DEUXIEME TABLEAU
Très simple, le décor: une chambre d'hôtel meublé. L'acte ne comporte aucune mise en scène. J'en profite pour parler de Talazac.
C'est tout naturellement au remarquable premier
ténor de l'Opéra-Comique qu*est échu le rôle de Des Grieux.
M. Massenet a trouvé en lui un bien vaillant collaborateur, toujours sur la brèche, ne reculant devant aucune fatigue , dévoué à l'œuvre commune , n'ayant aucun de ces caprices qui distinguent si souvent les artistes du chant en général et les ténors en particulier.
Avec cela, très gai, trouvant le moyen de mêler une note joyeuse au travail sérieux des répétitions.
Quand Talazac peut faire une bonne plaisanterie, il en laisse rarement échapper l'occasion. Ainsi, Tannée dernière, pendant qu'on répétait Lakmé , un ami de Massenet avait chanté au ténor la phrase initiale de son rôle de Des Grieux, une très jolie phrase que Torchestre ramène toutes les fois que l'amant de Manon fait son entrée.
Rencontrant Massenet, celui-ci lui parla de l'ouvrage à l'étude.
— Eh bien! La/c/né, cela marche-t-il >
— Oh ! admirablement, il y a de bien jolies choses. Et, improvisant des paroles quelconques — t Oh !
ma belle Lakmé, oh ! ma douce Lakmé, » il les fredonna sur la phrase de Manon, la seule qu'il connaissait.
— Mais que chantez-vous donc là > s'écria Massenet.
— C'est dans Lakmé,
— Pas possible... j'ai la même chose dans Manon, Talazac éclata de rire et rassura le compositeur en
s'excusant de la petite émotion qu'il lui avait causée.