‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884Chapitre 44 sur 112 · LE TRIOMPHE DE LA PAIX · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DE LA PAIX

17 avril.

En donnant sa première audition en habit noir ui Jeudi-Saint, le nouveau directeur du nouveau Théâtr lyrique semble confesser que ces sortes de solennité n'auront jamais rien de folâtre.

Ces auditions sont imposées à M. Escudier par soi cahier des charges: il s'exécute et voilà tout.

Du moins cherche-t-il autant que possible, à n nous faire entendre que des œuvres d'hommes de ta lent tels que les auteurs du Triomphe de la Paix Mes lecteurs connaissent M. Parodi, le poète tragiqu ào, Rome vaincue; c'est sur ses strophes éloquentes e émues que M. Samuel David a composé son ode-sym phonie. Ce jeune compositeur, assez apprécié dans 1 monde des musiciens, n'a eu jusqu'à présent que rare ment l'occasion de se faire jouer au théâtre. On com prend qu'il ait saisi avec empressement la perche d l'audition en habit noir.

11 n'y en avait pas que sur la scène, des habii noirs.

Dans la salle, on avait scrupuleusement tenu compi de l'avis du coupon de service :

c( Une toilette de soirée est de rigueur. »

Et cependant, ces coupons ne peuvent être qu provisoires, puisqu'ils portent encore la mention « Théâtre-Italien », alors qu'ils nous sont délivrés p la direction du Théâtre-Lyrique.

Je suppose d'ailleurs que cette double direction, cctt exploitation de deux genres différents dans une seul et même salle, sera cause — dans les premiers temp — de plus d'une méprise.

Déji tout à rh'ure j'ai entendu près de moi u-

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)nsieur à l'air candide, un bon bourgeois venu avec billet de faveur, qui s'écriait après la première i ;tie :

— Je n'étais jamais venu à ce théâtre, mais je ne < «yais pas que je comprendrais l'italien avec autant de 1 ilité !

Etant donnée une audition en habit noir, j'aurais ^ jIu tout au moins qu'elle eût un double résultat.

Fout en facilitant à des musiciens nouveaux le ] )yen de se faire entendre et juger par des critiques ] ignés, elle pouvait servir à MM. les tailleurs de ■ ris pour exhiber les coupes les plus correctes ou les ] is originales du vêtement de gala.

De cette façon, si l'on n'était parvenu à attirer les ( ^ttanti, on eût été certain d'attirer les élégants qui, 1 ivant les symphonies et les odes, seraient venus étu- ( ;r les nouvelles modes masculines.

Mais, hélas ! il a suffi d'un simple coup d'œil sur 1 estrades de la scène pour voir que ce n'est pas ainsi ( e M. Escudier a compris les auditions en habit noir.

Les malheureux choristes ordinaires du Théâtie- ] lien, qui nous ont déjà donné quelques distractions 1 sque nous les avons vus en grands seigneurs d'épotde pays divers, ne sont pas non plus précisément . .ypes accomplis d'élégance moderne. Ce soir, ils j raient des habits dont la coupe était aussi fantaisiste ( e variée : plus d'un de ces vêtements aux reflets vert res datait certainement d^un mariage ou d'une pre- 1 ère communion sous le règne de Louis-Philippe.

Vus d'ensemble, ces braves gens offraient assez { ictement le gracieux et souriant tableau d'un groupe c porteurs des Pompes funèbres.

La chaussure était à l'avenant : le godillot rempla- ( t la botte vernie.

Le compositeur du Triomphe de la Paix, bien que t s-fatigué par les répétitions de sa symphonie, a tenu

à diriger en personne l'orchestre du nouveau Théâtr Lyrique. Ambition bien excusable chez un musicic qui attend son tour — et quel tour I — depuis ui vingtaine d'années!

Malgré, ou peut-être à cause de l'énergie fébrile av laquelle il conduisait, M. Samuel David semblait bout de forces à la fin de Taudition.

Sous le vestibule, à la sortie, je surprends un échan. de poignées Je mains entre deux diplomates :

Un Russe et un Anglais.

Le voilà, le vrai triomphe de la paix.

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