UNE SOIREE AUX QUAT’Z’ARTS
Ce soir de fin decembre 1896, un homme have, grelottant dans une redingote elimee, descendait la rue Lepic, dont Ie vent rude eteignait a demi Ies papillons de lumiere, toumait a la hauteur de la malodorante rue Coustou et gagnait le boulevard de Clichy, au terre-plein durci par le gel. Toute la misere du monde etait en lui. Faute d’argent, il etait sans nourriture depuis la veille, et la peur le prenait de sombrer tout a coup, avant l’effort d’ou lui viendrait, peutetre, son salut.
A la hauteur du cabaret des Quat' z Arts il s’arreta, rassembla son energie, s’effor^a d’oublier la faim qui le tenaillait et, traversant la chaussee, s’immobilisa contre la taverne ou, sur une affiche calligraphiee, les passants pouvaient lire :