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Différences avec le sol agricole. — Le sol agricole est

composé aussi de débris minéraux et organiques; mais, sous tous

… les autres rapports, il existe entre ces deux catégories de sols des

différences profondes qui légitiment une étude spéciale des sols forestiers et dont nous nous contenterons d'indiquer les principales.

En agriculture on récolte presque toujours toute la plante, à l’exception des racines qu’on enlève même quelquefois. Il reste donc très peu de matière organique dans le sol, et l’agriculteur doit suppléer à cette insuffisance par l’apport de fumier ou l’enfouissement d'engrais vert. En sylviculture le sol reçoit chaque année, par hectare, 3 000 à 4000 kilogr. de matière organique sous forme de couverture morte et, de plus, il y a une proportion considérable de racines circulant dans le sol forestier jusqu’à une grande profondeur et fournissant après leur mort d'importantes quantités d’humus. |

Le mélange intime des éléments, la conservation ou l’amélioration des qualités physiques sont obtenus, en agriculture, par des procédés mécaniques (labour, hersage, roulage, etc.) inconnus en sylviculture où l’opération si importante du mélange des débris organiques et de la terre minérale, ainsi que le maintien des propriétés physiques et de la fertilité, se font par d’autres moyens.

Tandis que, dans les sols agricoles, on distingue nettement le sol, c’est-à-dire la zone superficielle ameublie par la charrue, du soussol que n’atteignent pas les instruments, 1l n’existe pas, dans les sols forestiers, de limite bien tranchée entre les diverses couches jusqu’à la base minéralogique, qui souvent même — dans les sols en place — passe peu à peu à la terre minérale.

En agriculture la récolte se fait presque toujours dans l’année même de l’ensemencement et, en tout cas, dans la seconde. La récolte du bois n’a lieu qu’à de longs intervalles.

Les racines des arbres s’enfoncent plus profondément que celles de la plupart des plantes agricoles, si bien que les arbres ne prennent pas leurs aliments dans la même zone que celles-ci.

La répartition de l'eau, la nature de la solution minérale et en particulier des principes azotés, la proportion d’acide carbonique, le mode de nutrition, sont, dans les sols forestiers dépourvus de

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nitrates et riches en mycorhizes, tout autres que dans les sols agricoles.

En résumé, bien que les forces naturelles, partout identiques dans

leur essence, agissent évidemment suivant les mêmes lois dans les deux groupes de sols, l'intervention ou la non-intervention, soit de l’homme, soit des êtres organisés, la nature des plantes cultivées, le mode de récolte, etc., introduisent de telles différences dans leur modalité, qu’il est nécessaire d’étudier séparément leur action sur les sols forestiers.

8. Formation dela terre minérale. — Elle est due à des actions mécaniques ou physiques (désagrégation), chimiques et biologiques (décomposition), dans le détail desquelles nous n’avons pas à entrer ici ; nous nous bornerons à indiquer briévement les particularités relatives aux sols forestiers.

Parmi les actions physiques amenant la désagrégation des roches on cite toujours celle des racines qui, s’insinuant dans les fentes

préexistantes où elles sont altirées par l'humidité et la terre fine qui

s’y accumulent, les élargissent à mesure que s'accroît le diamètre

de ces racines, par la pression qu’elles exercent sur les parois. C’est

évidemment dans les sols forestiers parcourus par de nombreuses racines dont la plupart peuvent atteindre une assez forte grosseur que cette action, assez peu importante du reste, est portée à son maximum.

Les réactions chimiques de l'air et de l’eau circulant dans le sol sur les principes minéraux avoisinants sont bien plus actives en forêt qu’en plein champ, parce que la décomposition des débris or-

ganiques, si abondants sous bois, y provoque un dégagement inces-

sant d’acide carbonique qui, plus lourd que l'air, descend dans le sol et y sature les eaux d'infiltration. Si l’eau était absolument pure, son rôle comme dissolvant serait à peu près négligeable, on le sait. Mais l’eau n’est jamais chimiquement pure ; elle renferme toujours en dissolution de l'oxygène et de l’acide carbonique et constitue alors un milieu à l’action dissolvante et décomposante duquel aucune roche ne peut résister à la longue. C’est l’acide carbonique, dont le taux dans l’air du sol forestier est toujours élevé, qui agit le plus

activement("), et c’est pourquoi la formation de la terre minérale est plus rapide en forêt.

Si l’on introduit dans deux vases semblables (*) 1 kilogramme d’un sable feldspathique bien lavé, sans argile, et qu’on ensemence un des

pots avec un mélange de graminées, laissant l’autre sans végétation, on obtient, en lavant les deux sables à la fin de l’expérience, 335,5

de terre fine du sable feldspathique qui a porté les plantes, et seulement 15 grammes — moins de la moitié — de celui qui est resté sans végétation.

En soumettant à l'analyse 10 grammes de terre fine du vase sans

…— plante, on y trouve 08,105 d'argile; il y en avait 05,402 dans le

vase ensemencé.

Donc, la végétation favorise la désagrégation hydrolytique des

..… feldspaths, les racines, si nombreuses dans les sols forestiers, s’em-

parant des bases contenues dans les feldspaths, comme elles dissolvent le carbonate de chaux des calcaires.

L’acide carbonique, excrété par les racines, vient ajouter son aclion à celle de l’acide qui provient de la décomposition des matières organiques répandues dans ou sur le sol.

Quand l'oxygène de l’air ne peut arriver jusqu’à ces matières,

“elles l’empruntent aux minéraux voisins, qu’elles ramënent ainsi au

minimum d’oxydation. Les sulfates deviennent des sulfures, les

… peroxydes de fer des protoxydes qui, s’unissant à l’acide carbonique, - forment des carbonates de fer solubles.

En dehors de leur action réductrice, les débris organiques en décomposition fournissent un grand nombre de corps qui agissent diversement sur les roches (acides de l’humus, acide nitrique, am-

1. D'après Dirricn, la quantité de matières minérales solubles dans 200 grammes

…. d'eau est pour:

LEHM FOR" Eu rare + 00 anis PFAU GRÈS

om, humide calciné PAYRE PHORITE WACKE rouge

ee — …— — es ss ms

Avec l’eau distillée. . 0,039 0,085 0,020 0,016 0,032 0,067 0,133 0,013 Avecleaucarbonique. 0,072 0,871 0,040 0,298 0,072 0,340 0,166 0,467

Un granit pulvérisé a donné 0,062 °/, de soluble dans l'eau pure et 0,172 dans l’eau

N° carbonique. On constate dans la liqueur surtout de la potasse, de la soude et de la chaux.

2. Voir les expériences de M, Fausro Sesrini (Annales agronomiques, 1899, p. 399),

moniaque, principes minéraux) pour les décomposer. Sans entrer

dans le détail de toutes ces réactions, il est constant que, dans les

forêts bien traitées, la profondeur du sol s’accroit toute seule — et SA.

plus vite que dans n'importe quelle autre culture — à la fois par le dessus (chute annuelle des feuilles mortes) et par le dessous (désagrégation et décomposition par les racines et l’eau carbonique). Le boisement est le seul procédé que l’homme ait à sa disposition pour améliorer sans aucuns frais — mais avec le concours du temps — les sols de mauvaise qualité et les rendre aptes à la cullure.

&. L'air du sol. — Ce qui caractérise surtout l’air occlus dans le sol, c’est sa richesse en acide carbonique correspondant à un appauvrissement égal en oxygène, si bien que les volumes d’oxygène et d’acide carbonique sont toujours sensiblement égaux (°) ; c’est

aussi sa richesse en vapeur d’eau; toujours saturé dans les couches

profondes, il l’est fréquemment près de la surface. Les proportions de ces divers éléments (oxygène, acide carbonique, vapeur d’eau) varient évidemment dans de très larges limites. Suivant la situation, la grosseur des particules du sol, la température, l'humidité, et d’autres circonstances encore, la circulation et les échanges entre les diverses couches d’air sont plus ou moins facilités.

Deux des sources de l’acide carbonique du sol sont la décomposition des matières organiques et l’excrétion par les racines ; elles sont à leur maximum d’activité dans les sols forestiers. Il ne faudrait pas cependant croire qu’il y a un rapport étroit et constant entre le taux des matières organiques et celui de l’acide carbonique.

Des recherches entreprises sur ce sujet (?) on peut conclure qu’en général :

1° Le taux d’acide carbonique s’accroît avec la profondeur ; :

1. Voir les résultats des analyses de Lévr et Boussincauzr et de J. von Fopor, dans La Décomposition des matières organiques et les formes d'humus par E. Wozcny, traduit de l'allemand par E. Henry. Berger-Levrault et Gi°. 1902, p. 4 et 359. Voir

aussi ceux d'EBEnmAYyER, Allgemeine Forst- und Jagdzeitung, 1890, p. 161-175.

2. Il y a surtout à citer ici les noms de BoussiNeaucr et Lévy, J. von Fonor. PETTENKOrFER, FLECK, LEwis et CunNiNcHAM, MÔLLER, EBEnMAYER, DEHÉRAIN et SCHLŒSING fils.

Le mêle. À ft à

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