SECONDE PARTIE
Les auteurs embêtés par les acteurs.
Aux Variétés, d'abord, il est bien rare que la lectur d'une pièce fasse un effet complètement bon.
Neuf fois sur dix, Dupuis n'est pas content de so rôle.
Après la lecture de Ninîche, Dupuis déclara, non seulement — selon la coutume — qu'il n'était pas con tent, mais il refusa d'abord totalement de se charger di personnage de Grégoire.
Baron affirmait que son diplomate polonais étai « une vraie panne. »
Seul, Lassouche était enchanté.
Eh bien ! par suite des remaniements successifs subi par le nouveau vaudeville, il s^est produit ceci :
A la répétition générale, Dupuis était content di son rôle;
Baron était ravi du sien;
Seul, Lassouche se plaignait.
Quelqu'un qui n'est pas fâché d'être enfin délivre .de Niniche, c'est M. Bonnesœur, le régisseur des Variétés.
J'ai dit que Dupuis a commencé par refuser de jouer.
Aussi, pendant la première quinzaine, M. Bonnesœur a-t-il dû remplacer Dupuis aux répétitions.
Pendant la seconde, Judic étant allée à Monaco, k même Bonnesœur a joué et chanté le rôle de la diva.
C'était bien de la besogne pour un régisseur seul.
Les changements considérables opérés depuis le jour de la lecture jusqu'à la veille de la première ont forcé les auteurs à laisser en route les rôles de Germain, de Léonce, de Cooper et... ce qui est plus grave... celui d'Hamburger.
îamburger jouait un jockey dans le troisième acte, q se passait aux courses.
)ii me raconte que le jour où son rôle a été supi, il a dit aux auteurs d'un ton vraiment lamen-
- Je serai donc toujours un artiste incompris ! /rès-brillante salle, cela va sans dire, et très-animée.
( se demande avant le lever du rideau :
- Y aura-t-il beaucoup de portes?
.1. Hennequin a, comme auteur dramatique, la réput on de ne pas pouvoir se passer de portes. 1 le sait et s'en montre un peu embarrassé.
- Quand un de mes actes se joue dans un salon, ( -il en riant, il faut donc que je supprime les portes < que je fasse entrer et sortir mes personnages par des 1 ppes ?
En attendant, dans le premier acte de Niniche^ aux ins de Trouville, M. Hennequin a remplacé les por-
1 par des cabines.
Il y en a de toute espèce et de toutes grandeurs : Canes ordinaires; cabines roulantes, cabines de maître igneur, puis la tente élégante de la comtesse Korska, autrement dit : Niniche.
Au troisième acte, qui se passe sur un palier d'hôtel, . Hennequin s'est rattrapé complètement : trois )rtes à droite, trois à gauche et une double porte au nd.
On a pris la précaution de les numéroter. Niniche, c'est Judic :
Sa première entrée en peignoir de flanelle est origi-
ile et gracieuse.
D'ailleurs, tout le monde — dans ce premier acte •—
3US montre, plus ou moins, ses avantages naturels
>us le costume collant du bain.
Judic est en costume de bain quand elle ôte son
dgnoir pour recevoir une douche.
Dupuis, qui administre la douche, est en costu de maître baigneur.
Aline Duval est en costume de bain, Daniel Bac ( en costume de bain !
Vous comprenez que cela ne manque pas de charme . Baron, en sa qualité de diplomate polonais, échap seul au maillot. Il est, pendant ces trois actes, voué l'habit noir. Un habit noir constellé de décoration de croix, de plaques, de grands et de petits cordon On dirait qu'il promène, sur sa poitrine, une vitrii de marchand de décorations du Palais-Royal. Pc accuser le côté fantaisiste de sa diplomatie, Baj^on du reste, eu l'excellente idée de se mettre un pantak d'un rose très-clair, et ce pantalon seul suffit poi laisser comprendre au public que le diplomate com Korniski n'a jamais été reçu par notre ministre d affaires étrangères.
Un autre pantalon abracadabrant, fantastique, ii sensé; c'est le pantalon de Lassouche : un carreau q n'est pas un carreau, des raies qui ne sont pas des raie un mélange de couleurs incroyable, des zigzags impc sibles, quelque chose dindescriptible enfin.
En entrant aux Variétés, M. Lassouche semb avoir renoncé aux rôles de domestique qui ont fait fortune. Il joue les gommeux maintenant. Fleur d'é! gance, il lance les modes nouvelles et donne le ton ai tailleurs en vogue.
On a fait un succès énorme à son pantalon, on i acclamé par deux salves d'applaudissements^ j'ai vu moment où on allait le bisser.
FÉVRIER. 6l