Voir Économie forestière, par G. Hurre, t. I, p
dentale du bassin, c’est-à-dire dans les régions ligérienne et parisienne, où le climat est le plus doux et le plus égal, où l'altitude est
moindre, où les sols sont souvent riches, le taux de boisement est
peu élevé, parce que presque toute la surface est cultivée.
Il était, en 1899, de 19,9 °/, pour la région parisienne, de 15,7 °{, pour la région ligérienne ; la comparaison avec les chiffres de 1862 n'indique que des variations insignifiantes (*). Le taux augmente de l’ouest à l’est à mesure que s’accentue le relief, que le climat devient plus rude et que prédominent les terrains pauvres (calcaires jurassiques, grès triasiques). La région bourguignonne et la région lorraine, qui comprennent la moitié orientale du bassin parisien, ont un taux de boisement de 26 °/,, presque double de celui des deux précédentes.
Le bassin parisien se divise en deux régions bien distinctes par l’âge, par l’origine et par la disposition des couches : l’une, centrale, formée de sédiments tertiaires souvent déposés dans des eaux douces, constitue le bassin de Paris proprement dit. La capitale est au centre de ce massif tertiaire qui s’étend généralement à 100, 150 kilomètres autour d’elle. L’autre région, qui entoure la première, et qu’on peut appeler l’auréole secondaire, est composée de zones concentriques de terrains secondaires d’autant plus anciens qu’ils sont plus éloignés du centre, c’est-à-dire de Paris. Ces diverses couches du groupe secondaire, presque toutes d’origine marine, se présentent comme des cuvettes emboitées les unes dans les autres, occupant tout le fond du bassin et dont les bords forment, surtout vers l’est, des affleurements continus, régulièrement superposés (?). Cette disposition si
1. C'est bien à la prédominance de la cullure agricole qu'est dû ce faible taux de boisement, car la superficie non cultivée de la région parisienne ne s'élevait, en 1892, qu'à 111 501 hectares, soit 1,8°/, de la surface totale. La superficie non cultivée d'une même surface du Plateau central (dont le taux de boisement est égal à celui de la région parisienne) est dix fois. plus grande ; elle s'élève à { 113 236 hectares, soit 18,5 °/, de la surface des dix départements considérés. En supposant reboisée toute la superficie non cultivée de la région parisienne, son taux ne serait encore que de 14,7 9/3 à la même hypothèse pour le Plateau central correspondrait un taux de boisement de 31,3 °/.. Que cette hypothèse n'est-elle une réalité !
2. L'auréole secondaire a, de ce côté, d'Épernay aux Vosges, une largeur d'environ 200 kilomètres et tous les étages y affleurent régulièrement les uns à la suite des
; à | RÉPARTIYION DES FORÊTS ET DÉGRADATION DU SOL 385 | pre caractéristique ne se retrouve pas dans les sédiments tertiaires du | centre du bassin.
… Comme chaque étage géologique présente dans le bassin de Paris une remarquable uniformité de composition et qu’il y a une relation éntre cette composition et la fertilité du sol, on doit s’attendre à trouver, dans cette auréole secondaire, des zones agricoles et des zones forestières, suivant le degré de fertilité, puisque, avons-nous dit, l'exploitation du sol est conforme, grosso modo, aux indications mgronomiques C’est, en effet, ce que l’on constate sur une carte fores- | tière où certains étages sont aussi nettement marqués par la présence des forêts qu’ils pourraient l’être sur une carte géologique. . Examinons successivement, au point de vue du boisement, les
» principaux terrains du bassin parisien.
… Système triasique. — Le grés vosgien (partie inférieure de l'étage - werfénien), qui constitue toutes les basses Vosges et la bordure occi- ; …dentale des hautes Vosges, est formé de grains de quartz assez gros,
par sa désagrégation du sable à peu près pur, sol sec, filtrant, de: . moins fertiles (n° 119), propre seulement à la culture forsstière. … Aussi est-il presque entièrement boisé ; son coefficient est de 75 °/.. Dès qu'apparaît le grès vosgien apparaît la sapinière, qui s'arrête, vers le bas, à l’affleurement du grès rouge permien, plus propice à n prairie qu’à la forêt.
… Le grès bigarré (partie supérieure de l'étage werfénien) est un | psimmite à grains fins, à ciment argileux, abondant, avec paillettes de mica ; 1l donne par sa désagrégation un sable gras plus riche et retenant mieux l’eau que le grès vosgien ; aussi la culture agricole y # occupe- -t-elle à bon droit une large place ; les forêts ne couvrent plus que la moitié de la surface. C’est la région de « la Vôge ».
… Le muschelkalk est formé de bancs de calcaire coquillier plus ou . moins pur et résistant, et d'assises argileuses ; le sol, où domine la cul-
à | autres : à l'ouest, le long de la lisière du massif armoricain, cette auréole est incom- plète D etup d'étages peuvent manquer ou sont recouverts) et sa largeur est souà vent réduite à 20 ou 30 kilomètres. |
«réunis par une très faible quantité de ciment ferrugineux. Il donne
ture agricole, contraste par sa ferlilité avec celui des étages précédents. Cette bande assez étroite n’est pas une zone forestière (9,4 °[, de forêts en Meurthe-et-Moselle), non plus que l’auréole voisine, beaucoup plus large, des marnes irisées (keuper) où les bois sont pourtant plus répandus que sur le muschelkalk ; le sol, surtout argikeux, est occupé par des champs cultivés, des prés, des étangs et aussi des bois qui ont été conservés soit sur les terres trop argileuses, trop difficiles à labourer (‘), soit sur les placages de pléistocène (diluvium) [forêts de Mondon, Parroy, etc.]. |
Système jurassique. — À la base on trouve la série liasique qui, à la différence du trias, se rencontre sur tout le pourtour du bassin. Partout elle est constituée par des couches d’une teinte bleue caractéristique (argiles, marnes, calcaires argileux) donnant des sols trop: fertiles pour être réservés à la culture forestière.
Il n’y a pas de forêts sur le lias, à moins qu’il ne soit très compact. ou recouvert de diluvium ou de limon décalcifié (?).
La série mésojurassique qui lui est superposée offre, par le relief et la nature du sol et des cultures, un contraste frappant avec less plaines du lias. Elle se compose de deux étages (bajocien et bathonien) essentiellement calcaires, formant une zone de côtes couvertes. de forêts. Le terrain est trop superficiel, trop sec, trop filtrant pour les autres cultures. La forêt seule peut tirer bon parti de tels sols. Elle couvre, en Meurthe-et-Moselle, 41 °/, des affleurements mésoz| jurassiques et ce taux s’accroît de jour en jour par le reboisement| des terres incultes (friches), encore trop nombreuses sur ces pla. teaux. |
La série néojurassique comprend cinq étages (callovien, oxfordien, | séquanien, kimmeridgien, portlandien) où dominent encore les sédiments calcaires, entre lesquels s’intercalent des couches argileuses”
La plaine de la Woëvre, formée par les argiles du callovien et de:
1. Ces terres glaiseuses sont, actuellement, de plus en plus délaissées par ragri culture ; on les transforme avantageusement en prairies ou en bois.
9. D'après les relevés de M. Hurrez, pour le département de Meurthe-et-Moselle, le taux de boisement du sinémurien est seulement de 5,5 °/ ; celui du reste du lias est de 9°), ‘
V'oxfordien inférieur, est une région agricole (”) située entre les deux zones forestières très nettes de la Haye à l’est (mésojurassique) et des “côtes de Meuse à l’ouest. Ces côtes sont constituées par les couches “calcaires de l’oxfordien supérieur et du séquanien (ancien corallien). Elles fournissent un sol encore plus superficiel et plus sec que les calcaires mésojurassiques. C’est dire que la culture forestière est, en général, la seule qui convienne. Aussi le taux de boisement de cette seconde zone forestière jurassique est encore plus élevé que celui de la précédente (?). Les étages supérieurs (kimmeridgien, portlandien), formés de marnes, lumachelles, calcaires tendres, donnent des sols bien meilleurs, en grande partie utilisés par la culture agricole; on ne peut plus dire que ce sont des zones forestières (°).
Système infracrétacé. — Le Système infracrélacé avec ses étages néocomien, barrêmien, aptien, albien, renferme des argiles, des sables et grès verts plus ou moins argileux, du minerai de fer. C’est une zone doucement ondulée où le sol se partage surtout entre les prés et les bois et qu’on a Justement appelée la Champagne humide. Son relief se prononce vers le nord du bassin où apparaît, au sommet de l’infracrétacé, une roche spéciale, assez dure, la gaire, grès poreux, argilo-siliceux, qui forme la falaise bien boisée de l’Argonne ; cette roche n’est apte qu’à la végétation forestière qui, du reste, y est très prospère.
En jetant les yeux sur la carte forestière de France on distingue, dans la partie orientale du bassin de Paris, trois zones forestières très nettes; la plus orientale correspond à l’affleurement des cal- Caires mésojurassiques, la médiane à celui des calcaires du séquanien ou corallien (‘); la plus occidentale est située sur l’infracrétacé,
1. Comme dans les autres étages argileux, marnes irisées, par exemple, la forêt a
été maintenue sur les glaises trop compactes, souvent aux abords des étangs (forêt
de La Reine).
2. Il serait de 79 °/, en Meurthe-et-Moselle, d'après M. Hurrer.
3. Cette différence s’accuse assez bien dans la earte forestière ci-jointe du département de l'Aube, où la lisière sud-est du département (forêt de Clairvaux), formée par le séquanien (9), est très boisée, tandis que la zone voisine (8), qui est sur le kimmeridgien et Le portlandien, ne contient que peu de massifs forestiers.
4. « La carte géologique n'existerait pas, dit Marmieu (Catalogue raisonné de l’exposilion de 1867), que, pour les terrains jurassiques et surtout pour ceux du bord
dont les massifs les plus importants sont : la vaste forêt d'Argonne qui s’arrête exactement à la limite du terrain géologique, les forêts de Bourgogne, Belval, Belnoue, Trois-Fontaines, du Val, du Der, du Grand-Orient et d’Aumont. |
On voit une partie de cette zone sylvicole infracrétacée (avec ces deux derniers massifs), sur la carte forestière ci-jointe du département de l’Aube.
Cette carte est la reproduction photographique de celle qui fait partie de lAilas forestier de la France par département (échelle 1/320 000°) dressé par MM. Bénarpeau et Cuny, 1889. On y a simplement ajouté les limites et les numéros des divisions géologiques, tels qu’ils sont marqués sur la Carte géologique de France, au 1/1 000 000°, première édition.
On a choisi ce département pour donner un spécimen de la répartiion des forêts sur notre sol parce que, d’abord, son taux de boisement est à peu près le taux moyen de la France et, surtout, parce que sa surface se partage entre cinq terrains géologiques principaux, nettement différents par la composition minéralogique (‘) et la fertilité du sol, ce qui sc traduit par des taux de boisement très
oricntal du bassin de Paris, la carte forestière permettrait de la construire, tant est étroite et, l'on peut ajouter, logique, la relation entre les collines calcaires et les forêts. Rien n'est mieux accusé que ces zones forestières que l'œil discerne aisément de Mézières à Poitiers, en suivant toutes les inflexions de la ceinture jurassique qui sépare le centre du bassin de Paris du trias de la Lorraine vers l'est et qui, au sud, vient le plus souvent s'appuyer sur les premiers contreforts du Piateau central.
« On peut remarquer que cette union entre les sols jurassiques et les forêts se poursuit en dehors du bassin de Paris. Une bande des premiers se détache du plateau de Langrés et, se dirigeant vers le sud, longe le pied oriental du Morvan et du Charolais pour se terminer aux environs de Mâcon. La carte forestière repreduit fidèlement cette disposition géologique ; une région bien boisée coïncide exactement avec elle. »
Ges lignes sont extraites de la Notice explicative de la Carte forestière de France qui a figuré à l'Exposilion universelle de 1867. Sur cette carte les différents terrains géologiques étaient représentés par des teintes variées sur lesquelles les forêts se détachaient en vert. Son but était de montrer la relation entre la distribution des forêts et la constitätion géologique du sol français.