‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 4)Chapitre 53 sur 74 · AU PREMIER ACTE · texte numérisé non relu

AU PREMIER ACTE

La vue intérieure de la coupole de l'Observatoire de Paris. Copie très fidèle. Partout des télescopes braqués sur le ciel, d'énormes instruments astronomiques, des sphères, de grands registres. Le peintre de ce décor, M. Cornil, a eu des difficultés inouïes pour prendre son croquis à l'Observatoire même. M. Leverrier avait absolument refusé de le recevoir. L'illustre directeur avait-il le pressentiment des plaisanteries que les auteurs du Voyage dans la Lune ont prodiguées aux astronomes ?

Après l'Observatoire, vient un décor admirablement composé. C'est celui du haut-fourneau. Figurez-vous une immense forge approvisionnée par un haut-fourneau à colonnades intérieures, avec ses tuyères, ses grands marteaux frappant sur des enclumes gigantesques, ses brasiers ardents, ses soufflets^ ses laminoirs, ses cisailles, tout cela marchant, tournant, vivant. C'est dans ce haut-fourneau qu'a été fondu le fameux canon et l'affût en acier dans lequel le roi Vlan (Christian), son fils Caprice (mademoiselle Zulma BoufFar), et son savant ingénieur mécanicien métallurgiste Microscope (Grivot), partent pour la lune.

L'acte finit sur la vue de ce canon-monstre, un ca-

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non de vingt lieues qui commence vers le milieu delà scène et se perd dans le lointain , canon-géant posé sur des montagnes, traversant une énorme vallée, passant parnlessus les ponts, les rivières et les villages pour disparaître à l'horion.

Les trois héros y entrent par une tabatière qui se trouve sur la culasse et qui communique avec l'obus à rintérieur du canon ; les artilleurs se précipitent — artilleurs de toute taille : petits, moyens et grands — font jouer une batterie électrique et le rideau baisse sur une détonation formidable. L'obus file vers la lune emportant ses voyageurs. Nous ne donnons pas ce moyen de locomotion comme absolument pratique, mais nous sommes en pleine féerie. Et puis, M. Jules Verne n'y a-t-il pas songé avant les auteurs du Voyage dans la Lune ? Et avant M. Verne le grand Arago, et avant Arago bien d'autres. Un journal américain a vécu pendant un mois sur le canard d'un canon monstre qu'on allait construire pour envoyer un projectile à la lune, et un caricaturiste du seizième siècle, Gruyshanck, voulant blâmer les travers qu'ont les hommes d'aller toujours de plus vite en plus vite — on venait probablement d'inventer le coucou — repré-^ sentait des voyageurs se faisant emporter dans uq mortier pour se rendre au Bengale.

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