LA FEMME DE CHAMBRE
8 février.
Salle très-gaie et très-parisienne, au Gymnase, à la emière représentation de la Femme de Chambre^ la )médie nouvelle de M. Paul Ferrier. M. Ferrier )mpte un peu dans tous les mondes de nombreux et ncères amis qui tous — chose extraordinaire ! — lui )uhaitaient, ce soir, un grand succès.
Quelqu'un qui lui en souhaitait un immense — estbesoin de le dire? — c'était M. Montigny. Après le remier acte, qui avait fait beaucoup d'effet, le fidèle icrétaire général de la maison se montrait dans les ouloirs, tout à fait rayonnant, se mêlant aux groupes t se frottant les mains quand il entendait dire :
— Ils ont eu Bébé, ils vont avoir Nounou^ voilà la ^emme de Chambre, c'est décidément une série boueuse !
Mais on n'a pas revu M. Derval, à l'autre entr'acte. La comédie de ce soir n'a guère d'histoire. Le chroliqueur revient bredouille. Sauf M"'' Hélène Monnier, ine bourgeoise coquette et élégante, les actrices qui ouent dans la pièce remplissent des rôles de domesti- -]ues où, malgré toute leur bonne volonté, il leur a été impossible de donner carrière à cette fantaisie luxueuse de toilettes qui distingue les pensionnaires du Gymnase, Rien que des robes montantes !
M"'= Alice Regnault elle-même n'a pu se soustraire à la consigne.
On m'affirme d'ailleurs que la jolie femme de chambre— car la femme de chambre n'est autre que M''® Regnault — se sent, depuis qu'elle est au Gymnase, une vocation irrésistible pour l'art sérieux.
Pendant toute les répétitions, loin de refuser 1 conseils, elle sollicitait ceux du directeur, de l'auteu de ses camarades, de ses amis intimes, de tout moni enfin.
Elle arrivait tous les jours la première. Cinq m nutes avant l'heure fixée, on pouvait voir son cou s'arrêter boulevard Bonne -Nouvelle. L'excelk M. Derval lui ayant fait observer que le coupé n'éi pas le fait d'une comédienne sérieuse, elle renonça . coupé et n'arriva plus aux répétitions qu'en fiaci Un jour même on la vit arriver en omnibus.
La femme capable de pareils sacrifices peut prétend à tout !
Pour moi, je n'hésiie pas à déclarer qu'on a trou- M"'' Regnault plus jolie que jamais dans ses toilett d'une si piquante simplicité.
— I .e jour où elle voudra gouverner la maison d'u célibataire!... disait à côté de moi un membre d Jockey, elle n'a qu'à m'envoyer l'adresse de son burea de placement.
Le tapissier de M. Montigny a eu l'occasion de î distinguer dans la salle à manger du second acte qu avec ses grands buffets vitrés, sa glace sans tain à tr; vers laquelle on aperçoit la maison d'en face, ses drei soirs et sa grande suspension, rappelle bien exactemei les salles à manger des bonnes maisons bourgeoises.
ERXAM.
i3 fcvricr.
M. Escudier est décidément un directeur avisé.
Voyant Hernani faire salle comble à la Co médit Française, il s'est dit que le moment était revenu d^ reprendre Y Eniani de Verdi à TOpéra italien.
Il a pensé sans doute que les spectateurs, gens trèspsrficiels à Paris, feraient aisément confusion entre ; deux Hernani (avec ou sans H).
Cette supposition est d'autant plus logique que les médiens de la rue, Richelieu ont, pour la plupart, labitude de chanter les vers du maître et qu'en les outant on n'est jamais bien sûr de ne pas se trouver m s un théâtre lyrique.
Tout le monde connaît la profonde aversion de
ictor Hugo pour les adaptations de ses pièces en
péras. Le poète a même dû bien souffrir, car il est
z\i d'auteurs dont les œuvres aient été, aussi souvent
ue les siennes, assaisonnées à la mode de Scribe et
ansformées en drames lyriques.
Dernièrement encore, on se rappelle avec quel en-
rain il refusa l'autorisation nécessaire à M. Vizentini
'our donner au Lyrique une traduction de la. Liicre^ia
-iorgia de Donizetti. Il est vrai qu'on aurait pu passer
)utre; mais il aurait fallu pour cela changer les noms
les personnages historiques de la pièce et leur en
ionner d'autres tels que Durand, Beaucanard, Du-
3ont, etc. Le titre même aurait disparu pour faire
3lace à quelque chose comme ceci :
AMELIE VERDURET
OJ LKS SUITES