‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884Chapitre 14 sur 112 · CATALOGUE · texte numérisé non relu

CATALOGUE

Sauah Bernardt. — De fil en aiguille (série de nou

velles).

Jeanne Granier. — Voyage en Suisse.

Céline Chaumont. — Vie de Musset.

Croizette. — Les financiers célèbres depuis Laj

jusqu'à nos jours.

Massin. — Sterne en pantoufles (notes sur le voyag

sentimental).

Suzanne Lagier. — Traité d'éducation pour h

jeunes demoiselles.

Heilbron. — Les Boyards (études d'après nature). Alice Regnault. — Commentaires sur les Mille t

une Nuits.

Jane May. — Bouton de Rose (recueil de poésies). Léad'Asco. — Les escrocs du Grand Monde. Van Ghell. — Cooper [Feminore) et ses œuvres. Théo. — Les Chauffeurs.

Mademoiselle X... ^ Elle!

Madame Y... — Lui!

Thérésa. — Elle et lui!

Schneider. — De viris illustribus.

BeRTHE LeGRAND. j , 7 r» . r.,

Grandville. ( ^'' ^'r''' "^t B^^rbe-Bleue (e.

Angèle. ) collaboration).

Adèle Page. — Mémoires pour servir à Vhistoire d

premier Empire.

Gabrielle Gauthier. — Les Petits-fils de g3. Madeleine Brohan. — L'Art d'accommoder le

restes.

Reichemberg. — Les Mystères du célibat.

Janvier.

non

EANNE Bernhardt. — Mémoircs d'un huissier.

ALLANDiÉRA. — Lu Femme de feu.

ldelina Patti. — Hygiène conjugale^ Conseils aux

gens mariés.

)uvERGER. — Histoire anecdotique du déluge. Cécile Ritter. — Merveilles du Firmament : les

Etoiles filantes.

^iccoLO. — La Confusion des langues.

7 janvier.

Le hasard, qui a- Phabitude de me traiter en enfant ;âté, m'a fait trouver, ce soir, une lettre que je me suis mpressé de lire et qui m'a paru tellement curieuse \MQ, je me hâte de rendre mes lecteurs complices de non indiscrétion.

Cette lettre, datée d'avant-hier, 5 janvier, a été îcrite à sa femme par un brave provincial nouvellenent débarqué de Lons-le-Saulnier et qui, peu au :ourant de ce qui se passe à Paris, raconte à sa façon, :e qu'il y a vu depuis quelques jours. Voici le factum en question :

« Ma chère amie,

a Arrivé ici depuis trois jours pour affaires, je dois te dire que j'ai d'abord constaté avec plaisir que tout marche à merveille depuis la fin de la crise politique. Les journaux, que d'ailleurs je ne lis jamais, étaient absolument dans le vrai en nous affirmant que la confiance allait renaître.

ce Non-seulement les quartiers commerçants ont repris leur physionomie habituelle, mais les boutiques sont devenues insuffisantes : la reprise des affaires a

LES SOIREKS PARISIKNNES.

reçu une telle impulsion que l'on s'est vu dans la né cessité d'établir en plein boulevard des baraques sup plémentaires où se débite une foule de menus objets produits des diverses industries parisiennes.

c( Ce n'est pas sous un ministère antirépublicai qu'on aurait pu voir de pareilles choses ! j

«Comme tu me l'as recommandé, je passe toute j mes soirées au spectacle. J'ai déjà vu Herr Nani, c'eî j une bonne pièce, très-soignée, quoique rimée tout d long. Il y a là un petit empereur rouge qui est bie bavard, il nous a récité son grand monologue, comm qui dirait sa profession de foi ; il n'y avait plus moye de l'arrêter, c'était pire que notre député... quand n'est pas à la Chambre. Il y en avait un autre auqu( i j'aurai fait sans doute quelque chose sans m'en douter ^ car il n'a pas cessé de regarder de mon côté, en faisan 1 des grimaces et en roulant des yeux furibonds ; à 1 j fin, voyant que tout cela ne me faisait rien, il s'eM fâché tout à fait, et tirant brusquement son épéi m'en a jeté un tronçon à la figure, même que t . pourras encore, à mon retour, voir la cicatrice qu i j'ai à la joue droite, et que j'ai gardé le morceau qu'i ' m'a lancé.

« Le lendemain, j'ai été voir la Cigale, une pièc pour laquelle on a engagé une femme acrobate qui m' paru encore plus extraordinaire que celle que nou ' avons vue ensemble Tan dernier, sur la place d'Armes au cirque Corvi.

ce Par exemple, une pièce à laquelle je n'ai absolu ment rien compris, c'est les Menus plaisirs de Vannée Mais elle est jouée par les meilleurs comédiens d. Paris. Il y a surtout une personne nommée Angèle qu m'a beaucoup plu parce qu'elle te ressemble. On m dit que c'est comme toi une mère de famille qui fa. vivre ses six enfants avec son travail et qui sert auss de mère à un pauvre artiste devenu aveugle.

« Mais tout cela n'est rien à côté de ce qu'on voit à Ambigu, car il faut te dire que j'ai suivi le conseil e l'ami Philippe, je suis allé voir le fameux drame dont n parle tant, celui qu'il appelait La Cause célèbre. a En passant, je tiens à t'apprendre que Philippe, ui se croit si fort et qui veut toujours donner des onseils aux autres, s'était absolument trompé sur le itre de la pièce de l'Ambigu ; elle ne s'appelle pas du out Une Cause célèbre, mais bien La Case célèbre. It n'est vraiment pas la peine d'être commis -voyageur pour n'être pas plus malin que cela !

« Le sujet qu'il nous a raconté n'est pas non plus out à fait conforme à ce que j'ai vu. D'abord, il aurait lu me prévenir que je verrais des nègres, à moins qu'il le les ait pas remarqués. A la vérité, il nous a bien dit ju'il y avait un enfant dont le rôle est très-important, ;a c'est vrai, il y en a un qu'on voit tout le temps, je rouve même qu'on le voit trop; ça le fait coucher bien ard. Philippe nous avait dit aussi que l'enfant faisait :ondamner son père. Eh bien, je t^assure qu'il n'est 3as question de ça un seul instant.

a Le père, c'est bien ce gros acteur de talent dont on aous a tant parlé et qui se nomme Dumaine, mais ce M. Dumaine n'est pas condamné. 11 est seulement poursuivi par ses maîtres qui ne sont plus ses maîtres, puisqu'il n'est plus leur esclave, car jai oublié de te dire qu^il était esclave, ce qui est d'autant plus extraordinaire que tout le temps on parle de la traite des noirs, que lui n'est pas noir et que ce sont ses maîtres qui sont noirs.

« Mais, me diras-tu, que fait l'enfant pendant qu'on 'poursuit son père?

« Il ne fait rien. On le porte tout le temps. Tantôt c'est la mère qui le porte à la chèvre morte, tantôt c'est son père qui le porte dans ses bras,

« J'ai remarqué que les esclaves nègres, eux aussi,

LES SOIREES PARISIENNKS.

ne font jamais rien, si ce n'est qu'ils donnent beau coup de mal àleurs maîtres qui passent leur existence les pourchasser. Gela donnerait envie de devenir nègr pour se reposer et bien vivre, car cette pièce montr bien à quel point le sort des pauvres blancs est a contraire plus malheureux que le leur.

a Ah ! çà, me diras-tu encore, je ne vois pas dan tout cela la grande scène de la dénonciation...

« Permets, ma bonne amie, elle existe parfaitemeni Elle a eu lieu au troisième acte, chez ce bon docteu Bird, un brave homme qui grogne sans cesse, mai qui finit toujours par écouter son épouse. Justement l'acteur qui joue ce rôle est M. Paulin Ménier, tu sai bien, celui qui fait de si bon chocolat. Il paraît qu'i est encore député avec tout ça; du reste, il le dit lui même dans la pièce. Quelle activité !

« — Et c'est l'enfant qui dénonce son père ?

« Pas du tout. C'est le chien ! — Q.uel chien ? - Celui des marchands d'esclaves.

« Ainsi, tu vois, Philippe avait oublié de me parle des nègres et des chiens.

ce Quant à l'enfant, on continue à le porter jusqu' la fin.

« Et non-seulement il ne dépose pas contre son père mais lui-même n'est pas déposé une seule fois à teri de huit heures à minuit.

« Tu le vois, c'est poignant et le succès de la Cas> célèbre de l'oncle Tom, à l'Ambigu, est vraiment biei mérité. Du reste, tu verras la pièce quand on la montera à Lons-le-Saulnier.

a Je l'embrasse, etc..

« Ton

tt Dlrasoir. »

Et voilà comment le transfèrcment de la Cause ce-

•bre et son remplacement à l'Ambigu par la Case de oncle Tom à la Porte-Saint-Mariin ont pu tromper n brave et honnête bourgeois de l.ons-le-Saulnier.

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