accepté les fonctions de secrclairc à Déjazet.

Le jeune ténor Sujol fils — un premier Prix du Conservatoire s'ilvous plaitî — semble enchanté d'avoir quitté la Renaissance et l'opérette pour un genre parfois plus sérieux. Il porte un costume clair et de grosses bottes d'égoutier — des bottes populaires.

Bien que l'action se passe à Marly, elle n'est pas dénuée d'une certaine couleur locale auvergnate. C'est ainsi qu'au second tableau on danse une bourrée, parce que les dames de la cour portent des chapeaux de charbonniers au finale de l'acte précédent.

Peut-être l'auvergnat faisait-il fureur sous la Régence.

Et maintenant, recommandons aux t3^pographes de l'afficheur Morris d'éviter une coquille facile à commettre :

Le Roman d'un Four.

CtAYAHRÊ dans " l PURITANl »

8 mars.

Il n'y a rien de changé dans / T^uritani, il n'y a qu'un ténor de plus. J'ai dit, tout récemment, quand J on a repris l'œuvre de BeUini, tout ce que j'avais àen ■ dire. INlais à ce moment le rôle d'Arturo n'était pas chanté par Gayarré ; tandis que ce soir il l'est. Voilà toute la différence. Elle est immense. Sans Gayarré, cette reprise d'/ 'Vuritnni nous avait paru triste . peu

MAkS lOS

intéressante et privée d'éclat ; avec Gayarré, elle prend )Ut de suite les proportions d'un événement.

Le jeune ténor est actuellement le chanteur à la mode, l'artiste aimé, que tout Paris fête et acclame. 11 sutlit à galvaniser ce vieux répertoire du théâtre Italien, et son nom sur l'affiche assume les grosses recettes. Mais le chroniqueur n'a plus rien à raconter sur son compte. Il a épuisé le stock d'anecdotes dont le grand chanteur est le héros, et il ne pourrait entrer dans des détails sur la représentation de ce soir, qu'en risquant de se répéter.

Une question seulement :

Qui donc a conseillé à M. Gayarré de faire son second début dans / Œ^uritani i-

Le choix n'est pas heureux.

11 y a de tout dans l'opéra de Bellini , excepté des effets pour le ténor.

Au premier acte, le ténor ne parait pas.

Il se montre à peine au second, dont les deux principaux morceaux sont l'air du voile que vocalise la prima-dotia et le finale qui se chante sans lui.

Au troisième acte, il est constamment question d'Arturo, mais Arturo reste invisible.

Enfin on le retrouve au quatrième, et le public en profite pour lui faire sa petite ovation. Seulement il est tard : il y a déjà beaucoup de vides dans la salle, et le dernier duo se chante devant des gens pressés d'aller prendre leur voiture.

A la prochaine représentation, on fera peut-être bien de commencer / H^iirilani par la fin.

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