‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 5)Chapitre 10 sur 126 · LES · texte numérisé non relu

LES

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iw janvier 1874.

La journée du « je vous la souhaite » continue à faire ses victimes. Pendant toute une semaine, les habitués des théâtres et des coulisses ont à remplir trois formalités bien douloureuses. Les contrôleurs d'abord forment la haie sur leur passage et leur présentent, avec leur carte, des souhaits de premier choix dont le coût est de dix à vingt francs en moyenne. Viennent ensuite les ouvreurs. On a la maniç d'aller toujours du même côté de l'orchestre et on devient ainsi, pour l'ouvreur, une sorte de pratique. Les étrennes sont donc de rigueur. Enfin, les concierges — ceux qui surveillent l'entrée des artistes, eux si revêches d'habitude — sont devenus subitement souriants et complaisants. Ils vous guetent, vous ouvrent la porte toute grande et vous saluent le plus humblement possible. Comment résister à tant d'avances ?

Sauf cette particularité qui n'a rien de particulière-

ment réjouissant, l'aspect des théâtres, ce soir, premier janvier, est assez banal. On y trouve des salles qui rappellent celles du dimanche. Les petites places surtout sont bondées. Les Pilules du Diable ont fait plus de huit mille francs ; Jeanne (TArc a encaissé le maximum !

Aux Variétés, les Merveilleuses elles-mêmes font des recettes agréables.

Les échos du foyer m'y ont mis au courant d'une scène bien amusante qui se joue en ce moment, tous les jours de cinq heures à six, rue Drouot, à l'entresol de M. Meilhac.

Le directeur des Variétés s'est mis en tête d'avoir, avant la fin de l'hiver, une pièce des auteurs de Toto che% Tata. Il s'agit, cette fois, d'une congédie en trois actes : la Petite Marquise. Meilhac a promis; seulement, de la promesse à l'exécution il y a tout un monde de paresse. Aussi, pour hâter 1 eclœion, M. Bertrand se rend régulièrement depuis une semaine chez Meilhac, au moment où il est sûr de le rencontrer avec son collaborateur Halévy. C'est l'heure delà récréation, c'est-à-dire du billard : on sait que le billard est la passion de Meilhac, qui en a fait installer un dans une des principales pièces de son appartement.

Bertrand y non-seulemeîLt n'est pas très-fort à ce noble jeu, mais encore ne l'aime-t-il que médiocrement.

Cependant, pour avoir sa pièce, aucun sacrifice ne lui paraissant au-dessus de ses forces, il se résigne à faire cinquante secs tons les jours avec Meilhac.

Cela donne lieu à une conversation bien pittoresque.

— Eh bien ! avançons-nous ?

— Vous ne me laissez pas de jeu J

— Moi, je crois que le rôle est fait pour Chaumont !

— Par la rouge ! De la finesse !

— Avez-vous kt scène du second acte ?

— Je suis collé ! Encore un coup dur !

— C'est que je voudrais lire le plus tôt possible !

— Attendez, que je mette du blanc !

— Si nous donnions la comtesse à Gabrielle ?

— Oh ! le joli quatre-bandes !

— Au moins, je n'aurai pas une mise-en-scène ruineuse. ,Je compte surtout sur le côté parisien ?

— Sapristi, j'ai décollé mon procédé.

— Et puis — pardon du mot — tant pis si on le rapporte à Sardou — vous avez l'excellente habitude de travailler sans relâche!

— La bille en dessous ! par effet rétrograde.

Il ^st évident que s'il y avait de la musique à cette pièce, née sur le tapis vert du billard,, elle ne pourrait être que de Massé J

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