‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 5)Chapitre 2 sur 126 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Mon cher ami ,

Vous me demandez une préface, à moi qui ne suis pas un écrivain, mais un musicien; vous avez sans doute voulu me demander une ouverture.

Est-ce parce que, si je ne suis pas un écrivain, je suis un homme de théâtre ? En ce cas, vous auriez pu la demander à Alexandre Dumas, qui est un maître en toutes choses.

Vous avez sans doute pensé, qu'en vous adressant à Dumas pour votre préface, il ne vous laisserait plus de place pour votre livre, tandis qu'en songeant à moi vous vous êtes dit : — Je connais Offenbach, il n'aura pas plutôt écrit vingt-cinq lignes que ça finira par une double croche.

Eh bien, non, vous n'aurez ni croches, ni doubles croches, mais vous aurez votre préface, parce que les bonnes croches sont rares et que je garde les miennes

pour mes pièces, tandis qu'il me serait impossible de faire réciter une préface par Dupuis, quand le public attendrait des couplets.

Il me sera d'autant plus facile de parler de votre livre que j'en pense beaucoup de bien, L'éloge n'est pas pour vous, car je ne suis pas ici pour vous adresser dés compliments, mais pour l'idée que vous avez eue et que vous complétez aujourd'hui.

Après vous être fait l'historien au jour le jour des faits de l'année théâtrale, vous avez formé le projet de les réunir en bloc pour rappeler au public tous les incidents dramatiques dont il a été le spectateur. Après lui avoir raconté quotidiennement des impressions fugitives, vous les lui mettez soqs les, yeux, à titre de souvenir : ce qui était le journal est devçnu les mémoires du théâtre. Après douze mois, on peut4 en vous lisant, revoir, reprendre, revivre toutes les soirées que l'on a passées depuis un an, renouveler son plaisir de quelques heures, retrouver des émotions effacées, ressentir des joies qui semblent disparues. Vous avez fait pour le théâtre, ce que d'autres font pour la politique, qui est une chose si ennuyeuse, quand elle n'est pas une chose attristante.

Pourquoi, en effet, le théâtre n'aurait-il p^ son histoire complète ? N'y a-t-ilpas dans le théâtre, CQmme dans le roman, comme dans la vie, des événements, des péripéties, des progrès, des transformations qu; échappent parce qu'elles ne forment pas un faisççaij

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