ASSAINISSEMENT DES SOLS A ALCALI
Par lessivage et drainage souterrain.—Puisque, ainsi que nous l’avons fait voir, la formation ou la présence de l’alcali provient de l'insuffisance de la chute de pluie, il s’ensuit naturellement qu’un lavage foncier du sol serait un moyen effectif de faire disparaître les sels solubles nuisibles. De tous les moyens correctifs c’est celui qui donne les résultats les plus satisfaisants et les plus permanents. Les terrains à alcali se rencontrent en général dans des régions où l'irrigation est le moyen par lequel on procure l’eau nécesaire aux plantes cultivées. On peut employer cette eau pour dissoudre et emporter l’alcali. Toutefois, si l’égouttement naturel du sol n’est pas bon, il faut, avant d’inonder par l'irrigation, construire un système acéquat de drainage souterrain. Si les terrains sont fortement imprégnés d’alcali avec sous-sol dur, imperméable, sans drainage souterrain, l’irrigation empire le mal. Si on les inonde, on pourra remédier temporairement à l’état de choses; l’alcali étant emporté par l’eau au dessous de la zone occupée au commencement de la saison par les racines des plantes cultivées; mais, à mesure que l’eau s’évapore (elle ne peut s'échapper par le bas), lalcali est ramené à la surface par l'effet de la capillarité. Si l’eau est descendue dans des couches du sol qui contiennent beaucoup d’alcali, alors le sol superficiel deviendra par l'effet de l’évaporation, plus chargé d’alcali: ear il sera maintenant imprégné de sels qui étaient auparavant distribués dans une épaisseur probablement de 3 à 5 pieds. C’est ce qu’on appelle la “ montée de l’alcali ”, laquelle est un résultat direct de l'irrigation ou de l’irondation pratiquée sans jugement. C’est la “ montée de l’alcali ” par cette cause, qui aux Etats-Unis a ruiné de vastes étendues de terrain précédemment cultivables et fertiles.
Liée de près à ce sujet est l'irrigation des pentes plus ou moins fortes. Il faut p pourvoir à l’écoulement des eaux de filtration et de drainage, qui autrement inonderaient les terrains plus bas et les bas-fonds, y causant de grands dommages soit en faisant hausser la nappe d’eau souterraine de sorte que les racines des plantes cultivées seraient “ noyées ”, soit en faisant accumuler l’alcali. J’ai examiné plusieurs étendues de terrain auxquelles ces infiltrations ont sérieusement nui de l’une ou Vautre de ces manières—assez souvent des deux manières à la fois—et qui il y a seulement quelques années produisaient d’excellentes récoltes. Il peut sembler étrange à ceux qui n’ont pas réfléchi sur le sujet, que l’alcali puisse apparaître dans ces basfonds où avant l'irrigation il n’y avait aucun signe d’alcali ni dans le sol des pentes au-dessus ni dans celui de ces bas-fonds; mais il faut se rappeler que dans une contrée semi-aride il y a toujours dans le sol plus xu moins de matière minérale (des sels) que l’eau pent dissoudre et amener à la surface. Cette mr'‘ère minérale au bout de quelques saisons, s’accumule et en se concentrant peut : ir nuisible; elle peut même ruiner tout à fait le sol sur les étendues plates ou, :s, à moins qu’on n’ait pourvu aussi à l’écoulement des eaux. Les drains à ciel ouvert sont utiles; mais les drains en poterie sont beaucoup plus effectifs.
Traitement de l’alcali noir.—Il y a quelques années, le professeur Hilgard, directeur de la Station expérimentale de la Californie, a fait remarquer que l’application du plâtre à amendement (gypse moulu) au sol imprégné d’alcali noir convertit le carbonate de soude, qui est corrosif, en sulfate de soude, qui est lc constituant prin cipal de l’alcali blanc et, comme nous l’avons vu, est un sel moins nuisible aux végétaux. Cette suggestion a été de la plus grande utilité aux Etats-Unis; car elle a mis à même d’assainir entièrement et à peu de frais de vastes étendues de terrain inutile. S'il ne se trouve que de faibles quantités de carbonate de soude, on peut rendre le
sol cultivable par une simple application de plâtre à amendement; mais ensuite, dans la plupart des cas,avant que le sol soit en état de porter récolte, il sera nécessaire, commo nous l’avons décrit plus haut, de faire dissoudre et emporter par l’eau le sulfate ainsi produit. Pour pouvoir calculer la quantité de plâtre à employer afin de convertir tout le carbonate en sulfate, il faut d’abord par une analyse, déterminer la quantité de carbonate présente dans le s0l—elle peut varier entre plusieurs quintaux et plusieurs tonnes par acre. Toutefois, comme l’a fait remarquer Hilgard, “il nest pas ordinairement nécessaire d’ajouter la quantité tout entière à la fois; il suffit d'en appliquer assez pour neutraliser (convertir en sulfate) le carbonate de soude près de la surface et de laisser assez de temps pour que l’effet se produise ”,
Je dois ajouter un mot concernant l’effet bienfaisant du plâtre à amendement sur la texture du sol à alcali noir. On voit une amélioration presque immédiate. “Les mares et les taches noirâtres, dit Hilgard, disparaissent, parce que le gypse rend l’humus dissous insoluble et ainsi le restitue au 8. Le sol cesse bientôt d’être compacte et dur; il s’émiette, il foisonne en formant une masse meuble, qui se laisse facilement pénétrer per l’eau, et les dépressions au-dessous du niveau général de la surface disparaissent. Dans ce sol ainsi assaini, les semences germent ct les vlantes croissent sans peinc; ensuite, comme l’alcali n'avait guère affecté que la couche superficielle, il vaut ordinairement mieux recouvrir le plâtre par un simple hersage et lo laisser emporter plus profondément par Veau; les phosphates solubles présents en solution sont décomposés de manière à retenir dans le sol les phosphates terreux finement divisés, mais moins solubles.” Le drainage, qui est en général extrêmement difficile dans les sols à aleali noir, devient possible après qu’on a appliqué du gypse. Un excès de gypse ne peut point faire de mal; en effet, on peut le considérer comme une matière fertilisante d’une certaine valeur: mais naturellement il ne peut avoir aucune utilité dans des sols imprégnés d’alcali blanc.
Elimination de l’alcali à la surface du sol.—Si, comme c’est fréquemment le cas, il se treuve de l’alcali dans des taches de peu d’étendue et que l’on ne puisse inonder ni drainer, on peut enlever l’a'cali en tout ou en partie par l’emploi d’un râcloi. à cheval ou d’une machine semblable. Il suffit ordinairement d'enlever trois à six pouces du sol superficiel et, ainsi que l’a fait remarquer Hilgard, “cette perte est de peu d’importance dans les sols profonds des régions arides SE
Conservation de l'humidité du sol.—Toutes les méthodes de culture qui tendent à empêcher l’évaporation à la surface, sont utiles, et il est bon de les pratiquer dans les sols à alcali; car il faut toujours se rappeler que c’est cette évaporation qui cause l'accumulation de l’alcali à la surface ou près de la surface.
De fréquents houages interrompent la continuité de la masse du 80], ce qui arrête l’action capillaire et par suite l’évaporation. Dans beaucoup de cas d’alcali blanc, lorsque la proportion 1e sels est faible, les houages peuvent être suffisants, et on peut alors semer des plantes-racines ou d’autres plantes sarclées qui permettront de maintenir continuelle: «ent le sol superficiel à l’état de : rudre sèche, celui-ci faisant alors l'office de paillis.
On a employé, pour empêcher l’évaporation, des paillis de diverses matières, telles que de la paille, du fumier, ete.; mais on ne les a pas trouvés aussi effectifs que les houages, quoiqu’ils puissent être utiles dans les vergers et les plantations d’arbustes fruitiers.
L'ombre que donnent les plantes cultivées à feuillage épais, telles que les erbres fruitiers, la luzerne, etc., suffit souvent pour empêcher la montée de l’alcali causée par l’évaporation; mais, naturellement, elle a davantage d'effet là où la quantité d’alcali est très faible—probablement pas discernable—que dans les sels qui en sont Ti très chargés.
Outre les houages il faut donner des labours profonds—très profonds. La masse u’ alcali est déjà à la surface; c’est pourquoi, l’enfouissement du sol superficiel, qui sera ainsi mélangé avec le sol au-dessous, lequel est relativement moins chargé, suffira sans doute souvent pour produire un sol où croîtront les plantes cultivées ordinaires.
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Ce travail profond, cela va sans dire, devra être suivi par des houages fréquents et assez profonds afin d'empêcher l’alcali de monter ensuite : iwvrface, ITilgard dit à ce sujet: “ Quoi qu'on fasse d'autre pour l'assainissement, cest un travail profond et des houages fonciers qu'il faut considérer comme les facteurs lez plus essentiels pour maintenir les terains à alcali en état de produire ”,
Application du fumier—On a trouvé de grande utilité pour les taches d’alcali d'appliquer à plusieurs reprises d’épaisses couches de fumier—plus particulièrement de fumier de cheval. Ce traitement est souvent parfaitement eflectif pour assainir te sol en deux ou trois saisons, et nous pouvons en recommander l'essai avec confiance dans les cas où la proportion d’alcali est peu élevée.
L'action bienfaisante du fumier peut s'exercer de trois manières diflérentes: En premier lieu, comme fournissant de la nourriture immédiatement utilistble par la jeune plante. Ainsi, tandis que les radicelies sont le plus tendres et le plus délicates, elles trouvent à leur portée la nourriture qu’il leur faut, et elles profitent, deviennent fortes et vigoureuses de manière à pouvoir ensuite résister À une certaine quantité d’alcali. En second lieu, le mélange du fumier avec le sol ne peut qu’améliorer considérablement la texture physique du sol, le rendant plus meuble et perméable à l’eau et à l’air—de fait, le rendant de plusieurs manières un milieu plus favorable au tâveloppement des racines. Et, en dernier lieu, l’action de la capillarité ne pouvant plus s'exercer dans le sol superficiel, celui-ci fait en partie l'effet d’une couche de paillis et contribue dans une très grande mesure à empêcher l’accumulation de l’aleali,
Chaulage pour l’alcali magnésien.—On trouve parfois de l’aleali qui consiste en grande partie, ou presque entièrement en sulfate de magnésie (sel d'Epsom), quoiqu'il n’y ait pas entière absence de sels de soude, On peut corriger cette espèce d'* aleali ” par un chaulage ou un marnage, suivi de drainage et d'irrigation. Quelques expériences que j'ai faites il y a quelques années ont fait voir très clairement l’effet bienfaisant qu'a sur les plantes le mélange de chaux où de marne avec le sol: la réaction chimique qui a lieu, est la conversion du sulfate de magnésie, qui est nuisible, en un composé de magnésie inerte, en même temps qu’il se forme du sulfate de “haux ou gypse.
Avant de faire aucune application de chaux, il est important de savoir quelle est la nature de l’alcali présent; sinon les résultats pourraient être désastreux. Si l’on ajoutait de la chaux à des sols qui contiennent davantage que des traces de sulfate ou de carbonate de soude (alcali “ blanc ” et alcali “ noir ”), il se formerait des quantités appréciables de soude caustique, composé qui est des plus corrosifs et qui est extrêmement nuisible aux plantes. En terminant cette discussion des remèdes, je suis amené à dire un mot concernant l’impression générale parmi les cultivateurs dans les districts où il existe de lalcali, qu’il y a ou devrait y avoir quelque composé chimique dont l'application à l’alcali blanc que l’on rencon : communément, * tuerait” ou neutraliserait les sels nuisibles. Tel n’est point le *. Ainsi que nous l'avons déjà dit, le seul moyen de faire disparaître l’alcali est de le faire dissoudre dans de l’eau que l’on fait ensuite écouler.