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CHAPITRE XIV

L'eau du soi et la forêt

94. Généralités. — Toutes les plantes, pour vivre et mürir leurs graines, ont besoin de quantités très variables d’eau qu’elles tirent exclusivement du sol.

La forêt est une grande consommatrice d’eau et c’est un axiome forestier qu’un sol profond, bien pourvu d’eau, porte, si le climat s’y prête, d’abondantes récoltes ligneuses, lors même qu’il serait très pauvre en éléments nutritifs. Dans ce cas, au lieu de pourvoir à l'alimentation d’arbres très exigeants, de feuillus à grande consommalion, il supportera soit des peuplements feuillus à faible consommation, soit des massifs constitués par les résineux les plus sobres qui pourront, avec une solution minérale extrêmement diluée — mais abondante — fabriquer annuellement par hectare parfois 8 et même 10 mètres cubes de bois.

La répartition des forêts sur le globe est essentiellement réglée par l'intensité et la distribution des pluies (*). Quand la tranche pluviale tombe au-dessous de 80 centimètres, par exemple, la végétation forestière en massif n’est plus possible ; elle est, au contraire, d’autant plus luxuriante que les précipitations sont plus abondantes (?).

1. Voir à cet égard les ouvrages de géographie botanique, notamment celui de ScmimPEr (P/lansengeographie), où la comparaison entre la carte F, représentant la distribution annuelle des pluies sur le globe, et la carte IT, montrant la répartition des principaux types de formations (forêts, steppes, déserts, etc.), est particulièrement démonstrative,

2. Toujours en admettant que les autres facteurs (surtout la radiation et l'aliment) soient suffisants, « L'Amérique du Sud, abondamment arrosée dans presque toute son étendue, est, de tous les continents, le plus riche en forêts, » (Érisée Reczus.) Sur les trois quarts de sa surface elle reçoit une tranche pluviale variant de 1",30 à‘3 mètres d'épaisseur et la région sud-ouest du Chili (île Ghiloe,- Valdivia) où il tombe jusqu’à 3°,30 de pluie, est célèbre par la splendeur de sa végétation forestière,

La Russie d'Europe, en raison de son étendue et de la plalitude de son relief (qui supprime les différences de température tenant à l’altitude ['}), est une des régions du globe où l'influence de la pluie sur la distribution des forêts se fait le mieux sentir. Dans la Russie septentrionale, au nord de la ligne droite passant par Kiev et Kazan (°), les forêts occupent des surfaces allant de 25 °{, jusqu’à &5 °/, de la superficie totale des divers gouvernements. Leur étendue diminue avec la pluviosité, à mesure qu’on descend vers le sud. A la zone des forêts succède celle des steppes où la tranche pluviale oscille entre 37 et 47 centimètres; elle permet une riche végétation herbacée ; mais la végétation forestière n’est plus possible.

Les steppes sont caractérisées par l'absence presque complète de forêts et la présence d’une abondante végétation herbacée (Stipa pennata, Festuca ovina, Kæhieria crislata, etc.) avec quelques arbrisseaux disséminés. Leur sol est surtout formé par la ferre noire (tchernozem). Si l’on traverse la Russie du sud au nord, on constate que les arbres deviennent de plus en plus nombreux jusqu’à ce qu’on arrive à la zone des ‘orêts.

À quoi tient cette absence de végétation ligneuse dans la steppe? L’explication la plus généralement admise est celle-ci (°) que nous donnons parce qu’elle montre bien que la végétation forestière dépend tout d’abord de la quantité et de la répartition de l’eau dans le sol, sujet dont il est question en ce moment et, ensuite, de la nature du sol.

1. Le point culminant du plateau de Valdaï d'où sortent les plus grands fleuves de la Russie n'est qu'à 351 mètres au-dessus du niveau de la mer. ‘

2. À Kazan, il y a quatre-vingt-dix jours de pluie avec une tranche pluviale de 330 millimètres.

3. C'est la théorie énoncée par Worikor, Wuirney et KosTyTcRErr et adoptée par RAmANN, ScaimPer et la plupart des auteurs. TANFILIEr reconnaît aussi l'influence de la diminution des pluies et de l'augmentation de l’évaporation à mesure qu'on avance vers le sud-est, mais il attribue une action prépondérante à l'excès de sels du sol insuffisamment lavés par les trop rares pluies. « Les jeunes plants forestiers, dit-il, peuvent prospérer tant que leurs racines restent dans les couches supérieures qui ont subi la lixiviation ; mais ils dépérissent lorsqu'ils sont obligés d'enfoncer leurs racines plus profondément dans la zone non lessivée par les pluies. » (Bodenkunde, par D' E. Ramann. Berlin, J. Springer, 1905, p. 415.)

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