PLAISIRS DES PREMIERES
i8 mars.
Au lendemain d'une grande première, qui a excité irmi les Parisiens une véritable émulation d'engoueent, il me semble intéressant d'examiner de sang- 3id les plaisirs variés qui attendent, dans ces soirées lennelles, les spectateurs que le devoir professionnel V appelle pas.
Il est bien entendu que je ne m^occupe pas de ceux ixquels la direction adresse un service, ni même des irasites qui trouvent toujours le moyen de se faufiler msces petites fêtes. Ceux-là, du moins, trouvent une )mpensation relative aux ennuis de toute sorte auxleis ils s'exposent par ce fait seul qu'ils n'ont pas eu payer leur place.
Mais les autres ?
Tâchons d'énumérer une faible partie des tribulations axquelles ils s'exposent avec tant d'empressement.
Pour assister à une première sérieuse, il faut :
Payer 90 francs une place qu'on paie cent sous les )irs ordinaires.
Risquer de trouver sa place occupée.
Dans ce cas, quand on s'adresse au contrôle, on s'atre invariablement cette réponse :
— Oui, monsieur, il y a un double emploi, mais ce 'est pas la faute du théâtre, c'est la faute de l'agence.
De sorte qu'il ne vous reste pour unique satisfaction u'à passer la soirée dans le couloir, sur les genoux
une ouvreuse.
04 LES SOIRiÉES PARISIENNES.
Aller au théâtre, sans savoir si l'on passera ou n une soirée amusante, alors qu'il serait si simple d' tendre vingt-quatre heures pour être fixé sur la vah delà pièce.
Dissimuler ses impressions avec une extrême p: dence.
Eviter de s'écrier :
— Mon Dieu, que cette pièce m'embête !
Pour ne pas recevoir un soufflet d'un voisin ami la direction ou des auteurs.
Ne pas dire davantage :
— Mon Dieu, que cette pièce est charmante ! Pour ne pas s'attirer une affaire avec un directe
concurrent qui n'admet pas qu'on joue de jolies piè ailleurs que chez lui.
Se résigner à ne jamais entendre le premier a d'une pièce, à cause du vacarme exceptionnel que f les retardataires, toujours plus nombreux ces jours-
Être certain, même dans des pièces excellentes, à valer des passages ennuyeux qui vous font bàillei qu'on coupe dès le lendemain.
Subir une interprétation généralement inférieur celle des jours suivants.
Il est vrai qu'on s'en console en disant :
Ce diable de D..., il ne sait Jamais son rôle les ^ de première !
Ah î la pauvre Z... ! est-elle assez miuivaise ! quel
vjUe a! elle est toujours ainsi les soirs de première !
- X... ne s'est pas encore bien assis dans son rôle...
- is vous verrez ça dans un mois.
V^oir Sarcey se ronger les ongles.
Vu lieu d'assister à une représentation normale, qui 1 !t avant minuit, ne s'en aller qu'à ur:e heure ou ( ax du matin.
Lutter, se bousculer, se disputer pour ravoir les Drceaux de son pardessus, que l'ouvreuse, vu l'enmbrement, a entassé avec des tabourets, des petits ncs, et des parapluies mouillés; bien heureux encore à la place de votre fourrure, on ne vous lend pas un ster de dix-neuf francs cinquante.
Eprouver le dégoût de voir, à la sortie, un monsieur n a passé la soirée à débiner la pPlèce, se jeter dans les 'as'de l'auteur en s'écriant :
— Ah! mon vieux, quel chef-d'œuvre !
rOb LES SOIREES PARISIENNES.
19 mai
Au Théâtre-Italien clôture des représentations c ractéristiques de M"^ Marie Dumas.
Malgré l'attrait et la variété du programme, je coi latede nombreux vides.
Par bonheur, dès qu'une pièce est terminée, artistes qui l'interprètent passent de la scène dans salle et c'est ainsi que vers la fin de la soirée les fa teuils d'orchestre sont presque tous occupés.
Il ne se donne plus aujourd'hui de représentati extraordinaire sans le concours de notre confn M. Henri de la Pommeraye.
La soirée commence donc par une causerie de l'ir puisable conférencier qui résume en quelques me les efforts tentés par M"^ Marie Dumas pendant saison qui vient de s'écouler.
Puis, après une pièce inédite, les Amours de His Life, fort bien jouée par M^''^* Antonine et Ma: Dumas, vient l'intermède dans lequel M'"*" Engally Remenyi obtiennent un vif succès.
Le célèbre violoniste hongrois est rappelé trois f( par un public enthousiaste.
Viennent ensuite les deux premiers actes des F cheux, dans lesquels Coquelin aîné révèle des talei de danseur et de chanteur, que je ne lui connaiss; pas. Enfin, la soirée se termine par la première repi sentation de Masques et Bouffons, folie-coméd d'après l'ancienne comédie italienne.
En somme, représentation très-intéressante qui r malheureusement pas eu, au point de vue de la rece du moins, tout le succès qu'elle méritait.
La seconde représentation de Balsamo ayant c passablement houleuse, de nombreuses protestatio
i accueilli certains passages violents de la pièce,
is retourné à l'Odéon ce soir, trouve une salle splendide, très-calme et très-
tive. Dans les coulisses, on paraît certain que les
Jents tumultueux de la veille ne se renouvelleront
s. On en est même tellement sûr, que l'on fête fort
iement, dans la loge de Léonide Leblanc, le succès
la du Barry.
Et, en effet, grâce à quelques coupures adroites, Ace à l'atténuation de certaines scènes qui avaient ru trop vives, la représentation a fort bien marché, désormais tout prétexte à manifestation politique mble avoir disparu.
Quand je dis tout prétexte, j'en excepte, bien enndu, l'apparition de Marat autour de laquelle les lères d'une partie de la salle continuent à se déchaî- ^r. Le malentendu de la première représentation et : la seconde, persiste. Quand la toile tombe sur le )m de Marat lancé par le vétérinaire des écuries Artois, quelques spectateurs applaudissent le décor l'effet d'ensemble du tableau de la place Louis XV. e n'est donc pas Marat qu'on acclame et cependant issitôt des chuts et des sifflets partent de toutes parts l'orage se déchaîne. Mais l'orage de ce soir n'est a'un tout petit orage et les sifflets sont timides. Ceendant il est bien probable que l'on continuera à luter Marat tant que Balsamo se jouera. Un homme bien étonné de s'entendre dire qu'il a it de la politique dans sa pièce, c'est Dumas. Dumas voulu esquisser à grands traits un tableau de la jciété française, vers la fin du règne de Louis XV ; n'a jamais songé à être agréable ou désagréable à n parti politique quelconque et quand on lui soutient 2 contraire, il s'écrie :
— J'ai donc fait de la politique sans le savoir ! Quant à M. Duquesnel, l'incident Marat lui a rap-
pelé un souvenir de son enfance, qui a plus d' rapport avec ce qui se passe aujourd'hui.
C'était aux environs de Compiègne. Un montre de Passion était venu installer sa baraque dans village, et le petit Duquesnel y était allé avec bonne.
Il admirait les poupées qui se mouvaient comme petits hommes, quand tout à coup un bouvier, fort gars, se mit à brandir son gourdin en s'écriant :
— Judas, c'était un misérable, c'est lui qui a ven notre Dieu !
Et en même temps il fit pleuvoir sur le Judas question une grêle de coups de gourdin.
— Ne tapez donc pas, criait vainement le patron la baraque, vous allez m'abîmer mon Judas, un Jud en bois tout neuf, fait de ce matin seulement.
Le bouvier ne voulut rien entendre.
— C'est lui qui a vendu notre Dieu ! criait-il te jours.
Et il finit par casser un bras et une jambe au Jud tout neuf, fait du matin.
Le petit Duquesnel remarqua même que le jan^ des Oliviers reçut pas mal d'atouts.
Or, il se rappelle aujourd'hui cette histoire de s» enfance et il voudrait bien que le public ne se coi portât pas vis-à-vis de son Marat comme le bouvi vis-à-vis du Judas du montreur de marionnettes.
On comprend qu'il tienne à son jardin des Olivi. étant donné une location splendide et une rec^ comme celle de ce soir : 7,500 francs !
MARS. lu