PREMIÈRE PARTIE
Alillaud embêté par Hennequin.
On sait que l'auteur des Trois Chapeaux d. élevé k quiproquo à la hauteur d'une institution. A ses yeux, le premier devoir d'une situation théâtrale, c'est d'être embrouillée. Si vous lui parlez de la Closerie det Genêts^ par exemple, le drame le plus compliqué du répertoire, il vous dira très-sérieusement que cela pèche par la simplicité.
Aussi, toutes les fois que Millaud lui apportait une situation, une scène quelconque, Hennequin lui répondait :
— Cela n'est pas assez corsé.
— Comment ?
FEVRIER. i)7
I . ^— — Mais certainement. Voilà une femme qui se ouve en présence de son mari, et elle croit que c'est m mari ? Vous n'y pensez pas !
Alors Hennequin. corsait, embrouillait, compliuait, si bien que Millaud n'y voyait plus que du
iU.
Quand il s'agissait de travailler, d'écrirCj le pauvre ,arçon perdait la piste de ses personnages, ne savait lus s'il écrivait telle scène pour Baron ou pour Judic, die autre pour Aline Duval ou pour Dupuis. Il finit lors par prendre une résolution héroïque. Il entra hez un papetier et s'y rendit acquéreur d'une forte )OÎte de pains à cacheter multicolores.
Rentré chez lui il prit quatre pains à cacheter, de ouleurs différentes.
Sur le pain à cacheter rose, il écrivit le nom de udic, sur le vert celui de Dupuis, sur le bleu celui i^Aline Duval et sur le blanc celui de Baron.
« Ici, se dit-il, je fais entrer Judic ! »
En avant le pain à cacheter rose.
— Ici, c'est au tour de Baron!
En avant le pain à cacheter blanc.
— Ici, Baron disparaît derrière un paravent et cède la place à Dupuis.
Le pain à cacheter blanc est remplacé par le pain à cacheter vert.
Quand il eut usé sa boîte de pains à cacheter, h pièce était à peu près terminée.
Je dis c( à peu près » — car les ouvrages de ce genre s'achèvent surtout, après la lecture, aux répétitions nêmes.
Cette lecture et ces répétitions pourraient former la leconde partie de ï Histoire de Niniche.