‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884Chapitre 24 sur 112 · D'UN SOUPER A PONTOISE · texte numérisé non relu

D'UN SOUPER A PONTOISE

faut convenir, du reste, que la haine du poète pour ces fâcheuses métamorphoses s'explique, de reste, lorsqu'on jette les yeux sur la traduction en français de la traduction de ses drames en italien lyrique.

Ainsi, en ce qui concerne Ernani, je recueil] i dans la brochure de M. Piave, les perles suivantes : :

a Q.ue reste-t-il au bandit, que tout le monde aba donne, si le vin lui fait défaut ? »

« Jouons, » — dit un personnage qui a sans dou vu Robert le Diable — « l'or est une vaine chimère

Un autre s'écrie :

ce A travers les forêts et les ravins, nous n'avons qi le mousquet et le poignard; et la nuit venue, ils son dans des grottes horribles, notre unique oreiller, n

A l'acte de mariage avec Ruy Gomez :

Tous. — « Que cette union soit heureuse comir elle le mérite, et que les enfants qui en naîtront repr( duisent les vertus et la beauté des parents, comn^ l'onde limpide réfléchit les rayons du soleil. »

Au dénouement, le vers admirable de Dona S( mourante :

Devions-nous pas dormir ensemble cette nuit .''

reparaît sous cette forme étonnante :

a Le lit nuptial devait être pour nous l'oreiller de 1 mort, »

Quant au cri final de Sylva, il devient tout simple ment épique. Le vieil Espagnol, au lieu de se poi gnarder, se contente d'examiner les cadavres de se victimes, en chantant d'une voix caverneuse et d'ui air convaincu :

a Le démon de la vengeance peut maintenant S( réjouir ! »

A force d'adapter^ de métamorphoser, de traduire e de sophistiquer les phrases empanachées et superbe: d'Hugo, il n'y a pas de raisons pour qu'on n'en arrive un jour à défigurer ce beau langage au point d'er faire un dialogue aussi bourgeois que possible.

Voyez-vous, par exemple, l'entrée de Ruy Gomez,

rprenant au premier acte don Carlos et Hernani iprès de sa fiancée, et interpellant de cette façon :

— c( Eh bien, dites donc, vous autres, ne vous !nez pas. Vous venez faire la cour à ma nièce, à une 2ure pareille. Ah, sacredié! je voudrais que tout le uartier fût là pour le voir. Où avez-vous donc été

evés, mes petits messieurs ? De mon temps ce n'est .is comme ça qu'on agissait ; nous y mettions au loins des procédés, nous autres, nous ne faisions pas ;s gommeux, les godelureaux auprès des femmes onnétes. Une petite noce de temps en temps, je ne dis as : il fallait bien rire un peu, on était jeune. Mais hasser sans permis sur les terres du voisin, jamais de x vie! »

Aux inconvénients que je viens de citer vient s'en ijouter un autre pour le grand poète, c'est d'entendre lire par un imbécile quelconque :

— HermanH... quel chef-d'œuvre !... et quelle déicieuse musique !

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