‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 3)Chapitre 79 sur 114 · ATTAQUE NOCTURNE · texte numérisé non relu

ATTAQUE NOCTURNE

16 avril.

Il pouvait être minuit cinq. Debruyère sortait du théâtre de la Gaîté, très guilleret, l'esprit tranquille et

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songeant à sa prochaine premier^ du Droit du Seigneur.

Il se dirigeait du côté de la rue du Caire et, la voyant déserte , se félicitait de vivre à une époque où Paris offre tant de sécurité aux citoyens attardés.

— Dire, murmurait-il, que c*est ici que se trouvait la Cour des Miracles, ce repaire de coupe- jarrets, de tire-laines et autres brigands toujours prêts à détrousser Ip malheureux passant. Comme les temps sont changés !

A ce moment, une voix rauque troubla le silence de la nuit :

— Psst ! psst 1 ici Fouinard I

— Tiens, se dit Debruyère, ce brave Paulin Ménier qui n'est pas encore rentré.

Et il alla dans la direction de la voix, mais s'arrêta un peu interloqué en voyant se dresser devant lui un grand diable d'homme enveloppé d'un manteau couleur muraille et agitant une petite lanterne sourde.

— Je croyais pourtant qu'on avait supprimé les chiffonniers, pensa-t-il.

Soudain, autour de lui, surgirent un tas de personnages étranges, les uns portant des rapières, les autres brandissant des poignards, ceux-ci levant des massues, ceux-là braquant des espingoles. Il y en avait de masqués ; il y en avait dont le visage disparaissait à moitié sous un large feutre; il y en avait de barbus ; il y en avait de glabres ; il y en avait de grands ; il y en avait de petits ; il y en avait de beaux ; il y en avait de laids ; il y en avait de droits; il y en avait de bossus. Tous paraissaient fort agités et dardaient sur Debruyère des yeux farouches.

Ce dernier, fortement inquiet, voulut se frayer un passage par celui du Caire.

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Malheureusement il se heurta à la grille fermée. Il revint sur ses pas. . .

Trop tard ! les personnages mystérieux lui barraient le chemin.

— A toi,Gubetta, mon vieux complice, dit alors une femme masquée et tout de noir vêtue à un homme de taille moyenne qui avait Tair d'un gondolier vénitien, à toi de parler pour nous tous. •

— As pas peur, Macaïe ! appuya Cocardasse.

T- Mais que voulez-vous ? balbutia Debruyère.

— Patience ! fit Rodin en se frottant les mains. Et Gubetta prit la parole :

— Debruyère, dit-il, nous sommes les représentants du vieux drame, du drame de tes pères, du drame que tu veux trahir pour des opérettes, pour des féeries et pour d'autres basses œuvres, du drame à feu et à sang, du drame à sanglots, du drame à grincements de dents, du drame enfin que tu devrais jouer à perpétuité, ne fût-ce que pour justifier le titre du théâtre de la Gaîté.

— Et nous voulons, mon fils, intervint l'abbé Faria, essayer, pendant qu'il en est temps encore , de te faire rentrer dans le droit chemin. Renonce à l'opérette, renonce à la féerie, et nous te reconduirons en triomphe à ton domicile, sinon...

— Sinon, c'est la mort ! conclua Jack Sheppard.

Debruyère pâlit, mais sans hésitation aucune, malgré le trac qui s'emparait de tout son être, il répondit d'une voix qu'il s'efforçait de rendre nette :

— Vous voulez ma vie, Je vous la donne.

Les personnages , surpris par tant d'héroïsme , semblèrent hésitants.

Quel genre de supplice infliger au directeur récalcitrant? Ils avaient, à eux tous, tant de moyens

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de commettre un crime qu'ils ne savaient auqud s'arrêter.

— Si nous lui interdisions de porter !e nom de Piètre, hasarda Gaspardo le pêcheur.

— Ce ne serait pas assez !... il nous a résisté . q:. .1 soit assassiné ! hurlait Antony.

— Qu'on le fusille ! commanda Monté :>-r. . àt I2 Closerte des genêts.

— Bois ! insinua Catherine de Med::i>. ca Izl tendant une coupe.

— Avez-vous jamais ^ti clouer un ^fZf^r^VjZ. zr.r^zt, un mur? s'écria d*Artagnan, en tirant «^ raplcre.

— Je suis pour la question du brodeq-in, dit s^-r*plement le bourreau de la ^dne Mirgot.

— Qu'on rattache sur un cheval ca Iib-cné ! %'trrclama Ribeiro, des Pirates de la Savane.

Enfin, des chauffeurs sapprochcrcnt poLJ- lui 6*.iÉT ses bottines.

Tout à coup une formidable poussée vint bouvc^ulcr le g-roupe menaçant.

— En voilà une mascarade! Allez dor^t w-% U/^ cher, tas de déguisés, et plus vite que ça ! %K/irJi, '-.'^ voix rude.

La bande dramatique se dispersa c^^îtrr^e y^if enchantement.

Et Debruyère, fort ému, se jeta dans \c% bfat 4<j v^. sauveur, un brave gardien de la paix,

— Je vous dois la vie. lui dit-il. donaç^-siv; '. 'Ai< nom et je vous garantis de TavanDem^mt,

— Mon nom... Ah! bien merci! il r/v a p*t Ck danger que je vous le donne î

— Pourquoi cela?

— Vous savez. bien que les agents nt -loi >';'.* ^/^ être dans la rue à une heure au%*i a-.ariV;';,

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— Vous VOUS y êtes bien trouvé pour me sauver,

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