‹ Les sols forestiersChapitre 111 sur 180 · A ES · texte numérisé non relu

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Les sols des steppes russes ont une grande faculté d’imbibition (les terres noires retiennent une forte proportion d’eau [6 à 12 °/,] avec une telle énergie, que les plantes sont incapables de l'utiliser).

Pendant la saison froide, les sols se saturent et se couvrent d’une luxuriante végétation herbacée de printemps qui épuise la provision d’eau. Les rares pluies d’été ne peuvent pénétrer que fort peu dans le sol, vu sa grande faculté d’imbibition ; elles s’évaporent, inutilisées, à sa surface.

Les racines superficielles des graminées trouvent au printemps dans le sol de la steppe une humidité suffisante ; mais ce sol, dans les couches profondes où circulent les racines des arbres, est trop sec pour que la forêt puisse se constituer spontanément.

Le sol du tchernozem consiste en éléments minéraux à grain très fin mélangés à des matières organiques abondantes (4-15 °/,). Chaque fois que le sol a cette composition permettant la rétention complète de la mince lame pluviale, on voit la steppe. Quand le sol est sableux, graveleux, formé de grains plus grossiers facilitant l’infiltration, arrive la forêt. On a donc ici un très bel exemple de l'influence de la pluie et de celle du sol sur la répartition des forêts. L’abondance des précipitations la règle en grand; mais, dans la zone des steppes, c’est le sol qui la détermine.

La preuve en est que, si l’on a soin d’écarter la concurrence des plantes des steppes et de maintenir meuble la couche supérieure pour qu’elle soit un obstacle à l’évaporation, alors les jeunes plants forestiers auront une humidité suffisante ; puis, une fois qu’ils formeront massif, ils diminueront leur évaporation dans des limites telles, que l’eau du sol leur suffira. Et en effet, en débarrassant le sol de toute végétation herbacée — on lui donne 3 à 5 cultures par an — jusqu’à ce que le massif se forme, on peut, en choisissant les essences, créer dans la steppe des forêts nouvelles,

C’est ce que font les Russes qui sillonnent leurs fertiles Terres noires, leurs 95 millions d'hectares de tchernozem, de bandes boisées dirigées les unes est-ouest, les autres sud-nord, découpant ainsi cette mer de blé en vastes carrés entourés de bois.

Non seulement les précipitations sont modérées dans la zone des steppes du tchernozem, oscillant entre 37 et 47 centimètres, mais

pendant l’été l’air y est d’une excessive sécheresse, condition défavorable à la croissance des arbres.

Le blé lui-même n’y trouve pas toujours la quantité d’eau suffisante, et c’est alors la famine. Il est donc d’un intérêt vital pour la Russie de chercher à attirer sur le sol et à conserver dans la zone accessible aux racines le plus possible de précipitations atmosphériques sous forme de pluie ou de neige. Ces bandes boisées, rompant la platitude et la monotonie des steppes, abritent les cultures contre les vents desséchants et diminuent l’évaporation. Elles conservent sur le sol la neige qui, sans elles, serait dispersée et évaporée par le vent. « Tandis qu’au mois de juin l’herbe de la steppe ouverte se fanait déjà, celle des carrés bordés de haïes d’arbres restait verte et drue et donna une récolte de moitié plus forte que l'herbe de la steppe ouverte. » (Vyssotzky.) Les steppes fertiles du tchernozem confinent au sud-est à la région désertique ponto-caspienne, désertique faute de pluies ; il y tombe moins de 20 centimètres d’eau par an.

En France, où la tranche pluviale est comprise, sauf de très rares exceptions, entre 40 centimètres et 1°,80 (‘), il n’y a pas de zone où la végétation forestière soit impossible par manque de pluie; elle existe ou bien on peut l’installer partout. Seulement sur les calcaires calcinés et fissurés de la Provence, où les chaleurs estivales sont très fortes, où parfois 1l ne tombe pas d’eau pendant trois mois et où la hauteur annuelle de pluie n’atteint souvent pas 40 centimètres, la forêt sera tout autrement constituée que sur les sols similaires du Jura ou de la Lorraine. Dans ces régions, le sol est bien mieux arrosé, les sécheresses ne sont pas aussi persistantes, la température pendant la saison de végétation et, par suite, l’évaporation, la transpiration, sont moins élevées, toutes circonstances qui

1. En 1893, année exceptionnellement sèche, dit M. Mascanr, sur les mille neuf cent cinquante-huit stations pluviométriques figurant dans les Annales du Bureau central méléorologique de France, vingt-six seulement ont accusé une tranche pluviale inférieure à 38 centimètres. Le maximum enregistré a été 1",50 (Saint-Thibaudde-Couz), puis viennent le Thillot, Vexaincourt, Plancher-les-Mines, Plombières, Villefort avec 1,40. En 1904, année très sèche aussi, le maximum inscrit a été 1",84 au Thillot (Vosges).

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permettent l'installation en massif du hêtre et du sapin (‘). En Provence, ces calcaires seront couverts de chênes yeuses et de pins d'Alep, essences xérophiles par excellence, merveilleusement adaptées aux sols et aux climats chauds et secs et qui doivent transpirer

beaucoup moins que les espèces à feuilles caduques, à épiderme mince, des forêts du nord de la France,

95. Épuisement du sol en eau par la végétation forestière. — Pendant l'hiver, toutes les circonstances concourent à l’humectation du sol forestier. Les précipitations (pluie ou neige) sont abondantes ; elles arrivent presque intégralement au sol dans les forêts d'arbres à feuilles caduques, imbibant d’abord la couverture morte, puis le sol sous-jacent. D’autre part, les causes de déperdition (évaporation, absorption par les racines) sont réduites au minimum, comme nous le disions plus haut (n° 92).

Au printemps avec le retour de la chaleur, le réveil de la végétation se prononce. Les racines absorbent l’eau du sol et les substances dissoutes qui sont presque uniquement des sels minéraux. Cette solution minérale pénètre par osmose depuis l’assise pilifère jusqu'aux faisceaux ligneux dont les vaisseaux la conduisent jusque dans la cime, sous l’action des forces étudiées en physiologie végétale. C’est surtout aux vaisseaux des dernières couches annuelles que cette fonction est dévolue.

Sur son parcours, cette solution, diffluant à travers les parois vasculaires, vient dissoudre et transformer les matières plastiques de réserve qui s'organisent aussitôt pour constituer les premiers éléments du nouveau cerne, et d’abord les vaisseaux.

Chez le chêne, par exemple, les premiers gros vaisseaux sont déjà formés sur le pourtour du tronc, bien avant qu’on observe le gonflement des bourgeons.

1: En 1903, à Bédoin (309 mètres), au pied du mont Ventoux, au milieu des chênes

. verts, dans soixante et un jours de pluie il est tombé 513 millimètres d'eau, tandis

qu'à Épinal, ville située à la même altitude à peu près, il cst tombé 1008 millimètres répartis sur cent soixante-six jours de pluie. Pour trouver en Provence les hêtres et les sapins d'Épinal, il faut s'élever sur le mont Ventoux jusqu’à 1 200-1 500 mètres ; à cette allitude, l'humidité du sol et de l'atmosphère a permis au hêtre de se maintenir.

Puis l’absorption devient plus intense, à mesure que se développe

l'appareil foliacé — siège principal de la transpiration — et qu'’aug-

mentent aussi la chaleur et la lumière.

Le phénomène passe par un maximum, puis décroît avec la diminution de la température et de la radiation pour tomber à un minimum à la fin de la saison de végétation (:).

Pour toutes les régions de la France il y a chaque année une saison de végétation séparée par un repos hivernal; le début, la

durée et la fin de cette saison caractérisée, en ce qui concerne le sol, par l’absorption de la solution minérale diffèrent beaucoup non seu-

lement suivant la latitude et l’altitude, mais, pour une même région, suivant les sols et les espèces et, pour un même sol et une-même espèce, suivant diverses conditions (race, âge, vigueur, abri, tempérament de l'individu).

En tout cas, lorsqu'il s’agit d'arbres à forte transpiration plongeant leurs racines dans un milieu bien pourvu d'humidité, la consommation d’eau par la forêt s'élève à un chiffre considérable et, s’il ne survient pas de pluie, le sol s’asséchera et la nappe souterraine s’abaissera proportionnellement au volume d’eau absorbé.

On a déjà dit (n° 92) que Le sol forestier était, en somme, pour toute l’année plus humide à la surface que le sol nu, mais plus sec dans la région occupée par les racines. Get état de dessiccation varie avec l’intensité de la transpiration, qui est elle-même liée à une foule de circonstances (température, lumière, vent et aussi nature, âge, densité, vigueur des peuplements).

1. D'après les recherches de M. Hecx, inspecteur des forêts à Adelberg (*) [Wurtemberg], l'accroissement du frêne dans cette localité s'est réparti, en 1904, de la manière suivante : 57,6 °/, jusqu'à la fin de mai; 32,9 °/ en juin et 9,5 °/, en juillet et mois suivants. Pour le hêtre, 40 °/, de l'accroissement annuel ont été acquis à la fin de mai, 40 °/, en juin et 20 °/, dans le reste de l'année. C'est la condition climatique du mois de mai qui, dans la région où l'auteur a fait ses observations, serait décisive pour l'accroissement annuel de la surface terrière chez le frêne et chez le hêtre, celuici étant surtout influencé par la chaleur et le frêne par la pluie.

* Forstwissenschaftiiches Centralblatt, 1905, p. 293-300. Plus au nord, à Édimbourg, c’est plus tard, en juin et en juillet, que se forme la majeure partie du cerne, 30 c/o dans chacun de ces deux mois et 25 o/, en août et septembre. Ces chiffres sont des moyennes résultant de relevés faits pendant vingt années consécutives sur un assez grand nombre d'arbres d’essences diverses.

En Écosse comme en Allemagne, le frêne s’est fait remarquer par la précocité de sa végétation.

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Pendant la jeunesse, les peuplements forestiers absorbent moins d’eau que pendant leur phase de grand accroissement ; à ce moment, la consommation atteint son maximum pour décroitre à mesure que les peuplements vieillissent. C’est ce que mettent en évidence les résultats de nombreuses expériences faites en France, en Allemagne, en Russie (*). Nous citerons seulement celles qui ont été faites en 1884-1886 par EBERMAYER sur des peuplements d’épicéas de vingtcinq ans, de soixante ans, de cent vingt ans ayant crû sur le lehm compact à Bruck (Haute-Bavière) [*].

Taux d'eau du sol entre 40 et 80 centimètres de profondeur

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