COQUELIN ADMINISTRÉ
30 mai.
Tous les lecteurs du Figaro ont appris comme moi que la nouvelle comédie de M. Alexandre Bisson serait jouée cet été en province, ainsi que cela arrive d'ailleurs à la plupart des pièces de théâtre.
Ce qu'il y a de plus particulier, c'est que, d*après la note publiée, il faut s'adresser pour traiter des représentations du Député de Bombignac^ à M. Michçl, administrateur de (M. Coquelin.
Il y a donc une situation sociale qui consiste à administrer M. Coquelin ?
Qu'on vienne dire encore que la France n'est pas la patrie du fonctionnarisme !
Avouez avec moi que ce titre d'administrateur de M. Coquelin ne laisse pas que de faire quelque peu rêver.
Au premier abord, cela vous a un petit air de fantaisie qui déconcerte l'investigateur.
Cependant, rien de plus sérieux : il existe bien un M. Michel qui est bien l'administrateur de M. Coquelin.
Il l'administré comme M. Cochery administre les Postes, comme M. Emile Perrin administre la Comédie-Française , comme M. Camescasse pourrait administrer la Préfecture de Police.
364 LES SOIRÉES PARISIEiNiNES
Une chose essentielle m'intrigue. Comment M. Michel administre-t-il M. Coquelin ?
Car il n'y a pas d'équivoque : il ne le gère pas, il l'administre tout à fait.
Quels sont les rouages de cette administration-là ? De quelle façon est-elle installée, organisée >
Autant de questions essentielles.
Je suppose d'abord que l'administration de M. Coquelin doit avoir un siège officiel, des bureaux, des antichambres, une lampisterie, une forte provision de bois de chauffage.
M. Michel se tient évideniment. dans un cabinet administratorial richement meublé, pour donner audience aux gens convoqués par des imprimés libellés de la façon suivante :
COQjLJELIN ADMINISTRATION Paris, le 188 .
No
OBJET Repense à une demande
d'audience. M
Fn réponse à
j'ai l'honneur de vous informer que
tM. [Michel vous recevra de deux heures à quatre ^ le :
(Rapporter la présente convocation.) A gréez , oV/. ,.„
Le Chef de cabinet, M
Rue
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Mais ces questions purement matérielles ne constituent jamais la plus grosse difficulté. L'essentiel est d'assurer le fonctionnement régulier de toute filière administrative. M. Michel, chez qui j'aime à préjuger l'esprit d'ordre et de méthode, n'aura pas manqué de diviser M. Coquelin en deux ou trois grandes directions générales comprenant chacune des divisions, divisées elles-mêmes en bureaux compétents afin que les attributions de chaque service soient bien déterminées, qu'il s'agisse du contentieux, de la correspondance, des revenus, de l'exploitation, des voies et moyens ou de tout autre département administratif, le tout relié par les divers secrétariats particuliers sans lesquels il n'estpointde bonne organisation française.
L'administration de M. Coquelin ne peut être, d'après ce qui précède, que centralisée à outrance. Peutêtre n'échappera-t-ellepas complètement à la critique habituelle que suscitent toujours les nombreuses formalités d'un fonctionnement raisonné. Mais ce qu'on pourra appeler ses lenteurs ne sera en réalité qu'une preuve de sa sagesse. Elle a le devoir d'être prévoyante , je la crois paternelle, et tout me dit que, grâce à M. Michel, M. Coquelin doit avoir une administration que l'Europe lui envie.