‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884 (volume 2)Chapitre 60 sur 99 · niRKE'^ PARISIENNES · texte numérisé non relu

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mêmes plantes, dans leurs mêmes caisses , placées devant la maison de repos de la place publique , en ligne droite, comme pour embellir une terrasse de brasserie sur les anciens boulevards extérieurs , il trouva que cela manquait de couleur locale.

Cependant, à la rigueur, et loin de Paris, on pouvait expliquer cela par analogie, puisqu'après tout la maison de repos hindoue est un endroit public où, de même que dans une brasserie, on peut fumer et boire.

Mais l'auteur de Lakmé se fâcha tout à fait lorsqu'il revit une troisième fois les plantes (plus que jamais en caisses) pittoresquement groupées pour figurer la végétation de la mystérieuse et impénétrable forêt vierge du dernier acte.

Malgré l'absurdité extravagante de cette mise en scène par trop locale , on ne tint nul compte de ses réclamations furibondes.

Et, du reste, ni les arbustes, ni les plantes, ni leurs éternelles caisses n'empêchèrent Lakmé d'atteindre un nombre de représentations sans précédents dans les annales lyriques de la ville.

* La dernière aventure de Delibes m'est envoyée de Rome.

Le maître, au sortir de sa première, s'était attardé à souper. Il était bien trois heures du matin lorsqu'il prit congé de ses amis et de ses admirateurs pour regagner seul son hôtel, situé à l'extrémité de la Ville Eternelle.

Le ciel d'Italie n'avait pas, cette nuit-là, sa pureté habituelle. Des lueurs sinistres et rougeâtres, indices précurseurs d'un mauvais vent d'ouest, coupaient, par intervalles , la masse sombre des nuages noirs accumulés.

Delibes, prenant le plus court, cheminait, un peu

oient, par des rues étroites et sombres, lorsque tout

coup des bruits de pas attirèrent son attention.

l'n peu ému, il se retourna...

Toute une bande de gens de mauvaise mine le filait

ans l'ombre. Il voulut aller plus vite, ils pressèrent \ pas. Il chercha à les dépister : impossible !

Et de temps à autre, lorsqu'il osait jeter un regard : n arrière , il voyait briller quelque chose de métalique — sans doute des armes ! — sous leurs maneaux.

Pas plus de gardes de police à Rome que de garliens de la paix à Paris ; aucun passant à implorer.

Que faire? Que devenir)

La situation était inquiétante. Elle se prolongea -.ans complications nouvelles jusqu'à la place d'Es- , "»agne, où il demeurait.

Arrivé au seuil de son hôtel, Delibes fut bientôt .:crné par ceux qui le poursuivaient. Décidé à bien nourir, il recommanda son âme à Orphée et attendit itoïquement l'attaque de ses ennemis.

Elle ne se ÏM pas attendre...

Car, sur un signal de leur chef, tous ces hommes Tiystérieu.K, sortant enfin les instruments de musique m cuivre qu'ils dissimulaient sous leurs manteaux, se "Dirent à attaquer, dans le silence de la nuit, VHymne de Garibaldi.

Tout le quartier fut réveillé en sursaut, mais Delibes hait bien content d'en être quitte pour si peu.

Il lui en coûta, il est vrai, une gratification de vingt francs qu'il dorma à cette fanfare nocturne — sans compter le congé indigné que lui signifia son maître d'hôtel'.

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