‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 4)Chapitre 71 sur 74 · DES ÉTANGS · texte numérisé non relu

DES ÉTANGS

3i décembre.

L'année s'est terminée par deux premières. Tune au théâtre du Château-d'Eau : les Échos de VAnnée^ revue ; l'autre au Théâtre-Beaumarchais : le Donjon des Etangs, un drame.

Je vais tout d'abord au second de ces deux théâtres.

Quel dommage que M. Debruyère, le directeur et principal acteur du Théâtre-Beaumarchais, n'aif pas profité, pour donner le Donjon des Étangs^ d un soir oîi il n'y aurait pas eu de concurrence!

A sa place, j'aurais mijoté cettepremière avec un som

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jaloux ; un drame nouveau de M. Dugué au Théâtre- Beaumarchais, c'est un événement !

Un air de fête régnait dans le quartier; cependant j'ai remarqué quelques figures sombres qui semblaient dire : O DejeanI 6 Château-d'EauI Enfer et malédiction!

La salle est assez bien garnie. Quelques vides seule* ment aux fauteuils. Une personne, assise à côté de moi, montre à un ami les personnalités éparses à Torchestre et dans les loges. Il nomme, en les désignant : MM, Auguste Maquet, Vacquerie, Paul Féval, et quelques autres notabilités du drame à tous crins; ma lorgnette suit les indications de mon voisin, et que vois- je? MM. Etienne Enault, Francisque Sarceyqui bâille parce que Topérette est morte, et Laforêt qui dort en rêvant au futur drame français^ — encore un tueur d'opérette.

Mon voisin était un farceur. Il aurait pu cependant montrer M. Camille Doucet, qui, depuis quelque temps, paraît affectionner les petits théâtres.

Dans une avant- scène, mesdames Morris et Abadie, les deux filles de lauteur.

Mademoiselle Jeanne Marie, une transfuge de TAmbigu, qui vient jouer les ingénues à Beaumarchais^ toute tendre et toute rougissante, a eu son petit bout de succès.

Deux de ces messieurs du paradis la dévoraient des yeux.

— Eh I dis donc f cria Fun à l'autre, je te la souhaite pour tes étrennes I

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Des chuts vigoureux ont faire taire les enthousiastes.

Juste au moment où je commence à m'intéresser au drame de M. Dugué, il me faut aller au théâtre du Château-d'Eau. Fatalité I

L'héroïne de la revue de MM. Blondeau et Monréal, c'est mademoiselle Silly. Hier, c'était Schneider qui prenait possession des Folies- Dramatiques, aujourd'hui c'est Silly qui s'apprête à régner au Châteaud'Eau. Coïncidence curieuse : les deux anciennes sœurs ennemies reparaissent en même temps sur deux scènes presque voisines.

Les galeries supérieures du théâtre de M. Dejean manquent de monde. Il eût pourtant été facile de les garnir en se rappelant que les petites places ne donnent guère la veille du jour de l'an. Mais on ne peut pas songer à tout.

Dans une avant-scène se tient mademoiselle Derval, étincelante de diamants, prodiguant les applaudissements à sa sœur.

M. Dejean a voulu marcher sur les traces de M. Cogniard qui montait supérieurement ses revues de fin d'année. Il a fort bien fait les choses. Plusieurs tableaux méritent une mention honorable.

Le premier : un tableau villageois réussi avec les conseillers municipaux, les pompiers et la fanfare ;

Le troisième : la façade de la gare du Nord avec le départ d'un régiment de femmes allant rejoindre les réservistes sous prétexte que le code ordonne à la femme de suivre son mari ;

Puis, surtout le huitième tableau qui représente une fête de nuit au Cercle des Patineurs. La revue a été répétée un peu hâtivement et la mise en scène s'en ressent; mais^ tel qu'il est, ce tableau a fait beaucoup d'effet. Le décor est charmant; le lac gelé, avec son encadrement de sapins couverts de neige, est d'un vrai qui fait illusion ; en le regardant, on a envie de réclamer sa fourrure à l'ouvreuse. Les patineurs sont nombreux, et aussi les patineuses. Parmi elles figurent les hirondelles de la Gaîté. L'idée de les montrer patinant est vraiment gracieuse. Les traîneaux vont et viennent, des hommes arrivent portant des torches et des femmes avec des lanternes de couleur. Le tout se termine par un véritable feu d'artifice.

Mademoiselle Silly porte plusieurs costumes dans la Revue. Tous sont ravissants. J'ai tout juste le temps de les décrire.

. Garde champêtre. Jupe rayée rouge. Blouse bleue avec baudrier blanc et petit chapeau à cocarde.

IL Paysanne. Jupe en laine rayée blanc et marron, cotte en laine marron clair, justaucorps en laine rouge avec petit col de toile écrue, surplis en laine marron garni de velours noir, chapeau bergère garni de velours noir.

III. Matelotte. Deux draperies formant jupe bleue avec écharpe rouge à franges d'or, gilet rayé de satin blanc et de velours bleu, veste en velours marron agrémenté de rouge, col marin en velours bleu avec ancres d'argent.

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