DUT CP
RÔLE PHYSIQUE DE LA COUVERTURE MORTE b9
devra encore fixer plus d’eau en place que dans les récipients où il nous à fallu la placer. »
Des déterminations faites sur la couverture des forêts des environs
de Nancy ont donné des résultats très voisins de ceux qu’a obtenus M. CaLas.
On a pris en trois places voisines tout le tapis formé par la cou-
verture morte sous un massif très serré d’épicéas (‘) âgés d’une cin-
quantaine d'années. En février 1904, la couverture, épaisse de 2 centimètres environ, a été récoltée sur des carrés de 50 X 50 cenümèêtres et plongée dans l’eau pendant plusieurs jours sans que les aiguilles fussent en rien dérangées. Après lavoir pesée on la dessécha à 100° pour la peser à nouveau.
100 grammes de couverture sèche ont absorbé :
EAU Dans le premier lot. . . . . . . . . . . 436 grammes. Lans 0 Aéxiémer 10ber it Huile unTh n'ATS — Dans le troisième ts eat 806 —
Moyenne inst" "41
Ainsi, ce tapis d’aiguilles d’épicéa laissées in situ et comprenant des feuilles à tous les degrés de décomposition (‘), absorbe en movenne plus de quatre fois son poids d’eau (il s’agit du poids de la couverture à 100°), tandis que par le procédé suivi en Allemagne on obtient un chiffre inférieur de plus de moitié (172°/, au lieu de 415).
Le procédé français est beaucoup plus logique puisque c’est dans l’état où se trouvent les feuilles au moment des pesées que se fait VPimbibition. La quantité d’eau trouvée est bien réellement celle que la couverture absorberait à la suite de grandes pluies avant d'en céder au sol sous-jacent ou au ruissellement.
Cette quantité est énorme.
1. Plantation faite par les élèves de l'École forestière sur l'emplacement d'anciennes carrières (à Dommartemont, près Nancy) vers 1850.
2. À la surface se trouvait une couche mince d'aiguilles libres récemment tombées au-dessous de laquelle venait un tapis représentant presque toute l'épaisseur de la couverture et dont les éléments étaient intimement et étroitement tissés par des filaments mycéliens bruns ou blancs, la face inférieure du tapis des aiguilles très décomposées devenait méconnaissable.
Les déterminations du poids à l’hectare de la couverture totale sous les épicéas de Dommartemont, faites dans trois places d’essai, ont fourni les chiffres suivants : 28 760 kilogr., 27 272 kiïlogr. et 34480 kilogr., soit en moyenne, par hectare, 30 170 kilogr. de couverture desséchée à 100.
Étant donné que 100 kilogr. de cette couverture absorbent et retiennent 415 kilogr. d’eau, les 30 tonnes qui représentent son poids par hectare absorberaient 124 tonnes d’eau, soit une hauteur de pluie de 124 millimêtres.
Mais la couverture supposée complètement desséchée à l’air contient encore environ 15 °}, d’eau, soit 18679 kilogr. par hectare qui, retranchés de 124500, donnent 105 895 kiïlogr. Telle est la quantité d’eau que peut retenir l’hectare de couverture, aussi sèche que possible ; ce chiffre correspond à une lame d’eau de 105 millimètres. : |
La seconde détermination de la faculté d’imbibition de la couverture morte a été faite sur le type habituel que l’on rencontre — heureusement — dans la plupart des forêts françaises, type où la décomposition s’opère rapidement sous l’action de l'oxygène en donnant un faible résidu de terreau neutre ou humus forestier, et non plus sous une forme exceptionnelle comme celle du cas précédent.
Les échantillons ont été pris dans la forêt domaniale de Haye (près Nancy), dont le sol, superficiel, repose sur les calcaires fissurés du médio-jurassique (étages bajocien et bathonien). |
Après douze jours d’imbibition, la terre et les débris organiques laissés dans leur situation naturelle pèsent. . . . . . . 1*,800 En déduisant le poids de la terre saturée qui est de . . . 0 ,230 il reste pour le poids de la couverture saturée. . . . . . 1,570
Cette couverture desséchée à 100° pèse 246 grammes.
Ces 246 grammes de matière organique absorbent donc 1 570 — 246 —1 324 grammes d’eau, soit 538 °/, de son poids à 100°.
Pour comparer ce résultat à ceux des forestiers bavaroiïs, 11 faut ramener le poids de la couverture à 100° à ce qu’elle pèse quand elle est complètement desséchée à l’air. À cet état, elle renferme encore 15 °/, d’eau et absorbe 441 °/, de son poids, tandis qu’EBeRr-
MAYER indique 233 ‘|, presque moitié du taux trouvé par nous. Il est vrai que GALAS donne un chiffre beaucoup plus fort ; d’après ses déterminations faites dans les Pyrénées-Orientales, la couverture de hêtre absorberait huit fois son poids à l'air, tandis que nous trouvons 4,4 seulement pour la couverture de la forêt de Haye et qu'EBEeR- MAYER donne encore beaucoup moins (2,3) pour la moyenne des observations faites en Bavière.
Comme nous l’avons déjà fait observer pour les aiguilles d’épicéa, ces différences tiennent surtout à l’état de décomposition des feuilles. Plus est grande, dans une couverture quelconque, la proportion d'organes presque entièrement décomposés, plus est grande aussi la faculté d’imbibition.
Le poids à l’hectare de la couverture séchée à 100° atteindrait 9 840 kilogr. — En 1895, j'avais trouvé en des points voisins :
Parcelle F, (Remenaumont). . . . 6 802 kilogr. Parcelle E, (Remenaumont). . . . 8169 —
Il n’est certainement pas désirable de trouver sur le sol de la forêt des poids de couverture morte plus considérables. S'ils étaient dépassés, si la décomposition s’opérait encore plus lentement, elle donnerait lieu, comme dans le cas précédent, où la couverture d’aiguilles d’épicéa atteint 30 000 kilogr. à l’hectare, à de l’humus imparfait à réaction acide dont l'influence sur le sol est nuisible. Les meilleures conditions sont réalisées quand le sol de la forêt se couvre chaque année du plus possible de débris organiques, que ceux-ci se transforment le plus vite possible en humus qui s’incorpore le plus vite possible au sol pour servir à la nutrition des arbres et qu’il ne reste guère à la surface que des détritus de l’année précédente, sous forme d’une couverture mince s’opposant à l’évaporation, mais permettant l’imbibition du sol. C’est ainsi, c’est quand l’érémacausis se fait énergiquement, que le sol forestier s’améliore le plus vite et le mieux.
En supposant la couverture de la forêt de Haye aussi sèche que possible, elle retiendrait — dans le point examiné — 52 939 kilogr. d’eau par hectare, soit une hauteur de pluie de 5"",3.
Dans les forêts des régions humides, surtout en montagne, le sol,
sous les massifs pleins de sapin ou d’épicéa, esl souvent couvert non plus d’un tapis de feuilles mortes, mais d’un gazon de mousse dont il importe de connaitre la faculté d’imbibition. Les recherches de GERWIG montrent combien elle est grande pour les mousses (hypnums, polytrics) des forêts de sapin ou d’épicéa. |
Un mètre carré de gazon de mousse saturé a pesé de 3*6,8 à 6 kilogr., soit 56,66 pour la moyenne de onze essais.
Après un jour la mousse avait perdu par évaporation 13 °/, de son poids, 42 °/, après quatre jours et 79 °/,, soit 48,466, après douze Jours, ce qui représente une couche d’eau de 4,466. Admettons qu'un sol forestier ordinaire, partiellement garni de mousse, ne retienne que‘cette couche d’eau de 4"",466, le gazon de mousse d’un hectare de forêt pourrait retenir après les fortes pluies 44% 66 d’eau. :
S1 l’on admet que dans les forêts de hêtre la chute annuelle des feuilles s’élève à 4 000 kilogr., dans les forêts d’épicéa à 3300 kilogr. et dans les pineraies à 3 600 kilogr., on voit, en multipliant ces poids par les taux de saturation ci-dessus indiqués que la couverture annuelle peut absorber :