MARS. IO
C'était de mettre une s à Alexandre et deux s à Dumas, Alexandres Dumass !
17 mars.
Ce soir, la Comédie-Française a donné Esther. La grande tragédie biblique ne figure pas souvent sar l'affiche de la rue Richelieu; mais je suis sûr que les abonnés du mardi auraient préféré qu'elle y figurât un autre jour. Je dis cela parce que j'ai entendu une jolie personne en robe de velours noir décolletée , s'écrier après le premier acte :
— Ma foi, je sais bien que nous sommes en carême, mais ce n'est pas une raison!...
Sarcey, dans un de ses derniers feuilletons, a déclaré qu'il ne connaissait pas de public plus insupportable que celui du mardi, et que s'il avait fait une pièce il aimerait mieux la . voir jouer devant des charcutiers, des chaudronniers ou des épiciers que devant ces élégants blasés. Sarcey n'a pas tort. Les abonnés de M. Perrin se moquent absolument du spectacle ; je ne suis pas bien sûr qu'ils savent toujours ce qu'on joue. Ils viennent là parce que c'est la mode d'y venir. Cela ne les intéresse pas, cela ne les amuse guère, mais c'est bien quelque chose que de s'ennuyer en bonne compagnie. *
Ce soir, j'ai eu le malheur d'être placé à proximité
d'une baignoire où Ton a causé à haute voix pendant toute la durée du spectacle. Les chut de l'orchestre ne paraissaient inspirer que du mépris à ces maudits bavards. Quand venait l'entr'acte, on laissait la porte de la baignoire toute grande ouverte et il en résultait des courants d'air et des perspectives de fluxions de poitrine vraiment inquiétants.
Cest M1,e Favart qui jouait Esther.
De temps en temps, cette comédienne daigne accepter quelque rôle de Rachel, et les flatteurs alors ne manquent pas de lui dire qu'on n'est jamais, arrivé* tant de perfection.
Pauvre Rachel!