REOUVERTURE DU CIRQUE D'ETE
L'almanach a beau me dire : « Voici le printemps», tant que le Cirque n'a pas opéré son déménagement du boulevard des Filles-du-Calvaire aux Champs- Elysées, la saison printanière ne me paraît pas officiellement inaugurée. Aujourd'hui, nous y sommes. Les chevaux ont repris possession de leurs boxes d'été, on a renouvelé les costumes, recruté des artistes nouveaux, et M. Franconi se creuse la tête pour trouver de l'inédit.
Il n'y a pas une place vide dans l'immense salle. Les escaliers regorgent de monde. C'est à peine si Ton peut se mouvoir à l'entrée des écuries. Grandes dames venues en équipages, petites bourgeoises descendues d'omnibus, cocottes en partance pour Mabille, journalistes, gommeux, sportsmen, palefreniers, un amalgame de toilettes tapageuses^ de cravates blanches et de chapeaux mous; puis — dans les écuries qui servent de foyer — un va-et-vient continuel d'écuyères à jupes de gaz et de clowns enfarinés ; des chevaux impatients de faire leur entrée et grattant du sabot leur litière de paille; des singes oui grimacent, des chiens qui jappent, des valets qui sanglent et désanglent, voilà le cpup-d'œil. •
Les coulisses du Cirque sont d'une extrême simplicité. Elles sont situées au prefnier étage et se compo-
sent de deux vastes couloirs sur lesquels ouvrent les loges. Du côté gauche s'habillent les dames ; les hommes, du côté droit. Loges et couloirs sont absolument nus et tristes. Il n'y a de pittoresque que le magasin des accessoires où la boule d'Étardo repose à côté de la guérite de VOurs et de la Sentinelle, où Ton se promène à travers un fouillis multicolore de cerceaux, de banderolles et de têtes en carton peint.
La soirée d'ouverture a ressemblé à toutes les soirées précédentes. Tout en constatant le plaisir extrême que prend le public à ces sortes de spectacles, je me demande s'il ne serait pas possible de les varier un peu plus. Les chevaux de haute école ont du charme, et le travail sans selle çst fécond en émotions, mais personne ne se plaindrait si l'on nous servait autre chose de temps en temps. L'art équestre reste stationna ire. Ce sont toujours les mêmes cerceaux crevés par les mêmes écuyères et les mêmes clowns criant de la même voix leur éternel : Miousique !
Je ne demande pas qu'on revienne aux spectacles des Romains, aux courses de chars, aux combats de gladiateurs ou de bêtes féroces, mais puisqu'à Rome les sénateurs et les empereurs mêmes daignaient parfois descendre dans l'arène, M. Franconi — en faisant les démarches nécessaires — obtiendrait peut-être le concours de quelques-uns de nos hommes politiques en renom.
Je rêve un programme ainsi composé :